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Adolphe

DUGAS, — Grands Timides. &

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vie et du monde, de ne savoir où se prendre, à quoi se fixer, d'être sans principes, autant dire sans lest et sans boussole. Le blasé, le libertin ou le roué pourrait bien être, en dépit des apparences, un timide, d'une espèce sans doute paradoxale, mais avérée, authentique, bien plus, radicale, foncière. En effet, quand on n'est dupe de rien, ni de soi ni des autres, quelles raisons n'a-t-on pas d'être défiant, craintif! Le scepticisme apparaît comme la justification théorique de la timidité, justification qui vient sans doute le plus souvent après coup et ainsi procède de la timidité, mais ne laisse pas aussi de l'engendrer quelquefois et l'aggrave toujours.

Le dessèchement de l'analyse est en fait un facteur de la timidité. Benjamin Constant noie en lui une disposition sing-ulière à douter de la vérité et de la sincérité de ses sentiments au moment même où il les éprouve.

«J'ai des qualités excellentes, dit-il, — fierté, générosité, dôvoûment, — mais je ne suis pas lui être tout à fait réel. Il y a en moi deux personnes, dont l'une observe l'autre, sachant fort bien que » tous ses « mouvements... doivent passer. Ainsi, dans ce moment, je suis triste, mais, si je voulais, je serais, non pas consolé, mais tellement disirait de ma peine qu'elle serait comme nulle'. »

Le dédoublement à ce degré, s'ajoutant à l'absence de toutes croyances, de tous principes, n'est-ce pas une cause de désenchantement, de défiance de soi, une forme raffinée di^ auto-timidité ?

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