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CHAPITRE II

La timidité de Benjamin Constant est constitutionnelle. Elle se produit sans raison ou pour dos raisons purement physiques. Elle a été favorisée et développée par son éducation : absence de foyer, froideur, ironie de son père, cynisme de ses maximes. La timidité et la clairvoyance dans ses sentiments à soi et dans Diypocrisie du monde. Juste Constant était timide et a communiqué sa timidité à son fils. Caractères propres à la timidité de B. Constant : ironie, sensibilité refoulée, sautes d'humeur, personnalité étrangère à ses actes, s'analysant avec lucidité, se jugeant sans complaisance ni partialité. Esprit supérieur, volonté faible.

Benjamin Constant est le type du timide complet. Il réunit les traits de sauvagerie, de « rélractilité » les plus étranges et les plus disparates, à la fois les plus bouffons, les plus poussés à la charg-e et qui ne prêtent qu'à rire, et les plus douloureux, les plus tragiques.

Il est timide physiquement, par tempérament, par hérédité; il Test,; moralement, sans aucune raison de l'être, et avec toutes les raisons de ne l'être pas. On comprend Rousseau fuyant le monde, parce qu'il est, à Tordinaire, lourd, g-auche et sans esprit. Mais Constant avait toutes les qualités mondaines : le trait, l'éloquence, la g-ràce ; c'était un causeur étincelant. Pourquoi donc, au moment même où il s'abandonnait à la verve de son esprit, éprouvait-il « cette ang-oisse intérieure, cette sorte de défaillance, d'évanouissement qu'est la timidité ' »?

11 écrit dans son Journal iîitime :

« A diner il y avait beaucoup de monde : j'étais triste et j'ai beaucoup plaisanté. Cette réunion de deux choses si différentes m'est ordinaire. »

Et encore :

« Je passe la journée chez M™° Récamier. Il paraît que j'y ai été très aimable, car on m'en a fait compliment. C'est un chef-d'œuvre de mon esprit, car fêtais fort, mal disposé-, »

De même, quand il devrait se fondre de tendresse, pourquoi se trouve-t-il sec et g-lacé ?

« Glotilde, écrit-il à sa tante de Nassau, m'a reçu à bras ouverts et avec une cordialité dont je ne me faisais pas d'idée. Je voudrais secouer cette timidité qui me donne un air de froideur que vous m'avez souvent reproché et qui fait tort à mes sentiments, lors même qu'au fond du cœur ils sont tout composés de reconnaissance et d'affection ^. »

1. G. RnDLER, La Jeunesse de Benjamin Constant, p. 133, Paris, A. Colin, 1909.

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