‹ Les grands timidesChapitre 48 sur 88 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

Op. cit., p

pressenlinienL de ses défaillances et de ses chutes, comme, dans ses plus mauvais, il a celui de ses relèvements possibles; toujours ce qui domine en lui, c'est le sentiment de son instabilité foncière, de son impulsivité momentanée et, dans ses impulsions actuelles elles-mêmes, de leur inactualité et, si on peut dire, de leur extranéité ; d'où une tendance à se dérober sans cesse, à fuir ce qui pourrait l'eng-ager malg-ré lui, à se retrancher dans la solitude, alors qu'elle lui pèse.

« La solitude, écrit-il, est mon élément... Qui peut nier que je sois fait pour vivre seul? C'est aussi à quoi tendent tous mes vœux.

«... Quand je dis seul, ce n'est pas que quelquefois je n'espère voir ceux que j'aime,... mais je veux et j'ai besoin de pouvoir me retirer sans que personne s'en élonnc et s'en formalise et même sans qu'on le remarque, car, avec mon étrange faiblesse de caractère, qui me rend intolérable la physionomie de désapprobation, quand je vois quelqu'un qui se tait, mais qui me trouve capricieux ou ingrat, je ne puis le supporter ^.. »

Voilà l'homme, avec ses besoins de sympathie qu'il renonce à satisfaire, fuyant tout contact avec la vie, parce qu'il s'y sent étrang-er et s'y croit impropre, voulant tout au moins être sûr d'avoir toujours un refug-e loin des hommes, un coin où se cacher. Quelle est cette sauvag-erie farouche chez un être de séduction et de charme, né, semblait-il, pour le monde et qui^, en fait, se mêle au monde, mène une vie active, joue un rôle brillant, glorieux, prodigue

\. Cité par Rudler, op. cit., p. 433.

ses talents, déploie dans tous les ordres et en tous sens ses merveilleuses facultés? Elle consiste et se marque en ceci, que B. Constant accomplit son œuvre, sans s'y donner tout entier, sans se perdre en elle, mettant sa personnalité à part, g-ardant le secret de sa vie intime et profonde. Il livre son génie, non sa personne. Bien plus, on dirait qu'il n'est pas maître de son g-énie lui-même, qu'il se laisse emporter par sa foug-ue, qu'il a la jouissance, non la propriété de ses dons. C'est pourquoi il se montre supérieur dans toutes les tâches impersonnelles, comme celles de la politique, de la pensée pure, philosophique. C'est pourquoi encore il est supérieur dans toutes les œuvres qui procèdent, non de la volonté, mais de l'automatisme du g-énie, c'est-àdire de la spontanéité, de l'inspiration et qui ne demandent que l'élan, la flamme et le naturel. Mais il n'a pas su conduire sa vie, ordonner et mener à bout une œuvre durable ; il n'a rien bâti ou fondé. Il lui a manqué en tout la volonté, le caractère. Il a prodigué son g-énie ; il ne l'a pas su faire fructifier ou produire. Le dernier mot sur lui a été dit par Thérèse Huber : « Un être manqué, brisé par la vie, mais dont les dons sont si beaux que jamais le sceau de la divinité n'a été complètement effacé '. »

Ce n'est pas précisément que la vie l'ait brisé ni que les circonstances lui aient manqué; c'est plutôt lui qui a manqué aux circonstances. La fatalité dont il est victime est tout intérieure. Lui-même l'a dit avec sa clarté souveraine :

« Adolphe a élé puni de son caractère par son

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