Dialogues, II
g-ai, plus content », ne se porta jamais mieux, que quand il lui fut donné de mener une telle vie; dans ses dernières années, il se fit copiste de musique et renonça à écrire; on vit là de sa part une attitude théâtrale, une pose ; en réalité, il ne faisait que suivre son goût.
Mais comment expliquer alors son activité intellectuelle, qui fut prodigieuse et lui permit d'accomplir une œuvre considérable? La contradiction n'est qu'apparente. Il suffit de distinguer avec lui deux sortes de pensée : l'une, machinale, spontanée ; l'autre, réiléchie, volontaire. La première seule est dans ses goûts ; par tempérament, il est un Imaginatif qui se plaît à rêver; la pensée méditée, suivie, |le travail de composition lui pèse, il est rêveur avec délices, il est peiueur malgré lui, à son corps défendant. C'est ce qu'il explique ainsi :
<< Dans la rêverie, on nest point actif. Les images
se tracent dans le cerveau, s'y combinent comme
dans le sommeil, sans le concours de la volonté; on
ilaisse à tout cela suivre sa marche et l'on jouit sans
jagir. Mais, quand on veut arrêter, fixer les objets,
lies ordonner, les arrang-er, c'est autre chose ; on y
met du sien. Sitôt que le raisonnement et la
réflexion s'en mêlent^ la méditation rCest plus un
repos, elle est une action très pénible ; et voilà la
peine qui fait l'efifroi de Jean-Jacques, et dont la
seule idée l'accable et le rend paresseux*. »
En fait, dans l'évolution littéraire de Rousseau, la rêverie prend de plus en plus le pas sur la pensée, et son activité intellectuelle bien analysée confirme ce