‹ Les grands timidesChapitre 24 sur 88 · Confessions, part. I, liv. m · texte numérisé non relu

Confessions, part. I, liv. m

2. Confessions, part. I, liv. i. Dialogues, II. — Confessio part. II, liv. IX : «Quoique paresseux, j'étais laborieux ccpen dant, quand je voulais l'être, et rua paresse était moins celle d'un fainéant que celle d'un homme indépendant, qui n'aime à travailler qu'à son heure. »

JEAN-JACOUES ROUSSEAU

lui-même, tout ce qu'on ne lui demande pas; la liberté le rend allègre, empressé, heureux.

-( II porte sans peine le joug- de la nécessité des cliDses, mais non celui de la volonté des hommes. Il aimera mieux faire une tâche double en prenant son tCMips qu'une simple au moment prescrit.

« A-t-il une affaire, une visite, un voyag-e à faire? [1 ira sur-le-champ si rien ne le presse; s'il faut aller à rinstant, il regimbera*. »

Cette incapacité de subir aucune contrainte, et en particulier de « se plier aux volontés des autres », liousseau la présente comme une sorte de fierté, d'indépendance, de noblesse d'âme; mais on y pourrait voir aussi bien de l'org-ueil et de la raideur. Plus simplement, elle est une faiblesse, une puérilité, une manie. C'est unpoint sur lequel il convient l'insister, pour ne pas être dupe des sophismes et ;Il' lamations de Rousseau.

Remarquons d'abord que cette autonomie, que Rousseau revendique avec tant de hauteur, se marque de façon mesquine dans les plus petites choses. Bien plus, l'horreur de Rousseau pour tout issujettissement peut devenir et en fait devient en particulier l'horreur du devoir, conçu comme une îujétion morale. L'aveu est à retenir; il est aussi net et signiflcatif que possible ; on ne sait s'il échappe

i . Dialogues, II. Encore se vante-t-il ici, par désir sans doute de se conformer aux préceptes de l'Emile. Car il dit ailleurs (j« promenade) : « Que ce soient les hommes, le devoir ou même la nécessité qui commandent, quand mon cœur se tait, ma v^olonté reste sourde et je ne saurais obéir ». Entre autres nécessités auxquelles il ne peut se soumettre, il cite celle du

[temps exactement mesuré : le jour où il vendit sa montre « fut un des plus doux de sa vie. Grâce à Dieu, s'écria-t-il, je n'aui'ai plus besoin de savoir l'heure qu'il est ! »

à Rousseau ou s'il est systématique, s'il part chez lui d'une conscience faussée, d'une perversité de jugement. Voici son propre témoig-nage; nous le produisons dans son ialégralité : le lecteur jugera. Rousseau reconnaît que tout lien, tout engagement; lui pèse, qu'une bonne action lui répugne, dès qu'elle se présente à lui comme un devoir.

« J'ai souvent, dit-il, senti le poids do mes propres bienfaits par la chaîne des devoirs qu'ils entraînaient à leur suite ; alors le plaisir a disparu, et je n'ai plus trouvé dans la continuation des, mêmes soins qui m'avait d'abord charmé qu'une gêne presque insupportable...

« Un bienfait purement gratuit est certainement une œuvre que j'aime à faire ; mais, quand celui qui l'a reçu s'en fait un titre pour en exiger la continuation sous peine de haine, quand il me fait une loi d'être à jamais son bienfaiteur pour avoir pris plaisir à l'être, dès lors la gêne commence et le plaisir s'évanouit. Ce que je fais alors quandje cède est faiblesse et mauvaise honte; mais la bonne volonté n'y est plus et, loin que je m'en applaudisse en moimême, je me reproche en ma conscience de bien faire à contre-cœur... »

Il paraît sans doute injuste et dur de refuser un service en trompant les espérances qu'on a fait naître par des services anlérieui's ; mais ce refus « n'en est pas moins l'effet d'une indépendance que le cœur aime et à laquelle il ne renonce pas sans effort. Quand je paie une dette, c'est un devoir que je remplis ; quand je fais un don, c'est un plaisir que je me donne*. »

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