‹ Les grands timidesChapitre 29 sur 88 · Dialogues, II · texte numérisé non relu

Dialogues, II

2. Oa sait la définition profonde que M""» du Deffand a donnée de l'ennui : « La privation du sentiment, avec la douleur de ne s'en pouvoir passer w.

souffrance de ne pas rencontrer dans la société des hommes la sympathie qu'on voudrait obtenir et qu'on croit mériteri Elle est, dans l'ordre intellectuel et moteur, le principe qui fait trouver et mettre en œuvre tous les moyens par lesquels on essaie de réagir contre cette souffrance.|Ainsi Rousseau se crée des goûts, s'invente des occupations pour remplir la solitude a laquelle sa timidité le con- £ ' damne : il s'adonne à la botanique, s'enchante des ^y spectacles de la nature ; il cherche une diversion à }>: ses besoins de sympathie. Plus à l'aise et plus heu- ^^^ reux parmi les hommes, il eût moins aimé la ■'' natureTI

Sans doute « la contemplation de la nature eut toujours, écrit-il, un grand attrait pour son cœur, il y trouvait un supplément aux attachements dont il avait besoin ; mais il eût laissé le supplément pour la chose, s'il en avait eu le choix, et il ne se réduisit à converser avec les plantes qu'après de vains efforts pour converser avec les humains * ».

La botanique ne fut donc pour lui qu'un pis-aller. Rousseau ne se serait même jamais consolé d'avoir perdu « les douceurs de la société humaine », s'il n'avait trouvé les moyens de la remplacer, se créant dans la solitude une société idéale, dans laquelle il s'épanouissait librement et goûtait les joies qui lui étaient refusées dans la société réelle. Loin dos hommes, il refaisait le monde à sa guise, le peuplait de ses fictions, le parait de toutes les vertus, le rendait digne d'être aimé. Le rêve idyllique d'une société parfaite où tous les hommes sont bons,

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