Adolphe, init
II ne voyait pas que « cet esprit dont on est si fier ne sert ni à trouver du bonheur ni à en donner », et que « le caractère, la fermeté, la fidélité, la bonté sont les seuls dons qu'il faut demander au ciel ' ».
Si encore Juste Constant n'avait péché dans l'éducation de son fils que par ig-norance et omission, s'il n'avait fait qu'exalter son amour-propre, que le « nourrir de vanité », s'il n'avait que manqué à former ou laissé éteindre, s'il n'avait pas déformé les sentiments de Benjamin par son persiflage et ses railleries ! Mais il a flétri de son expérience désabusée une âme jeune, naturellement ouverte à des sentiments g-énéreux.
« Il avait dans l'esprit je ne sais quoi d'ironique qui convenait mal à mon caractère. Je ne demandais alors qu'à me livrer à ces impressions primitives et foug-ueuses qui jettent l'âme hors de la sphère commune et lui inspirent le dédain de tous les objets qui l'environnent. Je trouvais dans mon père, non pas un censeur, mais un observateur froid et caustique, qui souriait d'abord de pitié et qui finissait bientôt la conversation avec impatience, »
C'est là une accusation vag-ue, générale ; Benjamin Constant la précise, l'appuie d'un trait particulier, typique : Juste Constant parlait lég-èrement, cyniquement devant son fils de l'eng-ag-ement le plus grave, aussi bien en lui-même que par ses conséquences, de celui qui lie l'homme à la femme.
« Il avait pour principe qu'un jeune homme doit éviter avec soin ce qu'on nomme une folie, c'est-àdire de contracter un engagement durable avec une