Ibid., p. 134, n
11 a des accès de timidité comme il aurait des accès de fièvre, et ces accès le prennent, quand il s'y attend le moins, sans vraisemblance ni raison tirée des circonstances. Ainsi, quand les gens ne sont pas faits pour l'intimider, il s'intimide alors pour eux et à leur place.
« Dîner ridicule chez M"* D..., et moi, timide au milieu de tout cela, comme si de me trouver au milieu de g'ens médiocres était une infériorité. Mais la timidité a cela de mauvais qu'elle vous ôte tout sentiment de votre propre valeur *. »
Benjamin Constant ne tire donc pas sa timidité du dehors ; il la porte en lui; il l'éprouve gTatuitement, sans raison; mais il en souffre autant que si elle était fondée ; non seulement elle lui ôte, comme il dit, le sentiment de sa valeur propre, mais encore elle lui retire momentanément celte valeur même ; elle empoisonne sa vie, elle pervertit ses facultés, elle gâte ou annihile ses dons. Elle n'entame point, semble-t-il, son esprit; encore le paralyse-t-elle parfois et l'empêche-t-elle souvent d'en faire un emploi judicieux. Enfin elle fausse son caractère et ses sentiments. Elle est la forme morbide, la tare ou le vice caché de cette nature par ailleurs si heureusement douée.
Ce qui montre à quel point la timidité de Benjamin Constant est constitutionnelle, c'est un trait qu'il rapporte de son impressionnabilitenerveuse.il parle de l'eiïroi que cause à Adolphe « la figure humaine » ; cet ellroi est purement physique, c'est un état morbide, une phobie.