Adolphe, I
manents, les éléments statiques du caractère qu'on serait tenté de croire, sinon essentiels, au moins dominants. Mais il faut tenir compte ég'alement, et au même degrré, des traits passag-ers, des éléments mobiles ou, mieux, des aspects divers, des sautes du caractère; surtout il faut tenir compte du tempérament que cette diversité, cette incohérence ou cette instabilité même révèlent.
« Le trait saillant, dominateur de Benjamin Constant, dit Gustave Rudler, celui que nos documents (le style des lettres compris) établissent avec le plus de certitude et qu'il faut toujours g-arder présent à l'esprit, c'est la puissance et bientôt le dérèglement du système nerveux... Benjamin a une ardeur, une fougue, une agitation qui se dépense en sauts, gambades, mouvements, idées, sentiments, travaux de tout ordre, railleries, violences: rien ne se fait avec calme, tout finit par prendre l'allure d'une sarabande. C'est une mobilité et une tension perpétuelles, un tourbillon ». Le même « fonds d'énergie vitale », le « même vouloir-vivre intense » se retrouve chez Chateaubriand, Byron et tant d'autres timides. Chez tous, c'est « la même force rebondissant sous les découragements faciles, le même ressort qui les redresse toujours, faux blasés, pour de nouvelles expériences. Benjamin est un violent ^à froid) qui cherche la passion et, à son défaut, la sensation effrénée et multiple' ». On ne saurait mieux dire, s'il ne s'agit que de caractériser la nature mobile, impressionnable du timide. Mais il faut bien distinguer la mobilité et « la puissance » du système ner-