‹ Les grands timidesChapitre 17 sur 88 · Lettre à Malesheràes · texte numérisé non relu

Lettre à Malesheràes

bienséance ; je suis cynique, effrotité, violent, intrépide : il n'y a honte qui m'arrête ni danger qui ra'elTraie ; hors le seul objet qui m'occupe, l'univers n'est plus rien pour moi. Mais tout cela ne dure qu'un moment et le moment qui suit me jette dans l'anéantissement,

« Prenez-moi dans le calme, je suis l'indolence et la timidité même ; tout m'effarouche, tout me rebute ; une mouche en volant me fait peur ; un mot à dire, / un g-este à faire épouvantent ma paresse ; la crainte / et la honte me subjuguent à tel point que je vou- y drais m'éclipser aux yeux de tous les mortels. S'il ( faut agir, je ne sais que faire ; s'il faut parler, je ne sais que dire; si l'on me regarde, je suis déconte^^ nancé'. »

Dans les Dialogues (II) cette opposition est poussée plus loin encore, définie avec plus de précision et rattachée à son principe. Jean-Jacques, y est-il dit,

« est actif, ardent, laborieux, infatigable ; il est indolent, paresseux, sans vigueur ; il est fier, audacieux, téméraire; il est craintif, timide, embarrassé; il est froid, dédaigneux, rebutant jusqu'àla dureté ; il est doux, caressant, facile jusqu'à la faiblesse... En un mot il passe d'une extrémité à l'autre avec une incroyable rapidité, sans même remarquer ce passage ni se souvenir de ce qu'il était l'instant d'auparavant ; et, pour rapporter ces effets divers à leurs causes pritnilives, il est lâche et mou, tant que la seule raisonV excile ; il devient tout de feu, sitôt qu'il est animé par q\ie\qae passion. »

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