‹ Les grands terroristes, Carrier à NantesChapitre 97 sur 124 · DERNIERE SEANCE · texte numérisé non relu

DERNIERE SEANCE

manière à s'en soiivenii'. Du nombre était l'épouse du député Grassous et bien des î^ens ont pensé que « c'était un avilissement indirect de la représentation nationale » . . . , mais elle ne fut reconnue qu'après l'expédition, il n'y avait pas de rétractation possible (i). Il fallut la tardive apparition de la force armée pour disperser les combattants.

On peut jug-er du vacarme que firent le lendemain à la Convention les Duhem, les Grassous, les Fajau, les Levasseur !

Bien que les torts les plus g-raves vinssent des Fréroniens — on commençait à appeler ainsi la jeunesse muscadine — l'Assemblée n'était plus d'humeur à accueillir les réclamations jacobines et se ralliait franchement à la proposition faite par Rewbell, « de rude manière », de suspendre provisoirement les séances d'un club qui « a peuplé la France de bastilles et rendu le régime républicain odieux » (2).

Les Jacobins se recueillirent sans se croire perdus. Cette fois il ne pouvait s'ag-ir d'épuration mais d'attaque offensive. Menacés, eux qui avaient fait tout trembler, ils songèrent à la résistance.

A sept heures, Raisson ouvrit la séance qui fut la dernière de la trop fameuse Société populaire. Amis et ennemis se sont donnés rendez-vous et le « Réveil du peuple » répond à la Marseillaise (3).

11 est décrété qu'on lira solennellement la Déclaration (les Droits de l'homme, tête nue, malgré quelques philosophes qui crient à la superstition ; on fait appel aux sections du Centre de Paris et des faubourg's. Le bruit courut même — la nouvelle était fausse — d'une commande de vingt mille bonnets rouges ; en somme personne n'osa bouger dans les faubourgs comme aux Halles. A leur tour, comme Robespierre, les Jacobins étaient abandonnés de la population ouvrière.

(1) Vasselin, Mémorial révolutionnaire de la Convention , IV, p. 83.

(2) Moniteur. Séance du 19 brumaire.

(3) Mémorial révolutionnaire de la Convention, IV, p. 84.

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Il était écrit que le ridicule qui s'acharnait sur la Société ne serait pas épargné à son agonie. On avait beau vendre au début de la séance le onzième numéro d'une feuille de leur composition qui célébrait les louanges de Carrier, les opposants étaient munis des journaux antijacobins, VA mi des citoyens, l'Orateur da peuple, les Annales patriotiques (\m racontaient « en vaudeville » les événements de la veille. Un tumulte affreux ne tarde pas à régner dans la salle, la force armée est accourue, escortant les délégués des quatre Comités (i). Pendant le vacarme les Jacobins sont sortis ; « ils ont saisi deux agresseurs, les ont conduits auprès du président ; les nouveaux débarqués sont aussitôt coiffés du bonnet rouge » (2). Les muscadins se collettent avec leurs ennemis dans la rue. « Ils regrettent de n'avoir personne à fouetter et jurent que les amis de Carrier sont les ennemis du peuple » (3); dans une bagarre, un muscadin est renversé, une douzaine de citoyens crient à tue-tète : « Jacobins, assassins. Ils veulent sauver Carrier, ils veulent assassiner le peuple ! »

Malgré Caraffe qui propose de « ramasser les pierres jetées aux amis de la Liberté et de les montrer au peuple au commencement de chaque séance », malgré Raisson qui s'efforce de ramener l'ordre, la panique s'empare des tribunes, les Jacobins ont le dessous et les députés parcourant les rues ont beaucoup de peine à calmer la foule toujours grossissante qui crie : « Vive la Convention », « à bas les Jacobins I » A leur sortie du club la troupe doit protéger les assiégés et leurs femmes (4).

(1) Annales patriotiques, brumaire.

(2) Annales patriotiques.

(3) L'influence de cette bruyante jeunesse, si invraisemblable qu'elle paraisse, n'est plus discutable. Elle a certainement pendant un temps dirigé l'opinion et imprimé une terreur contre-révolutionnaire au moyen du bâton et de la correction patriotique. Beaulieu pourra dire : » Ce sont les coups de canne qu'on distribuait au Palais-Royal, aux Tuileries et dans les cafés qui décidaient du sort de l'empire ». On les verra, avec l'appui d'une grande partie de la presse qui marche avec eux, obtenir la nomination de la Commission Saladin contre les anciens membres du Comité. On les verra expulser GouUin du café de Chartres et obtenir la révision de sou procès, etc. Paris pendant la Révolution, A. Schmidt, t. II.

(4) Annales patriotiques.

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