‹ Les grands timidesChapitre 38 sur 88 · Journalintime, p · texte numérisé non relu

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BEXJAMIX CONSTANT

« Je ne me trouvais à mon aise que tout seul, dit-il, et tel est, même à présent, Teffet de cette disposition d'âme que, dans les circonstances les moins importantes, quand je dois choisir entre deux partis, la figure humaine me trouble et mon mouvement naturel est de la fuir pour délibérer en paix *. »

Trait morbide ou enfantillag-e, cette particularité est commune à tous les timides. « Tel Rousseau, dit très bien Rudler, s'esquivant avec son chien, et pétillant de joie, et respirant, et se sentant sauvé, quand il avait passé un certain coin 2. »

Cependant, si elle est physique, héréditaire ou innée, la timidité de Benjamin Constant ne s'explique pas moins aussi par des raisons psycholog-iques ; elle lui parait à lui-même, et elle est en effet acquise ; les circonstances extérieures, une éducation déplorable, Font en toutcas développée, accrue.

Tout d'abord il a manqué à Benjamin Constant une famille, un milieu de tendresse, ce foyer dont la chaleur est nécessaire à l'éclosion des sentiments. Son père était incapable de l'élever et n'y songeait g-uère ; il l'abandonnait à des précepteurs indig-nes, ne s'intéressait à lui que de loin; il avait uniquement le souci de son instruction ; il était fier de sa précocité intellectuelle, des « succès qui l'avaient disting'ué de ses compagnons d'études » ; il fondait sur lui de g-randes espérances ; mais cela même le rendait « indulgent pour ses fautes » ; il lui pardonnait son caractère en faveur de son esprit ^

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