Lettres à une Inconnue, I
2. C'est un trait de caractère que Mérimée a lui-môme relevô et raillé chez Stendiial. Voir plus haut, p. 145.
sourire ironique répondant à un mouvement de sensibilité. Seul il n'avait plus de mauvaise honte. » Mérimée, lui, en avait encore, quand il signait ses écrits. De là le besoin, chez lui, de recourir à un pseudonyme pour avoir toute sa liberté, toute son audace d'écrivain.
Ce goût de mystère, qui revêt ici la forme d'une sing-ularité, d'une manie, se rattache à des principes ou règ-les de conduite, à un idéal esthétique, moral. La timidité, plus exactement la sensibilité ou impressionnabilité maladive dentelle dérive, est, aux yeux de Mérimée, une faiblesse; il mettra son honneur à la surmonter, tout au moins à en dissimuler les effets ; il épargnera aux autres la vue de son infirmité déplaisante, il g-ardera au cœur sa plaie secrète ; il sera stoïque dans son altitude, dans ses sentiments.
« Point d'épanchements, de démonstrations verbeuses, a dit de lui Jules Sandeau; toujours quelque chose de discret, de contenu, de timide, de pudique dans l'expression des sentiments intimes. II se gardait de l'enthousiasme comme d'un ridicule, de l'attendrissement comme d'une faiblesse'. »
Que cette attitude répondit chez Mérimée à des convictions raisonnées, systématiques, on n'en saurait douter, quand même il n'en eût pas fait l'aveu formel, explicite. Il s'est peint lui-même en faisant le portrait de ses amis Victor Jacquemont, Henri Beyle ; il partageait toutes leurs idées, il avait leur forme de sensibilité; il a dit de Beyle: C'est «un homme que j'ai intimement connu et dont les idées