Dialogues, II
JEAN-JACOUES ROUSSEAU
réellement plus vécu quand mes sentiments, resserrés pour ainsi dire autour de mon cœur par ma destinée, n'allaient point s'évaporant au dehors sur tous les objets de Testime des hommes qui en méritent si peu par eux-mêmes, et qui font l'unique occupation des gens que l'on croit heureux K »
On voit, dans les Confessions, Rousseau jeté à la rue, sans ressources aucunes et sans chances de s'en procurer, s'enivrer, l'esprit plein de visions charmantes, du plaisir de la promenade dans un beau pays. Son imag-ination suit son cours, sans s'embarrasser des événements. Il fut toujours ainsi, mais le devint de plus en plus par l'effet d'une timidité, qui était chez lui constitutionnelle et alla s'aggravant avec les années. Cette timidité l'éloignait des hommes et l'enfermait en lui.
Nous touchons au terme de la timidité de Rousseau et pouvons l'étudier sous sa forme définitive et complète.
Rousseau de plus en plus se détache du monde, s'enfonce dans une sauvagerie farouche, mène une , vie solitaire, vide, machinale et pourtant heureuse : l/f^^^ *" il réalise ainsi, selon lui, le vœu de sa nature ; il se! H met hors d'état de soulTrir du contact des hommes,- JJÂ il ne connaît plus alors les tortures et les affres dé ^
la timidité ; enfin il atteint la sagesse, qui se pré-; sente à lui sous la forme de la paix orientale, dê\ l'indifférence absolue, du quiétisme vrai et naturel* \^