‹ Les grands timidesChapitre 86 sur 88 · Discours de réception à l'Académie · texte numérisé non relu

Discours de réception à l'Académie

des choses et des hommes ont sing-uhèrement déteint sur les miennes * ». 11 ne se sépare point d'eux ; il est de leur école, car ils forment une école ou mieux une famille d'esprits. Prenons donc pour lui ce qu'il a dit de Jacquemont :

« C'était une nature aimante et tendre, mais il apportait autant de soin à cacher ses émotions que d'autres en mettent à dissimuler de mauvais penchants. Dans notre jeunesse nous avions été choqués de la fausse sensibilité de Rousseau et de ses imitateurs. Il s'était fait une réaction exagérée, comme c'est l'ordinaire. Nous voulions être forts et nous nous moquions de la sensiblerie. Peut-être Victor cédait-il involontairement à cette tendance de sa génération. Je crois pourtant que ses dehors d'insensibilité tenaient moins à une mode qu'à une conviction. 11 était stoïcien dans toute la force du terme, non par nature, mais par raisonnement, et, s'il ne niait pas la douleur, il croyait qu'un homme doit toujours trouver en lui la force de la supporter ; en outre, qu'il devait s'exercer sans cesse à se vaincre lui-même. »

Dans ce rôle d'impassible entre une forte dose d'orgueil, de dédain pour les autres. Mais ce dédain n'est pas universel. On disting-ue entre les personnes: il y a celles avec qui on est à l'aise, on entre en sympathie et même on se met en frais, et celles dont on s'écarte ou qu'on tient à l'écart. Avec les premières on est « aimable et causeur charmant », avec les secondes on se montre « taciturne et distrait ». Ainsi, pour Jacquemont, pour Beyle,

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