Souvenirs d'égotisme, p
DncAS. — Grands Timides. o
de sa timidité, quoiqu'il s'en prenne à eux de tant d'injustes humiliations qu'il a subies et de nobles sentiments qu'il a refoulés.
Stendhal est timide parce qu'il ne sait pas ce qu'il veut vraiment. Sa timidité est défiance de lui-même, de sa propre nature ; il ne sait ni prévoir, ni régler et diriger ses mouvements; il vit dans Tattente inquiète des sautes de son humeur, dans la crainte des mauvais tours qu'elle peut lui jouer. Aussi aspire-t-il à se connaître, parce qu'il croit, s'il se connaissait, qu'il arriverait à se dominer et qu'il ne lui manquerait plus rien alors pour être heureux'. Mais, pour se connaître, il faudrait être., et il xîest pas, il devient. Aussi aspire-t-il à se faire, à se constituer un caractère ; mais là encore il échoue; son idéal chang-e sans cesse; tout le tente, l'attire, mais bientôt le déçoit. Il ne sait pas se fixer. Voilà le secret de sa maladie.
Cette maladie môme, il l'ig-nore. S'il la connaissait, il pourrait en guérir, ou au moins s'y résigner, en prendre son parti. Il est destiné à en soufirir, et il en soullre d'autant plus qu'il la connaît moins. Ce n'est pas qu'il manque à l'analyser; au contraire, il la scrute sans cesse, mais il ne fait ainsi que l'entretenir, la retourner en tous sens, l'aviver et l'enfoncer en lui plus avant. La timidité est un supplice, et le timide est, à lui-même, son bourreau.
Passons en revue ses aspirations. Nous verrons qu'elles se contredisent et se combattent et que
1. « Nosco te ipsum. Je crois avecTracy et In Grèce que c'est le chemin du bonlieur. Mon moyen, c'est ce Journal. » — « Tout ce qui m'éloigne de la connaissance du cœur de l'homme est sans inténH pour moi. » {Journal, p. 388, 389.)
îhacune d'elles, prise en soi et à part, est vaine, nconsistante et condamnée d'avance à un échec îerlain.
Stendhal est l'homme de tous les contrastes. Ainsi
I est simple, naturel, enthousiaste, naïf, et il est compliqué, raffiné, retors, desséché, blasé. Aucune ie ses formes ne l'exprime et cependant il est tout entier en chacune; aucune ne le satisfait, et cependant, au moment où il en revêt une, il s'y complaît entièrement.
Etudions-le sous ces aspects divers. Reprenons, un à un, tous ces traits.
Il est naïf et spontané, tout au sentiment présent ou, comme il dit, à la « sensation ». '< J'ai toujours plus senti que perçu, ce qui me rend neuf comme un enfant'. » Une àme d'enfant, voilà ce que Stendhal s'est toujours attribué et ce qu'un de ses récents critiques, M. Léon Blum, lui a aussi reconnu.
II a, de l'enfant, l'impressionnabilité impétueuse, étourdie et naïve ; il en a les élans inconsidérés et un peu fous, l'enthousiasme débordant, l'ardeur indiscrète. Il décrit à merveille cette forme de sensibilité ; il la retrouve, il la rend avec bonheur, il en donne l'illusion, par exemple, quand il dit :
« J'étais bien enfant dans ce temps-là; j'étais tout âme; je ne concevais pas la vanité... Je me bourrais de café, je ne comptais, pour heureux, que les instants d'érectisme moral. Cela tendait, je pense, à me faire devenir fou^ »
Il écrit au même temps dans son Journal :