‹ Les grands timidesChapitre 50 sur 88 · Adolphe, sub flne · texte numérisé non relu

Adolphe, sub flne

cœur qui l'aimait. Je hais, d'ailleurs, cette fatuité d'un esprit qui croit excuser ce qu'il explique ; je hais cette vanité qui s'occupe d'elle-même en racontant le mal qu'elle a fait, qui a la prétention de se faire plaindre en se décrivant et qui, planant indestructible au milieu des ruines, s'analyse au heu de se repentir. Je hais cette faiblesse qui s'en prend toujours aux autres de sa propre impuissance et qui ne voit pas que le mal n'est pas dans ses alentours, mais q u'il est en elle ' . »

Benjamin Constant n'a plus ici en vue la timidité, mais la faiblesse de la volonté, dont la timidité dérive ou dont elle est une forme. Il dépasse donc la question que nous avions posée ; il la g-énéralise, l'élève, mais par là même nous met en état de la mieux comprendre. Il n'a ni partialité ni complaisance pour cette faiblesse qui est la sienne ; il en parle avec un accent g-rave, ému, qui ne lui est pas habituel, dont il n'abuse pas, qu'il importe d'autant plus de relever comme son accent vrai, personnel, intime et profond. Avant et après lui, J.-J. Rousseau, Chateaubriand peig-nent la timidité, ou plus g-énéralement « la misère du cœur humain » sous d'autres couleurs; ils appellent sur elle la sympathie et la pitié; ils la rendent attendrissante et aimable, voire même pittoresque et piquante. Ils ne la tiennent pas pour un mal desséchant, qui fait autant ou plus de ravag-es qu'une passion, qui brise les ressorts de l'âme ou la livre à toutes les impulsions. Au contraire, Benjamin Constant a l'air de prévoir, réfute d'avance tous les sophismes par

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