Cité par Rudler, op. cit., p
DUGAS. — Grands Timides. 6
caractère munie; il n'a suivi aucune route fixe, rempli aucune carrière utile; il a consumé ses facultés sans autre direction que le caprice, sans autre force que V irritation... Les circonstances sont bien peu de chose; le caractère est tout; c'est en vain qu'on brise avec les objets et les êtres extérieurs, on ne saurait briser avec soi-même. On chang-e de situation, mais on transporte dans chacune le tourment dont on espérait se délivrer'. »
Ce qui a fait le tourment de Constant, c'est l'instabilité ou, comme il dit, la « mobilité » de sa nature, l'incapacité de maîtriser ses impressions, d'y échapper, d'user de sa volonté, d'être soi; ce qui fait sa grandeur, c'est la sûreté avec laquelle il analyse son cas et se jug-e lui-même. Il a su vraiment se détacher de soi et s'observer comme il eût fait d'un autre. De là le caractère d'impersonnalité et de grandeur d\idolp/ie, donné avec raison comme « une histoire assez vraie de la misère du cœur humain » ; de là la portée morale, philosophique de ce roman.
« Il prouve que cet esprit dont on est si fier ne sert ni à trouver le bonheur ni à en donner; il prouve que le caractère, la fermeté, la fidélité, la bonté sont les dons qu'il faut demander au ciel; et je n'appelle pas bonté cette pitié passag-ère qui ne subjug-ue point l'impatience et ne l'empêche pas de rouvrir les blessures qu'un moment de reg-ret avait fermées. La grande question dans la vie, c'est la douleur que l'on cause, et la métaphysique la plus ingénieuse ne justifie pas l'homme qui a déchiré le