Ibid
des autres et de la vie. De là le rôle capital, dans les choses humaines, du « bon sens », de la raison et du raisonnement, qu'il plaît à Stendhal d'appeler en style condillacien « la liaison des idées ».
Mais qu'est-ce que le bon sens ? Car ce mot est compromis par l'usage. On l'ajustement en horreur, quand il désig-ne la platitude de sentiment et l'esprit terre à terre.
« Long-temps le bon sens a été en disg-râce chez moi, et il faut avouer que j'étais aussi en disgrâce chez lui. Si j'eusse connu les Italiens, le bon sens et la sag'acité eussent été en g-rand honneur chez moi et non les synonymes de froideur et de faiblesse de sentiment '. »
Nous voilà fixés sur ce que le bon sens n'est pas. Il est encore moins la déclamation morale, l'illusion voulue, systématique, les vaines et creuses songeries. Stendhal s'explique là-dessus avec une parfaite netteté.
« La tristesse de qui ne connaît pas le monde, dit-il, prouve la lâcheté qui désespère de réussir^. »
C'est une faiblesse de se laisser aller à la mélancolie et au chagrin, d'incriminer la société, d'accuser le sort, de crier à l'injustice, de débiter des tirades, de prononcer de grands mots.
« Tous les philosophes chagrins : Jean-Jacques Rousseau, M'"" de Staël le sont pour n'avoir pas pris le monde du bon côté. C'est un homme qui, fendant une racine de noyer au milieu de la cour, s'efforcerait tout le matin de faire entrer son coin par le gros bout, ne parviendrait qu'à casser sa
{. Joiiî'nal, p. 405.