‹ Les grands timidesChapitre 84 sur 88 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

qu'entre lui et les autres ne saurait s'établir cette sympathie vraie, que Ribot définit « un unisson psychologique ». Trop fier pour bénéficier d'une erreur, il ne veut pas être l'objet d'une sympathie qui s'égare; plutôt que d'être méconnu, il consent à n'être pas connu. Mérimée écrit à une amie :

« Croyez que vous ne saurez jamais tout le bien ni tout le mal qui est en moi. J'ai passé ma vie à être loué pour des qualités que je n'ai pas et calomnié pour des défauts qui ne sont pas les miens. »

Une raison assez noble lui interdit l'expansion : la crainte de blesser, de contrister les autres.

« Je serais désolé d'avoir causé une pensée triste à quelqu'un que j'ai aimé. La seule hypocrisie dont je sois capable, c'est de cacher aux gens que j'aime tout le mal qu'ils me font ^ »

Mérimée s'appliquera donc à être impénétrable, ce qu'il est déjà par nature. 11 ira même jusqu'à se déguiser; il donnera dans le travers commun à tous les timides et qu'il reproche à Beyle : il sera mystificateur, cachottier; comme Beyle, il écrira sous un pseudonyme ^ Il aura besoin d'un déguisement pour oser être lui-même : sous un nom d'emprunt, il écrit librement, il se laisse aller à sa verve.

11 y a, dans la timidité, des degrés. Tel est timide dans la conversation qui ne l'est pas dans ses lettres, exemple Jacquemont. « Jacquemont, dit Mérimée, ne s'est jamais douté que ses lettres seraient lues par d'autres que par ses amis. Devant une feuille de papier il n'avait pas l'inquiétude de surprendre un

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