‹ Les grands timidesChapitre 66 sur 88 · E. Rod, Stendhal, p · texte numérisé non relu

E. Rod, Stendhal, p

heur. De là cet endurcissement factice, cette analyse désespérante des mobiles bas de toutes les actions g-énéreuses, cette résistance aux premiers mouvements du cœur, beaucoup plus affectée que réelle chez lui, à ce qu'il me semble'. »

Nous allons étudier les deux aspects de la timidité de Stendhal, mais nous remonterons d'abord à Torig-ine de cette timidité, nous en suivrons l'évolution, nous passerons en revue les différentes causes auxquelles lui-même l'attribue, en allant des causes extérieures et superficielles aux causes intimes et profondes.

Stendhal a une impressionnabilité ou nervosité extrême qui revêt toutes les formes et se manifeste à propos de tout et de rien. Il est surtout irritable, facile à choquer et ne sait rien supporter de ce qui lui déplaît : « Ce qui ne fait qu'effleurer les autres, dit-il, me blesse jusqu'au sang-. » Ses antipathies sont aussi imprévues que vives : ainsi il n'aime pas les airsg-uindés, mais il s'oll'ense des propos trop libres, quand ils sont en français et que ce n'est pas lui qui les tient. « J'adore ce g^enre de conversation en italien, dit-il,... (mais) j'ai en horreur les propos libertins français ; le mélange de l'esprit à l'émotion crispe mon âme, comme le liège que coupe un couteau offense mon oreille. »

Il semble difficile dédire ce qu'il aime et n'aime pas. Pourtant on peut établir au moins quelles sont ses antipathies et, parmi celles-ci, démêler les plus caractéristiques. Il ne supporte aucune g'êne, mais la gêne qui lui est le plusinsupportable, c'est l'ennui.

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