Souvenirs d'égotisme, cli. YIII, p
C'est dans ses lettres à sa sœur Pauline qu'il se livre le plus complètement et se définit le mieux : il s'y montre tout ensemble féru de beaux sentiments et railleur, sceptique, résolu, dans la vie, a n'être point dupe. N'être point dupe ! Ce sera à la fin sa préocupation dominante. Dominante, non pourtant exclusive. Stendhal n'arrivera jamais à tuer entièrement en lui le vieil homme : l'être confiant. Il se fera plus noir qu'il n'est ; il voudra donner le change, il prendra les apparences du blasé, tout en restant, au fond, un sentimental et un tendre. Edouard Rod a bien démêlé cette complication.
Stendhal, dit-il, « voulait pa7'aUre sec, c'est vrai ; pour y parvenir, il se fit un masque d'ironie, d'âpreté, d'égoïsme, il se ceignit d'une cuirasse d' « homme fort », de roué, dont il laisse rarement voir les défauts. Mais en même temps, il entendait conserver toute sa sensibilité, il la soignait, il la ménageait, il en était fier : à chaque instant il s'élève contre les préjugés, les habitudes, les exigences delà vie civilisée qui émoussent et refrènent la passion, contre la France et Paris qui l'ignorent, contre le xix* siècle qui ne lui est pas propice. En revanche, il l'admire et il l'exalte partout où il la trouve ; c'est parce que la passion y est libre qu'il aime tant l'Italie *. »
Mérimée, de même, avait dit déjà :
« M. Sainte-Beuve, avec sa sagacité ordinaire, a signalé un des traits les plus frappants du caractère de Beyle : l'inquiétude d'être pris pour dupe et une constante préoccupation de se garantir de ce mal-