Vie de Henri Brulard, I, p. 148; II. p
ig-norance de la politesse, à son manque d'arg-ent et à ce qu'il appelait son « espag-nolisme », c'est-àdire à l'exaltation de ses sentiments, à son esprit romanesque, g-àté par les lectures, à son imagination échauiTée.
Sur le chapitre de la politesse, Stendhal, — comme tous les timides, La Rochefoucauld, Rousseau, par ex,emple, — s'étend long-uement et à maintes reprises tant dans ses romans que dans ses écrits autobiographiques {Souvenirs d'égotisme, Journal^ Vie de Henri Brulard). 11 semble que la politesse ait été son tourment, sa bête noire.
« Le Dauphinois timide et vaniteux, dit François de Nion {Préface d\x Journal)^ est visiblement gêné dans ce monde divers (de l'époque napoléonienne) ; il y cherche sa place, se préoccupe de ça tenue ; il éprouve un certain malaise, qu'il semble avoir gardé toute sa vie, à entrer dans un salon ; tout au -moins songe-t-il à la manière dont il y entrera. Ces hésitations, ces craintes, ce sont exactement les émotions hargneuses de Julien Sorel à ses premiers pas dans le salon du marquis de la Môle. »
Stendhal avoue sa gaucherie ; l'usage lui manque et les moyens d'y suppléer.
« Je manque d'imagination sur tout ce qui est de politesse,.. ; les trois quarts du temps, j'ignore les usages et ne trouve rien d'aimable.
« La quantité de personnes auxquelles il fallait demander de leurs nouvelles en entrant dans un salon me décourageait tout à fait.
« En ce temps-là, j'étais gauche à plaisir et même un peu en ce temps-ci ^ »