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Correspondance, I

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tié, etc. Cet homme ne song-e plus à lui après deux ans; il cherche à cela une explication noire. Le beylisme lui eût dit : « Deux corps se rapprochent; il naît de la chaleur et une fermentation, mais tout état de celte nature est passng-er. C'est une fleur dont il faut jouir avec volupté, etc. ». Saisis-tu mon idée? Les plus belles choses de Rousseau sentent l'empyreume pour moi, et n'ont point cette grâce corrégienne que la moindre pédanterie détruit'. »

Appliquons ceci h la timidité : La timidité est un défaut qu'il ne faut pas mag-nifier, ériger en vertu, lui donnant pour orig-ine et pour causes une conception trop haute de la vie, un caractère trop fier, une sensibilité trop vive. La timidité, de son vrai nom, est une faiblesse d'esprit et de volonté : on doit en guérir, si on prend les moyens pour cela, si on remet les choses au point, si on écarte les illusions qui l'engendrent, la trop haute estime des autres, le trop grand mépris de soi, les superstitions et les préjug-és, moraux et autres. L'originalité de Stendhal comme timide est d'être un timide qui ne s'écoute pas, qui se juge et qui est résolu à se défaire d'une infirmité, considérée par lui comme un obstacle au bonheur.

C'est en amour, c'est dans la relation des sexes, que la timidité est le pire danger, et Stendhal, toute sa vie, fit figure d'amoureux, fut amoureux de l'amour. C'est donc dans sa conduite ou dans ses théories sur la conduite à tenir envers les femmes que nous devons étudier et que nous découvrirons le mieux la lutte qu'il a entreprise contre sa timi-

i. Correspondance, I, 385: A sa sœur Pauline.

dite et la victoire qu'il a remportée sur son caractère.

Il y a, en amour, les heureux et les habiles, ceux à qui le succès vient tout seul et ceux qui le cherchent et l'obtiennent à force d'adresse et de sang-froid. Stendhal est de ces derniers. Il ne compte point, pour être aimé, sur son mérite, sur la faveur du ciel, sur ses beaux sentiments, mais sur son caractère, sa décision et ses actes.

La timidité, en amour, consiste à se monter la tête, à s'enivrer de désirs platoniques, romanesques et vains, comme si on renonçait à être aimé ou si on comptait, pour l'être, sur la seule vertu de l'amour, sur la pureté et l'ardeur des beaux sentiments. Ce sentimentalisme, qui n'agit point ou qui se dépense en pure perte, cette exaltation à la Rousseau, ces châteaux en Espagne, tout cela est bon « pour le cabinet », mais point dans le monde. Ce n'est pas assez d'avoir « la force des passions pour soi », il ne faut passe croire « bien fort parce qu'on est passionné », mais il faut avoir du « caractère », c'est-à-dire « faire ce qu'on a résolu de faire, soutenu ou non par la passion ' » .

Montrer du caractère, c'est faiye, de sang-froid, ce que la passion conseillerait de faire, prendre les intérêts et jouer le jeu de la passion, et c'est ce que Stendhal appelle le « devoir ». Le mot est étrange, paradoxal et semble employé par bravade quand il s'applique au machiavélisme du roué; il est juste pourtant. Le timide, en effet, se doit à lui-même de ne pas succomber à sa faiblesse, de ne pas trahir ses

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