‹ Les grands timidesChapitre 70 sur 88 · Soucenirs d'égotisme, ch. V, p · texte numérisé non relu

Soucenirs d'égotisme, ch. V, p

cuGAs. — Grands Timides. 9

Bien plus, le mot politesse résume tout ce qui est antipathique à Stendhal : la froideur, la gêne, la contrainte, l'hypocrisie, le manque de naturel.

« Le genre poli, cérémonieux, accomplissant scrupuleusement toutes les convenances, me glace, dit-il, et me réduit au silence. Pour peu qu'on y ajoute la nuance religieuse et la déclamation sur les grands principes de la morale, je suis mort. »

Les gens qui le mettent le plus mal à l'aise sont les personnages graves, solennels, à qui un surcroît de politesse est due ; tel M. Daru :

« Le seul aspect d'un personnage si imposant et qui faisait trembler tout le monde devant lui, à commencer par sa femme et son fils aîné, me parlant tète-à-tête et la porte fermée, me mettait dans l'impossibilité de dire deux mots de suite. Je vois aujourd'hui que cette figure de M. Daru père, avec un œil un peu de travers, était exactement pour moi

« Lasciate ogni speranza^ voi ch'intJ'ate.

« Ne pas la voir était le plus grand bonheur qu'elle pût me donner *. »

Cependant Stendhal a beau s'en défendre, la politesse lui impose, quand ce ne serait que comme un art qui le dépasse, auquel il désespère d'atteindre. De plus, alors qu'il juge la politesse, qu'il sent combien elle est extérieure, vaine et méprisable, il ne laisse pas de reconnaître qu'elle classe les gens autrement et mieux, je veux dire plus sûrement, que des qualités plus fondamentales et plus réelles, comme l'intelligence, le talent ou le

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