Journal, p
livrer à des réflexions profondes, hors de saison. Stendhal écrit : « Me corriger du pédantisme... Le nôtre est, je crois, de philosopher à perte de vue à propos de la moindre bag-atelle'. » L'esprit et le pédantisme, la lég'èreté brillante et la profondeur de pensée ontceci de commun d'être une singularité, une distinction, donc d'attirer sur soi l'attention, de ne pas ménager l'amour-propre des autres. Le pédantisme offre, en outre, celte particularité ag-gravante d'inspirer l'ennui.
Or, si le fond de l'homme est la vanité, sa maladie incurable estl'ennui. Il faut, sinon le sauver de cette maladie, au moins y apporter du soulagement et des remèdes : la société n'a pas d'autre objet.
« Ceux avec qui nous vivons nous reg'ardent comme des remèdes contre l'ennui, maladie de laquelle personne n'est exempt. Ce principe, avec celui de la liaison des idées, est la base de la politesse^. »
Nous touchons ici le fond de la théorie de Stendhal : la conduite à tenir dans la vie sociale a ses règ'les, qu'il nes'ag-itque d'établir et de suivre. Avec du bon sens et du caractère, on ne peut manquer d'être heureux. Tout homme qui se plaint de sa destinée n'est qu'un étourdi et un sot, ou qu'un faible et un lâche. Quand on connaît, d'une part, son caractère, de l'autre, celui des autres hommes, quand on a par ailleurs une notion exacte, je ne dis pas des devoirs, mais des relations sociales, il ne s'ag-it que de raisonner juste, que de rég^ler ses désirs sur ce qu'on peut attendre et obtenir de soi,