Adolphe, sub fine
lesquels on tentera de faire l'apolog-ie ou, tout au moins, de plaider les circonstances atténuantes de la faiblesse du caractère; il dresse contre celle-ci en général, et contre la timidité en particulier, le réquisitoire le plus fort et le plus complet ; il en fait la dissection la plus savante et la plus implacable. Je ne sais pas de plus bel exemple d'analyse impartiale et de meilleure preuve que l'introspection n'exclut point l'objectivité.
Mais la timidité n'est qu'un symptôme, un aspect particulier ou une forme du mal de René ; ce mal, auquel il convient de la rattacher, l'intelligence supérieure de Benjamin Constant en a fixé les traits, déterminé la nature, démêlé les causes, aperçu les effets et les suites, avant que le romantisme l'eût célébré, magnifié, pris pour thème de déclamations lyriques, l'eût par là même compliqué, obscurci et défig-uré. C'est jusqu'à lui qu'il faut remonter pour en avoir une conception sobre, sévère, scientifiquement exacte, en même temps qu'une appréciation morale, juste et fondée. L'étude de la timidité de B. Constant nous conduit donc à celle de la sensibilité romantique, dont elle présente un cas particulier, concret, pouvant faire et ayant fait l'objet d'une analyse rigoureuse, précise, par là même d'une réelle portée psycholog-ique et d'une haute sig-nificalion morale.