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Correspondance, I,p

guérir de la manie de se mépriser trop soi-même, cela peut paraître immoral ; mais il n'y a point, ici du moins, d'injustice commise, puisqu'il s'ag-it uniquement de remettre chacun au rang qui lui est dû, et de plus on sait que la notion de la moralité, — justice à part, — est étrangère à l'esprit de Stendhal oujplutôt n'est, à ses yeux, qu'un préjugé.

Au fond, le seul remède à la timidité est de raisonner juste, de voir clair en soi-même et dans les autres, de ne point se faire d'idées fausses et romanesques.

Il faut s'appliquer d'abord à connaître les hommes et les accepter tels qu'ils sont : il faut se défier d'eux sans le laisser voir, ménager leur vanité, leur épargner l'ennui.

La défiance est une timidité raisonnée. Stendhal l'érigeait en principe*, la pratiquait pour son compte et la poussait fort loin.

« Il avait pris l'habitude bizarre, dit Mérimée, de s'entourer de mystère dans les actions les plus indifférentes, afin de dérouter la police qu'il croyait probablement assez simple pour s'occuper des bavardages de salon. Jamais il n'écrivait une lettre sans la signer d'un nom supposé : César Bombet, Gotonet, etc. ; il la datait d'Abeille, au lieu de Civita-Vecchia, et souvent la commentait par une telle phrase : « J'ai reçu vos soies gTèges et les ai emmagasinées en attendant leur embarquement ». Les notes qu'il prenait sans cesse étaient des espèces d'énigmes dont il était souvent lui-même hors d'état

1. « Il faut être très défiant, le commun des hommes le mérite, mais bien se garder de laisser apercevoir sa méfiance. » (Journal, p. 9.)

DUGAS. — Grands Timides. '0

de deviner le sens quand elles remontaient à quelques jours. »

Le goût du mystère et des complications, du raffinement dans le mystère, apparaît de même dans ses romans, contribue à en rendre l'intrigue laborieuse.

Mais la défiancé n'est que le commencement de la sag-esse. Celle-ci se fonde sur l'observation psycholog"ique. « Si je veux réussir dans la société, je dois analyser tout ce qui s'y fait. Je trouverai alors » que le premier mobile des hommes est la vanité. D'où il suit qu'il faut s'elTacer pour leur plaire, éviter de se distinguer.

« Quand on a le malheur de ne pas ressembler à la majorité des hommes, il faut les reg-arder comme des g-ens qu'on a mortellement offensés et qui ne vous souffrent que parce qu'ils ig-norent l'offense que vous leur avez faite : un mot, un rien peut vous trahir K »

Ne pas attirer l'attention, se rendre semblable aux autres, « ne jamais parler de soi forme presque tout l'homme aimable ». Il suit de là qu'il ne faut pas chercher à briller, à avoir de l'esprit, à « faire l'olibrius et le marquis de comédie ». On offusque ainsi les autres, on leur porte ombrag-e, et de plus on manque à les observer. « Cette maudite manie de briller fait que je m'occupe plus de laisser de moi une profonde impression que de deviner les autres 'K » Un autre écueil à éviter est le pédantisme, lequel consiste à s'appesantir sur les choses, à se

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