Dialogues, II
de compte, la défiance à l'ég-ard du premier mouvement et la nécessité d'y céder. C'est la forme de volonté la plus malheureuse ; elle ne saurait se satisfaire, quoi qu'elle fasse, et même si elle ne fait rien.
« Quel parti prendre? >> s'écrie Rousseau. « Gomment se conduire, dénué de tout impromptu dans l'esprit? Si je me force à parler aux g-ens que je rencontre, je dis une balourdise infailliblement; si je ne dis rien, je suis un misanthrope, un ours*. »
La timidité de Rousseau est donc une aboulie ; mais, de plus, elle est une aboulie d'un genre spécial, qui s'exerce surtout, sinon exclusivement, dans l'ordre de la pensée. Rousseau, s'il faut l'en croire, serait un aboulique de l'intellig-ence.
« Jean-Jacques, dit-il, est indolent, paresseux, comme tous les contemplatifs ; mais cette paresse n'est que dans sa tête. Il ne pense qu'avec effort ; il se fatig-ue à penser, il s'elïraie de tout ce qui l'y force, à quelque degré que ce soit, et, s'il faut qu'il réponde à un bonjour dit avec quelque tournure, il en sera tourmentée »
Ainsi il est « vif, laborieux » à sa manière ; et l'oisiveté lui pèse, mais seulement physique. Il faut ' « que son corps soit en exercice et que sa tête reste au repos ». C'est pourquoi il aime « la promenade; a il y est en mouvement sans être oblig'é de penser ». ' 11 a toujours prétendu avoir fait violence à sa nature en devenant auteur ; sa destinée, selon lui, était d'être artisan, manœuvre, de mener « une vioj presque automate » et, de fait, il ne fut jamais « plu^