‹ Les grands timidesChapitre 54 sur 88 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

sives. Mais non! il était l'inslabililé même, « capricieux, mobile, prompt au dég-oût,... étalant ses ennuis, dévorant ses plaisirs, moins sensible à ce qui doit le combler qu'à ce qui peut lui déplaire et, à peine arrivé, ne visant qu'à repartir * ».

Enfin la vanité complique et aggrave ces faiblesses humaines. Il dissimule aux autres, il ne veut pas s'avouer à lui-même les infirmités de sa nature. Il a senti ce qui lui manque : l'unité. « Il s'est dit : Je veux avoir de Vunité, et il en a eu, mais toute d'affiche et de montre,... une unité d'artiste, unité factice,... faite de pièces et de morceaux, une vraie marqueterie. Républicain, royaliste, pêle-mêle et tour à tour, il est féal et rebelle, champion de l'autel, champion du trône, aidant à le renverser et, quand il l'a mis à bas, lui demeurant fidèle; le tout selon que l'occasion, le talent et le cœur l'y poussent...

« 0 l'unité en effet unique et sing-ulière 1... Ce n'est pas là l'unité vraie ; celle-ci est une harmonie qui naît du fond même et qui sort de l'ensemble d'une vie et d'une âme, qui s'y répand insensiblement et le revêt d'une ôg:ale lumière '*. »

La timidité ne serait-elle pas précisément la conscience de la difficulté (ju'une personnalité éprouve à se constituer, à réaliser son unité, à org-aniser ses tendances, ou simplement à les suivre, à accepter sa nature? Ne proviendrait-elle pas d'une imagination inquiète, (}ui ne sait où se prendre, où se fixer, dépassant toujours le désir, déconcertant la volonté, détachée du présent, redoutant l'avenir et regrettant le passé ? Ne serait-elle pas, en un mot, l'impossi-

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