‹ Les grands timidesChapitre 60 sur 88 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

« Je me couche en bénissant le Ciel d'avoir une âme qui sent tant *. »

Il revient sans cesse sur sa sensibilité :

« J'étais constamment, profondément ému.

« La moindre chose m'émeut, me fait venir les larmes aux yeux ; sans cesse la sensation l'emporte sur la perception...

« Je me crois extrêmement sensible ; c'est là le trait marquant. Cette sensibilité est portée à des excès qui, racontés, seraient inintelligibles à tout autre qu'à Félix ^. »

Ce n'est pas seulement sur la vivacité et la chaleur de ses sentiments que Stendhal insiste, c'est encore sur leur qualité : élévation, noblesse d'âme, sincérité absolue, fierté, tels seraient les traits de sa sensibilité, qui sont aussi ceux de l'enfance ou de la jeunesse.

Toutefois, par cela seul qu'il relève ainsi sa facilité à s'attendrir et la bonté de son cœur, Stendhal ne manque-t-il pas à cette naïveté et sensibilité d'enfant qu'il prétend être sa marque? N'est-il pas contradictoire qu'il mette tant d'esprit à analyser ainsi son « âme » ? Ce qui nous rend suspects ses « souvenirs d'égotisme », c'est qu'ils sont, chez lui, le point de départ ou l'occasion d'une théorie ; c'est que la réflexion s'y ajoute, les raffine, les transforme.

Ainsi il est bien vrai que Stendhal est un émotif, un tendre, un enthousiaste, d'un mot, un jeune; mais il est vrai aussi qu'il tient la jeunesse d'âme pour

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