LA PÉNÉTRATION ANGLAISE
C'est par une convention signée il y a plus de vingt ans entre l'Angleterre et la Chine, qu'a commencé la pénétration anglaise au Thibet. Mais cette pénétration n*a eu de résultats utiles et durables qu'à la suite de l'expédition militaire conduite contre les Thibétains qui avaient occupé, en i888, Sikkim, expédition qui se termina par le traité anglo-chinois conclu k Calcutta en 1890, et complété trois ans plus tard par une convention commerciale.
A la suite de nouvelles difficultés survenues à la frontière indothibétaine, et des obstacles que les autorités thibétaines mettaient À la circulation des commerçants et agents britanniques, une nouvelle expédition, commandée par le colonel Younghuaband occupa, au mois d'avril 1904, la ville de Gyantse et pénétra, le 3 août suivant, dans la ville sainte de Lhassa, d'où le dalaMama s'était enfui. Le colonel fit proclamer à sa place son rival, le chef du monastère de Tachichounpo, et le 17 septembre concluait avec son successeur l'accord qui assurait à l'Angleterre une situatioQ privilégiée sur le Thibet.
Mais la Chine entendait ne pas laisser périmer son droit de suzeraineté. Au commencement de 1906, elle installait un résident au Thibet, et le 27 avril de la même année, obtenait du gouvernement anglais la reconnaissance formelle de son protectorat. Enfin, le 20 mai 1908, les plénipotentiaires britanniques, chinois et thibétains, signaient une importante convention qui précisait les avantages accordés k l'Angleterre en donnant à cette puissance le droit d'installer des agents commerciaux dans certaines villes du territoire thibétain.
Depuis lors, la Chine a accentué encore son dessein d'exercer son protectorat. A la suite de la fuite, en février 1910, du nouveau dalal-lama, réfugié aux Indes, et des troubles qui ont été la conséquence de cette fuite, elle a envoyé une expédition militaire.
LB THIBBT 425
composée de ses meilleures troupes exercées à Teuropéenne, pour mettre les Tbibétains k la raison. Il va sans dire que cette action a vivement ému les cercles politiques anglais. Au moment où nous écrivons, le cabinet de Londres se déclare prêt k intervenir militairement pour faire « respecter les traités ».
TRAITÉ DE CALCUTTA {il mars 48S0.)
Attendu que S. M. la Reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et dlrlande, Impératrice des Indes, et S. M. TEmpereui de Chine, désirent sincèrement maintenir et perpétuer les relations d'amitié et de bonne entente qui existent maintenant entre leurs Empires respectifs ;
Et attendu que des événements récents ont tendu à troubler iesdites relations et qu'il est désirable de définir clairement et de régler d'une manière durable certains points qui se rattachent à la frontière entre Sikiiim et le Thibet.
Sa M. Britannique et S. M. l'Empereur de Chine ont résolu de conclure une Convention à ce sujet et ont, dans ce but, nommé comme Plénipotentiaires, savoir :
S. M. la Reine de Grande-Bretagne et d'Irlande : S. E. le très honorable Henri-Charles Keith Petty Pitzmaurice, marquis de Lansdowne, vice roi et gouTemeur*général de Tlnde;
Et S. M. l'Empereur de Chine : S. E. Sheng Toi, résident général du Thibet;
Lesquels, s'étant conmiuniqué leurs pouvoirs, trouvés en bonne et due forme, sont convenus des propositions suivantes t
Abtiglk PBmixa. -« La frontière du Sikkim et du Thibet sera déterminée par le faite de partage des eaux entre la Tista et ses aiQuents et leMachou thibétain^ ainsi que les autres rivières coulant au nord vers le Thibet. Cette ligne commence au mont Gipmochi, sur la frontière du Bhoutan, et suit la direction cidessus mentionnée, jusqu'à la jonction avec le Népaul.
Abt. 2. — U est admis que le gouvernement anglais, dont le protectorat sur l'État de Sikkim est reconnu présentementexerce un contrôle direct et exclusif sur l'administration intérieure et
4S6 Àsn
les relations extérieures de cet État, et que, sans la permission du gouvernement anglais, ni le chef de cet État, ni aucun de ses agents ne sauraient avoir des relations officielles d'aucune sorte, ordinaires ou extraordinaires, avec une autre nation.
Art. 3. — Le gouvernement de la Grande-Bretagne et dlrlande et le gouvernement de Chine s'engagent réciproquement à respecter la frontière définie par l'article premier, et à prévenir tout acte d'agression des deux côtés de la frontière.
Art. 4. — La question de pourvoir aux facilités du commerce à travers la frontière définie sera discutée par la suite, dans un but d'arrangement mutuel et satisfaisant, par les autres parties contractantes.
Art. 5. — La question du pâturage sur le versant de Sikkim est également réservée par un accord ultérieur. . AjiT. 6. — Est réservé aussi le mode d'après lequel des communications officielles seront établies entre les autorités anglaises de Tlnde et celles du Thibet.
Art. 7. — Dans les six mois de la ratification de cette Convention^ deux Commissaires seront nommés, l'un par le gouvernement britannique de l'Inde, l'autre par le résident chinois au Thibet. Ces commissaires se réuniront pour discuter les questions réservées dans les trois articles précédents.
Art. 8. — La présente Convention sera ratiiiée et les ratifications^ seront échangées à Londres, aussitôt qu'il sera possible.
En foi de quoi, les Plénipotentiaires respectifs ont signé ladite Convention et y ont apposé le sceau de leurs armes.
Fait en quadruple exemplaire, à Calcutta, le 17 mars de Tannée de Notre-Seigneur 1890, correspondant à la date chinoise du 27* «our du 2* mois de la 16* année de Kuany Ksû.
TRAITE DE LHASSA (17 septembre 1904.)
Arhglb priwiir. — « Le gouvernement du Tibet s'engage à respecter la convention anglo«chinoise de 1890 et de recon-
Li Timn 427
naître la frontière entre Sikkim et le Tibet ainsi qu'elle est définie dans Tarticle premier de ladite convention, et d'ériger des poteaux le long de la susdite frontière.
Abt. s. — Le gouvernement tibétain s'engage à ouvrir dans / l'avenir des marchés de commerce à Gyantse et Gartok, ainsi qu'à Yatung, où les sujets anglais et tibétains auront le droi* de libre accès.
Les r^lements édictés pour les marchés commerciaux de Yatung, ainsi qu'il est dit dans l'arrangement anglo-chinois de 1893, seront également applicables aux marchés sus-nom* mes; ils pourront être soumis à telles modifications qui seraient consenties dans la suite d'un commun accord par la Grande- Bretagne et le Tibet.
Bn méaofte temps qu'il ouvrira les marchés de conunerce aux places mentionnées, le gouvernement tibétain s'engage à ne mettre aucun empêchement au commerce sur les routes existantes et à examiner la question de la création, aux mêmes conditions, de nouveaux marchés commerciaux si le développement du commerce l'exige.
Art. 3. — La question de l'amendement des règlements de 1893 est réservée pour un examen séparé, et le gouvernement tibétain s'engage à nommer des délégués munis de pleins pouvoirs afin de négocier avec les représentants du gouvernement britanniques les détails des amendements demandés.
Aht. 4. — Le gouvernement tibétain s'engage à ne pas lever d'autres droits que ceux prévus dans le tarif convenu d'un conmiun accord.
Art. s. — Le gouvernement tibétain s'engage à entretenir libres de toute entrave à la circulation les routes menant de la frontièreàGyantseet Gartok, dans un Étatrépondantaux besoins du commerce et d'avoir dans chacun des marchés commerciaux qui pourraient être établis dans la suite, un agent tibétain qui aura pour mission de recevoir de l'agent britannique, chargé de surveiller le commerce britannique dans les marchés en question, toutes lettres que ce dernier désirera envoyer au gouvernement tibétain ou aux autorités chinoises. L'agent tibétain
428 AsiB
sera également responsable de la due délivrance de ces cornmunications et de la transmission des réponses.
Art. 6. — Le gouvernement tibétain s'eilgage à payer au gouvernement britannique comme indemnité des dépenses encourues du chef de l'envoi de troupes à Lhassa, ainsi qu*à titre de réparation d*insultes faites au Commissaire britannique ainsi que d'attaques perpétrées contre sa personne, sa suite et son escorte : une somme de 500.000 livres équivalant à soixante quinze lakhs de roupies (7.500.000).
L'indemnité sera payable après dû avis, à telle place que le gouvernement britannique indiquera dans son lieu et temps, soit au Tibet, soit dans les districts britanniques de Darjeelwg ou Jalpaiguri, en soixante-quinze versements annuels d'un lakh de roupies chacun, tous les 1 ^ janvier, à partir du i*' janvier 1906.
Art. 7. — Gomme garantie du paiement de la susdite indemnité et de l'exécution des prescriptions relatives aux marchés de commerce mentionnés dans les articles 2, S et 5, le gouver» nement britannique continuera l'occupation de la vallée de Cbambi jusqu'à ce que l'indemnité ait été payée et que les marchés de commerce aient été ouverts effectivement pendant trois ans, à quelque date qu'ait eu Heu l'ouverture effective.
Art. 8. — Le gouvernement tibétain s'engage à raser toutes les forteresses et fortifications et à déplacer tous les armements qui pourraient empêcher la libre communication entre la frontière britannique et les villes de Oyantie et de Lhassa.
Le gouvernement tibétain s'engage :
a) A ne pas céder, vendre, louer, hypothéquer ou permettre l'occupation, de quelque nature qu'elle soit, à aucune autre puissance étrangère d'une portion du territoire tibétain ;
b) A ne pas permettre à une autre puissance d'intervenir dans les affaires tibétaines;
c) A ne pas admettre dans le Tibet des représentants ou des agents d'aucune puissance étrangère;
d) A n'accorder aucune concession pour l'exploitation de chemins de fer, de routes, de télégraphes, mines ou autres con* cessions, à une puissance étrangère ou aux sujets desdites
LB THIBIT 429
puissances. Si telles concessions venaient à être accordées, de semblables ou d'équivalentes concessions seront accordées au gouvernement britannique.
é) A ne pas concéder ou engager des revenus tibétains payables en nature ou en espèces, à une puissance étrangère ou aux sujets d'une puissance étrangère.
Art. 9. — En foi de quoi, les négociateurs ont signé la présente convention et y ont apposé le sceau de leurs armes.
Fait à Lhassa, en cinq exemplaires, le 17 septembre 1904» correspondant à la date tibétaine du S7* jour du 7* mois de l'année du Dragon de Bois.
CONVENTION DE CALCUTTA (sign^ le 20 avril i90S.)