‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 95 sur 124 · LA CHUTE DES JACOBINS · texte numérisé non relu

LA CHUTE DES JACOBINS

La c< crinière jacobine » — Billaud-Varenne etTallien. — Le dernier <( rempart » de Carrier. — Femmes jacobines fouettées dans la rue par la jeunesse de Fréron. — Séance [dernière. — Fermeture du Club.

Le décret du 8 Brumaire (i) avait mis la minorité de la Convention en rumeur, la nomination de la Commission des 21 soulevait une violente tempête aux Jacobins. On attentait à la sécurité d'un des leurs, ils reprirent l'argumentation qui avait servi le i3 fructidor à faire déclarer calomnieuses les accusations de Lecointre. Le plus agressif cette fois n'était pas CoUot, maisBillaud-Varennc qui, répondant aux insinuationsde Leç;endre, lançait ce défi : « On accuse les patriotes de garder le silence, mais le lion n'est pas mort qviand il sommeille et à son réveil il exterminera tous ses ennemis. La tranchée est ouverte, les patriotes vont reprendre leur énergie et engager le peuple à se réveiller. Les hommes qui n'ont pas voulu transiger avec les ennemis du peuple, voilà ceux qu'on attaque ; voilà ceux qui périront ou qui sauveront la liberté. »

Bentabole avait rapporté à la Convention l'apostrophe de Billaud. Dès le lendemain, les pamphlétaires ne parlaient que de la « Crinière jacobine (2) ».

Tallien attendait, l'arme au pied. Quand Billaud à la Convention répéta : « C'est le sommeil des hommes sur leurs droits qui les mène à l'esclavage», Tallien répondit avec hauteur : « Je n'aurais pas cru la leçon de thermi-

(1) Voir chapitre XXVII.

(2) Moniteur. Séance du 13 brumaire.

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dor si vite oubliée par ceux-là même qui concoururent, quoiqu'avec regret, à la destruction de leurs anciens complices. Je n'aurais pas cru qu'ils poussassent le délire et l'impudence jusqu'à faire retentir encore une fois le Club des Jacobins de cet appel à l'insurrection qui réussit assez mal à leurs collèg-ues Robespierre, Saint- Just, Couthon... La cause de la liberté et celle de l'humanité sont désormais inséparables. Billaud-Varenne et ses complices me paraissent un peu trop ennoblis en se comparant au lion ; ils n'avaient jusqu'à présent rappelé d'autre image que celle du tigre. Ils la rappelaient hier, lorsqu'ils voulaient encore une fois déchirer leurs compatriotes, broyer leurs membres et boire leur sang. Tigres ou lions, il est temps que la Convention les musèle et délivre la France de leurs rugissements... (i). »

Une fois lancé, TalHen ne s'arrête plus et va droit au but caressé depuis longtemps : la fermeture du Club. « Quoi, il existe encore, ce Club autrefois si salutaire de-

(1) Voici deux extraits de lettre qui donnent la note des revirements d'opinion. La première adressée à Munster, à l'abbé de Pradt, par un des agents royalistes qui fourmillaient sur tous les points, a été interceptée par le Comité de Salut public. Elle respire le réveil des illusions : « Cette crise a ceci de nouveau que le peuple en masse est décidément contraire aux Jacobins. Il ne s'intéresse plus à ces duels de factions qu'autant qu'ils peuvent lui faire espérer la iin des supplices, de la misère et du désordre. Aussi les modérés qui aspirent à finir le gouvernement révolutionnaire ont gagné la grande majorité des voix. Cette manifestation d'opinions s'est faite et se soutient avec éclat depuis la mort de Robespierre Le parti modéré cache son jeu. 11 est composé des amis et des héritiers de Danton. Aucun de ces honnêtes gens ne croit à la République. Tous sont persuadés qu'elle enterrera, avant d'être fondée par une loi, la Convention tout entière sous l'échafaud... C'est la Convention qui tuera la Convention, la République qui étouff<Ta la Républiqueet les Révolutionnairesqui finiront laRévolulion. — Lettre citée par Burette et Ulysse Ladet, Ré.vol. française, tome IV, p. 48.

L'autre est d'un philosophe de 27 ans (14 oct. 94, Benjamin Constant, à M"" de Gharriére). « La politique française s'adoucit d'une manière étonnante, je suis devenu tout à fait Talliéniste et c'est avec plaisir que je vois le parti modéré prendre un ascendant décidé sur , les Jacobins. Dubois-Crancé, en promettant la paix dans un mois, si l'unanimité pouvait se l'établir dans l'Assemblée, et Bourdon (de l'Oise) en appelant la noblesse une classe malheureuse et opprimée qui a eu des torts, mais qui doit s'attacher à la République, oublier ses ressentiments, reprendre de l'énergie, m'ont fait une impression beaucoup plus douce que je ne l'aurais attendu d'un démocrate déliant et féroce, tel que je me piquais de l'être. Je sens que je me mocU-rantise et il faudra que vous me proposiez anodinement une petite contre-révolution pour me remeUre à la hauteur des principes... Octobre 94.

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