‹ Les grands timidesChapitre 68 sur 88 · P. Mérimée, H. B · texte numérisé non relu

P. Mérimée, H. B

Il était loin d'être insociable, mais il lui fallait des sociétés à son goût, à son heure :

« J'adore rencontrer des amis le soir en société, le samedi chez M. Cuvier, le dimanche chez M. de 'iVacy, le mardi chez M™" Ancelot, le mercredi chez le baron Gérard, etc.*. »

Enfin il était, comme il l'a dit de Fabrice, « un de ces cœurs de fabrique trop fine qui ont besoin de l'amitié de ce qui les entoure ». Désireux de plaire, tourmenté de la crainte de déplaire, il n'avait jamais et ne pouvait avoir l'esprit en repos, d'autant qu'il jugeait les autres aussi impressionnables, aussi faciles à indisposer que lui-même et qu'il avait conscience d'être trop difi'érent d'eux, je ne dis pas pour leur plaire, mais pour ne pas les choquer. De là une raison trop fondée d'être timide. Mais il était timide aussi sans raison, par accès ou par crises de faiblesse nerveuse. Il était donc toujours et partout au supplice.

« Au collège, dit-il, j'étais timide envers le professeur ; un mot de reproche contenu et dit par hasard par ce petit bourgeois pédant avec un accent juste me faisait venir les larmes aux yeux. A Paris, dans le salon des Daru, je n'ouvrais pas la bouche. Je mourais de contrainte, de désappointement, de mécontentement de moi-même ^. »

Stendhal se rendait compte de son trouble et y ajoutait en en prenant conscience, en l'analysant, en se l'expliquant à lui-même.

Il le rapportait à trois causes principales : à son

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