‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 96 sur 124 · BILLAUD-VARENNE ET TALLIEN · texte numérisé non relu

BILLAUD-VARENNE ET TALLIEN

l»ais si odieux, aujourd'hui si infâme, ce Club qui, aussi coupable que la Commune de Paris, aurait du comme elle accompagner à l'échafaud ce Robespierre qu'elle ret^rette toujours?G'est ainsi qu'il abuse de notre patience, de notre modération. Il lui faut encore le rè|çne de la Terreur tout entier; ces hommes ne respirent pas, si dans toute la République ils ne peuvent faire égorg-er par jour mille Français et autant de Françaises (i). »

Les modérés de la Convention ont chaleureusement applaudi Tallien : les flottants — toujours du parti du plus fort — se laissent entraîner par la parole vibrante de Legendre. Avec son éloquence d'çi-propos qui enleva si souvent l'Assemblée, il s'écrie : « Une poignée d'hommes sanguinaires crient sans cesse qu'on demande leurs têtes ! Je prends le peuple à témoin que je voudrais que l'auteur de la Nature les condamnât à ne jamais mourir et à traîner sans fin leur existence maudite. Les flétrissant du nom dliomnies de proie, nom qu'il empruntait au répertoire de Mercandier, l'ancien secrétaire de Camille-Desmoulins, Legendre comme Tallien concluait à la fermeture de leur Club. Bentabole, l'ancien élève de Marat devenu Thermidorien, obtient la sanction des différentes nations; il a demandé que les Comités présentent des mesures pour empêcher qu'aucun Représentant du peuple n'aille prêcher la révolte contre la Convention ; sa proposition est décrétée avec applaudissements (2).

Les journaux menaient une campagne parallèle et entretenaient ainsi le nouveau courant d'opinion. A leur tête, Fréron, le Thermidorien, qui oubliait Toulon et sa lettre à la Convention où il se vantait d'avoir imi fusiller huit cents des traîtres de Toulon (3) et qui déployait dans son journal (4) la violence frénétique qu'il avait montrée autrefois contre les opinions modérées alors qu'il rivalisait avec Marat. Passant de la plume à l'action, il

(1) Moniteur. Scance du 13 brumaire.

(2) Moniteur. Séance du 13 brumaire.

(3) En rùalité il s'agissait de 150 détenus préalablement condauiués par un jury.

(4) Orateur du Peuple, numéros des 13 et lii brumaire.

venait de faire alliance avec la jeunesse bruyante qui poursuivait (i) les clubistes et tous les soirs se colletait avec eux.

Les Jacobins n'en devenaient que plus exaltés à mesure que le nombre de leurs ennemis grossissait ; quelques-uns ne se contentèrent plus de défendre Carrier en paroles et par la bouche de Crassous proposèrent de faire au Représentant accusé un « rempart de leurs corps » (2). Tandis qu'à la Convention le 19 brumaire, on se disputait sa tète, les femmes et le cortège des tricoteuses se mêlèrent de la partie, venant jusque dans les tribunes de l'Assemblée faire scandale et huer les députés qui leur déplaisaient (3). C'était le jour où à propos de l'abolition du maximum une lutte violente s'était engagée entre Cambon et Tallien, celui-ci reprochant au premier sa gestion des finances de l'Etat, Cambon ripostant par le rappel sanglant des journées de Septembre. A l'attaque assez sotte des femmes, la jeunesse muscadine riposte dans la rue; le club des Jacobins est assailli; les « aguerris » se groupent autour deDuhem,onse bat à coups de bâtons et de pierres, les bancs sont brisés. Les muscadins criaient : « Vive la Convention, à bas les Jacobins, assassins du peuple » les gamins de Paris répétaient : « A bas les Jacoquins (4) ! »

Un an plus tôt cette tragi-comédie se fût terminée par les cris : « à la Lanterne ! » Cette fois les anciens vaincus triomphent. Les muscadins se contentent de corriger les « furies de guillotine w qui avaient fait retentir les tribunes de leurs invocations « au divin Marat », t à l'incorruptible Robespierre w et « au sensible Couthon ». On respecte leur visage, mais on leur applique une correction fraternelle et quelques-unes sont fouettées de

(1) « L'Orateur du Peuple, fouille frénétique où les jeunes gens allaient prendre leur mot d'ordre, espèce de cor sauvage qui donnait la chasse aux hommes. » Mémoires de Levusseur, tome IV, chap. iv, p. 126. > , i- >

(2) Moniteur. Séance du i8. Courrier universel, 20 brumaire.

(3) Annales patriotiques. Amis des Citoyens, brumaire.

(4) Révol. française, Burette et Ulysse Ladet, 1847, IV, pages 42 et

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