‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 89 sur 124 · CARRIER A LA CONVENTION · texte numérisé non relu

CARRIER A LA CONVENTION

reur).. . C'est Carrier. On lui amena une femme qui peutêtre était coupable, je n'en sais rien; elle fut fusillée. Cette femme avait deux enfants, l'un àg-é de trois ans, l'autre de vingt mois. Lorsqu'elle fut morte, on examina ce qu'on ferait de ces enfants. « Si on les laisse vivre, dit-il, ils se souviendront du traitement qu'a éprouvé leur mère, ce seront des serpents que la République nourrira dans son sein Qu'ils périssent ! »

L'indignation se faisant jour dans l'Assemblée, — Pliilippeaux et Lequino avaient dit tout cela, pourquoi ne les avait-on pas crus ? — Carrier présent à la séance releva l'imputation : « Je n'ig-nore pas les calomnies que de vils pamphlétaires ont répandues sur mon compte et je m'apprête à y répondre par un mémoire que je vais livrer à l'impression (i) et qui contient le compte exact de ma conduite et des arrêtés que j'ai pris avec vingt de mes collègues qui tous ont été témoins de ma conduite dans la Vendée... On parle d'une femme qui est venue chez moi et que j'ai fait périr. Si le fait est prouvé, je porte la tête sur l'échafaud. »

Carrier demande à s'expliquer. — Il veut prouver qu'il a terminé la guerre de Vendée (murmures). Il a donné protection aux communes quand elles venaient se rendre et celles-ci s'attaquaient aux soldats — s'ils étaient en petit nombre — puis les égorgeaient. Il y a 8 mois que les chouans avaient disparu ; les brigands n'étaient plus que 3oo ; il a fallu la maladresse de ses successeurs pour raviver la guerre ; à l'heure présente les brigands sont 3o.ooo ! Il en appelle à son collègue Merlin de Thionville. Il avoue que beaucoup de brigands ont péri, mais c'est eii voulant passer la Loire à Ancenis. Quant aux enfants, il existe un arrêté signé de Bourbotte, de Turreau et de lui qui défend de les traduire en jugement et ordonne de les livrer aux bons citoyens qui veulent bien s'en charger (2). Beaucoup sont morts dans les hôpitaux de la

(1) Rapport à la Convention, le 2i brumaire.

(2) Cet arrêté existe, mais il est postérieur de deux mois aux fusillades d'enfants,

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môme maladie pestilentielle qui avait fait périr les Prussiens dans les plaines de la Champag-ne... On verra du reste dans son mémoire comment il répond aux inculpations, lui qui a empêché la prise de Granville et celle d'Ang-ers.

Lecointre (de Versailles) demande la publication du mémoire, et moins d'imag-es. 'Merlin (de Thionville) répond à l'interpellation de Carrier (i) :

(( Lorsque j'étais à Montaigu et que certains généraux dont les brig-andages sont connus parvinrent par leurs intrigues avec Bouchotte à faire destituer ceux qui servaient bien la patrie, Carrier arriva. Il vit une vingtaine de communes que j'avais ramenées au giron de la République et qui avaicnt'promis de ne plus suivre les brigands. Rappelé après l'afFaire d'Ancenis, j'appris plus tard que ces hommes avaient tenu leurs promesses, avaient môme combattu les brigands, que, malgré cela, ils avaient été égorgés, je ne sais par quel ordre. Si j'avais été député près de cette armée, on n'aurait pas égorgé impunément, quoique je n'eusse pas signé le décret d'amnistie. »

Que peut répondre Carrier ? Il nie, et la discussion prend un biais amené par l'interruption d'un député (2), Maignen, sur Turreau et les Colonnes infernales. Digne émule de Carrier que ce Turreau organisant l'incendie et la destruction. Carrier n'est plus là pourtant pour stimuler son zèle de continuateur, mais flentz et Francastcl le laissent agir à sa guise, permettent que plusieurs communes assemblées par ordre soient fusillées en masse (3), que des soldats mettent au bout de leurs baïonnettes des enfants de deux mois. Maignen accuse Turreau d'avoir fait fusiller des magistrats en écharpe (4), de prolonger la guerre quand, au fond, il n'y a plus de brigands, que les cultivateurs abandonnent les prêtres et les nobles et tendent les bras vers la République. Laignelot s'emporte

(1) Moniteur du 11 vendémiaire. Séance du 8.

(2) Pas de nom dans le Moniteur ni dans le Courrier universel.

(3) Turreau écrivait à la Convention : « Trois colonnes dans une rencontre ont tué 5 à 6.000 brigands. »

(4) Grignon, nous le savons, avait cette même monomanie.

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contre ceux qui, comme Turreau, ne voulaient pas qu'il restât un seul homme en Vendée. Bon moyen pour faire perpétuer « cette guerre qu'on appelait un chancre politique (i) ». A Carrier il ne reprochera qu'une chose, mais c'est un grief d'ensemble: « Lorsqu'on lui rapportait les plaintes des habitants des campag-nes en se voyant enlever leurs subsistances, il répondait: « Là où il ne doit pas exister un seul homme, il ne doit pas exister un grain de bled. » Francastel et Hentz ont continué les mêmes errements, avaient rendu un arrêté pour faire brûler 60 communes; les événements n'ont pas permis qu'elles soient toutes sacrifiées. Laig-nelot n'est pas du même avis que Maignen sur la g-uerre. Les brigands, d'après lui, sont [mieux organisés; plus nombreux qu'on ne croit et ce n'est pas avec des hommes comme Carrier, comme Tur- Ireau, Ilentz et Francastel qu'on peut terminer les hostilijlés. Il faudrait des hommes probes, vertueux, humains, [qui ne se laissent ni ég-arer ni corrompre ; il faudrait reiRouveler les autorités, mettre la justice à l'ordre du jour. » Là intervient Carnot. Il s'est montré si faible en face de 'ses collègues du Salut public en ce qui concernait la Vendée, il a signé tantd'ordresque, par caractère, il aurait dû répugner à sig-ner (2), qu'il sent le besoin de justifier ses

(1) Discours de Barère, l»"' octobre.

(2) D'indiscutables titres de gloire oc doivent pas empêcher de rap - ■peler cette facilité avec laquelle Carnot parapliait des ordres arbi- [traires. On est à peu près certain aujourd'hui que les membres du [Comité de Salut public, accablés de besogne, avaient chacun un jour de

service pour la signatui'c. Carnot a donc pu, sans les lire, signer des ordres émanés de Robespierre, de Billaud, de Collot. Thibaudeau semble être de cet avis quand il dit: « Carnot était exclusivement chargé de la guerre. Sur les listes de proscription, il n'avait, dil-on, apposé sa signature que de confiance après celle de Robespierre. Tous ses loris, quels qu'ils pussent être, étaient effacés par le triomphe des armées qu'on attribuait justement en partie à son zélé et à son habileté. » — Thibaudeau, Mémoires. 1, p. 149.

Carnot a tenu à se justifier de ces signatures données à la légère : « Ce ne sont pas, dit-il, des certifié conforme mais de simples vus, une opération mécanique qui ne signifie rien. (Discours à la Convention en réponse à Saint Just à propos du concussionnaire général Moran;. La malveillance se plaît en vain à citer quelques signatures données par moi à des actes qu'on trouve repréhensibles. Il faut e.xpliquer une fois pour toutes ce que c'est que ces signatures (je parle des signatures en second) ; elles étaient une formalité prescrite par la loi, mais absolument insignifiante par rapport à celui qui était tenu de la remplir.

actes, et son impuissance. « Deux systèmes ont été proposés au Comité de Salut public : le premier, de terminer la guerre de la Vendée par la force des armes; le second, d'employer la douceur pour ramener les esprits, et c'était le mien.

« Çà toujours été avec douleur que j'ai vu prédominer une opinion contraire à la mienne sur les moyens défaire finir cette guerre, mais c'était l'opinion de la majorité du Comité. Plusieurs fois j'ai tenté de faire changer ce système, mais inutilement. Le général Huchet fut dénoncé au Comité pour des cruautés exercées en Vendée et par suite de cette dénonciation mis en état d'arrestation. Arrivé devant le Comité du Salut public, Robespierre le défendit et il fut renvoyé à l'armée avec un grade supérieur queje/w^ obligé Ac signer malgré mon opposition... Tous le monde sait la haine que me portaient Robespierre et Saint-Just; après leur chute je fis adopter au Comité des mesures moins rigoureuses, le département de la Vendée peut l'attester. Ce fut moi qui fis marcher lo.ooo hommes de l'armée du Nord. Ce moyen me paraissait nécessaire pour terminer cette malheureuse guerre... »

Duquesnoy confirme l'assertion de Carnot en ce qui concerne Huchet. Robespierre le protégeait et protégeait en même temps Turreau. Et pourtant ce dernier était l'unique cause de retraite des bons généraux qui disaient qu'ils ne voulaient pas se battre avec un coquin...

Il est arrivé qu'on a présenté différentes pièces de moi dont je n'avais jamais eu connaissance et même rédigées contre mon gré, par exemple une instruction relative à la commission populaire d'Orange, lorsqu'il est de fait et que j'ai ignoré très longtemps l'existence de cette Commission, une lettre à Joseph Lebon pour étendre ses pouvoirs lorsqu'il conste (est constant) que je demandais perpétuellement au Comité le rappel de Joseph Lebon. On me demande pourquoi l'on signait ainsi ces pièces sans les connaître. Je réponds, par la nécessité absolue, par l'impossibilité physique de faire autrement. » Mémoires historiques et militaires sur Carnot, p. 69.

C'est ainsi que Carnot signe l'arrestation de ses propres commis, que Robespierre avait mis sur la liste, et il ne peut obtenir leur mise en liberté! Id.

Il signe aussi celle de Gervais, traiteur chez lequel il prenait ses repas et contre lequel Robespierre avait décerné un mandat avec Gollot d'Herbois. Quand Carnot vint diner, on lui montre sa signature, Id. Extrait de la séance de la Convention, 6 germinal an III,

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Lequiiiio accuse Robespierre d'avoir empêché qu'on ne fît à la Convention le rapport de ce qui se passait en Vendée; et proclame qu'il faut arriver aux mesures de douceur et demande que la Convention lui permette de faire imprimer son mémoire.

Comme on le voit, les vivants se coalisent pour faire le procès des morts. Les mânes de Maximilien devaient tressaillir d'aise devant cette pusillanimité d'hommes qui avaient attendu pour avoir une opinion libre qu'il eût disparu de la scène! Lequinio prêchant la douceur resîmble à ces g-ourmands repus qui conseillent aux autres le manger avec modération. Après ces épisodes, la disission est revenue au lancé et un député s'écria : « On a fit que partout où il y avait des scélérats, il fallait les mnir; il y en a ici, je demande qu'ils soient punis ! »

Les applaudissements éclatent; Carrier, qui a quelques kisons pour se sentir visé, fait aussitôt diversion et a soin le marquer que les dernières atrocités dont on parle ont \ié commises depuis son départ (i).

L'arrestation de Turreau est réclamée avec instance, lais on discute avant de voter, et un autre terroriste vient lemander un brevet d'innocence pour le Comité. Billaud- '^arenne expose avec candeur que le système du Comité le Salut public a toujours été contraire aux mesures de rigueur. Les murmures ne le troublent pas; il rappelle à la Convention qu'au moment de la formation, la Vendée Hait forte de 100.000 hommes et qu'il fallait combattre les rebelles avec vigueur.

- « Oui, interrompt un député, mais non pas les égorrer » .

Billaud-Varenne. — Il ne s'agit pas d'égorgements ; jamais vous ne trouverez une pareille mesure dans les irrêtés du Comité.

— C'est faux, dit Delaunay.

— Carnot vient de dire la vérité, dit Clauzel.

— Carnot ne démentira pas ceci, dit Billaud-Varenne, î'est que, quand le Comité a été instruit que, contre

(1) Moniteur. Séance du 8 vcudôiuiaire.

son vœu, Turreau commettait des infamies dans la Vendée, sa destitution a été demandée. Nous n'avons pu l'obtenir «jiie quand Robespierre a cessé de venir au Comité. »

Carnot affirme en effet que Billaud a toujours été opposé au système de Robespierre, qu'il a demandé l'arrestation de Rossignol et qu'il a contribué à leur dessiller les yeux au Comité, sur la guerre de Vendée.

Alquier va donner le coup de grâce à Turreau en citant sa lettre au général Moulins portée par l'aide-de-camp Dodun : « Le général Moulins se portera avec la colonne gauche sur Mortagne, fera désarmer et égorger sans distinction d'âge ni de sexe tout ce qui se trouvera sur son passage. » Huchet, Grignon dont l'instruction est faite dès longtemps, et Turreau sont décrétés d'accusation (i); on a voulu leur adjoindre le général Carpentier,

(1) Les décrets des 8 et 9 vendémiaire eurent pour conséquence la publication immédiate du Mémoire de Lequinio, développé et augmente de nombreuses pièces justificatives, celle des rapports particuliers des rei)résentants en mission, Carrier, Hentz et Francastel, enfin la réunion d'une quantité de déclarations et de dénonciations re(;ues par les sociétés populaires et les Comités de surveillance de toute la région de l'Ouest.

Voici une de ces dénonciations :

« Dites-nous, hommes de sang, dites à la France entière, vous, Turreau, Grignon, Huche, Carrier, Hentz et Francastel, comment la guerre s'est renouvelée? Dites combien de femmes, d'enfants, de vieillards, vos ordres ont tait assassiner! dites comment on a vu le noyau de l'insurrection se grossir avec force; dites enfin que vous ménagiez la contre-révolution dans les départements de l'Ouest et que pour parvenir plus sûrement à votre but, vous ordonniez l'incendie, le massacre, la destruction entière de la Vendée fidèle pour la forcer à aller s'associer aux monstres qui la désolaient depuis longtemps. Les hommes qui ont eu le courage du crier vive la liberté, vive la République, en voyant incendier leurs propriétés et massacrer leurs parents vous dénoncent à l'opinion publique (ît demandent au peuple français justice de tous vos attentats .. »

« Signé : Denfer. »

Comité de ïi^urveillance de Fontenay-le-Peuple au Comité de Salut public, 16 vendémiaire an III, cité par M. Ghassin, la Vendée patriote, , t. IV, p. 610. > f r ,

Turreau, qui commandait alors à Belle-Ile, reçut le décret à Laval. Il écrit au président de la Convention... « Le jour de la justice est arrivé pour moi; loin de le redouter, je brûle de voir le moment où il me sera permis de me justifier enfin de toutes mes dénonciations. » Lettre "du 18 vendémiaire donnée par Savary, t. IV, p. 146.

Grignon, le 11, demandait à être réintégré dans ses fonctions, déclarant que son seul crime et l'obéissance est la subordination. Dans les ordres qu'il envoie, ajoute-t-il, vous verrez des plaintes non pas sur ma lenteur, non pas sur juon défaut de zèle, mais sur ce que trop cl'humanilé accompagnait ma marche, sur ce que,;> faisais trop de prisonniers.

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un ancien curé de Saumur qui a commis des horreurs aux Sables-d'Olonne, un député le sauve en relatant sa conduite courageuse à la bataille du Mans...

On ne pouvait laisser dans l'ombre cette séance du 8 vendémiaire, où Carrier pour la première fois a été attacjué de front (i). Tout hésitante (ju'elle était encore, la Convention avait fait un pas en avant en permettant l'arrestation de Turreau. Les comparses ou les successeurs payaient pour le plus responsable et l'on pouvait prévoir que ce n'était que le commencement d'un nouvel ordre de choses. Il s'agissait de trouver des mesures susceptibles de concilier l'inviolabilité de la représentation nationale avec les droits de la vindicte publique. Presque tout le mois s'écoula pourtant sans qu'aucun parti eût été pris, puis, de nouvelles révélations ayant déterminé le tribunal révolutionnaire à commencer sans délai le procès du Comité de Nantes (26 vendémiaire), André Dumont fit décréter en même temps que le tribunal y comprendrait tous ceux qui s'y trouveraient impliqués (allusion à Carrier). A l'accusateur public incombait le devoir d'instruire le Comité de Sûreté générale des progrès de l'instruction, afin qu'il pût soumettre à la Convention les mesures réclamées par la justice. Le Comité de Sûreté générale, ef-

sur ce qu'oiifin j'épargnais trop de victimes. — Savary, t. IV, p. 141. — Turreau et Grignon furent emprisonnés au Luxembourg. On sait (jue tous les doux échappèrent à la mort. Voir appendice, notes II, V, VI.

(1) Voici l'opinion de Fréron à ce sujet :

«Enfin des vérités pleines d'horreurs viennent dêtre révélées à la Convention nationale. Les affreux secrets de la guerre de Vendée ont souillé la clarté du jour. Carrier a essayé de secouer la masse énorme des accusations amoncelées sur sa tète coupable. En vain il s'est débattu dans les chaînes de la vérité ; ces mouvements n'ont servi qu'à faire jaillir de toutes parts des étincelles nombreuses qui ont éclairé le Peuple et la Convention.

« L'ombre de Philippeaux a tressailli sous sa tombe et le flambeau renfermé dans son cercueil a ranimé sa lueur cachée sous les cendres de la mort.

«La justice va serrer dans ses liens les généraux perfides qui ont abreuvé du sang innocent cette terre malheureuse. Il a été démontré que le chancre vendéen était alimenté de chair humaine par Robespierre et ses complices. 11 a été démontré que l'ancien Comité de Salut public, en s'opposant toujours aux voies de douceur et de persuasion, a creusé de plus en plus cet a^bime anthropophage. » Orateur du peuple, i\" X, 9 vendémiaire.

frayé des complications qu'il prévoyait, s'adjoi^^^nait deux jours après les deux Comités de Salut public et de lég-islalion afin d'arrêter d'urgence un plan de conduite.

Au Tribunal (i), la situation pendant ce temps était devenue intolérable. Les dépositions de Chaux et de Goullin ont révolté l'auditoire et produit l'envoi des pièces à la Convention. La déposition de Laurent, aspirant du génie, a misle feu aux poudres et Real, défenseur officieux de la plupart des accusés, a déclaré qu'il renonçait à la défense, si Carrier n'était entendu contradictoi rement avec eux. Les débats ont pu se continuer par l'audition des autres témoins, mais ce, sur l'assurance donnée par le président Dobsent, que « le réquisitoire de Goullin avait été remis aux Comités réunis et que ceux-ci devaient faire incessamment leur rapport à la Convention qui pouvait seule prononcer sur la demande des accusés. — Le même jour, en effet, au nom des trois Comités, Merlin lut son rapport à la Convention. Le projet des Comités avait forcément un caractère général; il fallait,]en laissant libre cours à la justice, sauvegarder la sécurité des représentants incriminés. La discussion dura deux jours et le 8 brumaire un décret fut voté (2) dont voici la substance :

— Toute dénonciation contre un représentant du peuple sera portée aux trois Comités réunis de Salut public, de Sûreté générale et de Législation.

— Sur la déclaration sommaire des Comités qu'il y a lieu à suivre une commission de vingt-et-un membres de la Convention sera nommée par tirage au sort pour faire un rapport sur les faits compris dans la dénonciation et admis à l'examen.

— Avant de présenter son rapport, la Commission entendra le prévenu.

— Quand le rapport tendra au décret d'accusation, la

(1) Voir chapitre XXVIII.

(2) Séance du 8 brumaire, Moniteur du 10.

Par cette mesure, à l'ombre d'une commission, le champ était ouvert aux dénonciations contre les représentants. Lejeune baptisait celte commission du nom de Chambre ardente (Mémoires de Levasseur, t. IV, ch. IV, p. 154). Louis Blanc ne manque pas de faire remarquer que c'était « la faculté donnée à la majorité de dévorer la minorité ». Rév. française, tome X.

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