‹ Les grands types de l'humanité, appréciation systématique des principaux agents de l'évolution humaine;Chapitre 10 sur 32 · II · texte numérisé non relu

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à sa définition, est une sorte de moyen terme ; mais considérée dans ce qu'elle a de bon ou même d'excellent, elle est pour ainsi dire un extrême. »

Ces deux importantes conceptions, si justement reprises de nos jours par les hommes illustres que nous avons nommés, peuvent être regardées, avec la théorie du juste et de Vinjuste placée au cinquième livre, comme la partie capitale de la Morale d'Aristote et comme son titre principal à la place que lui a donnée Aug. Comte, à côté de la Politique, parmi les chefs-d'œuvre de l'esprit humain. Dans le reste de l'ouvrage, le lecteur sera charmé, sans doute, par des remarques ingénieuses et des aperçus profonds, mais il ne rencontrera plus de ces vues de génie dont chacune est un pas dans la raison de l'Humanité.

Après avoir traité dans la première partie du troisième livre du caractère propre aux actions volontaires et aux actions involontaires, du degré de blâme ou d'éloge qui revient à chacun, et finalement des éléments de la volonté, il entre immédiatement dans l'examen spécial de ces dispositions morales, qui, convenablement pondérées, constituent la vertu, et qui, poussées à l'extrême, soit en moins, soit en plus, constituent le vice. Avant de suivre Aristote dans les considérations qu'il présente sur chacune d'elles, nous ferons remarquer que toutes les fonctions qu'il étudie sont des fonctions composées et qu'il n'a pas plus résolu que posé le problème de la détermination des fonctions cérébrales simples ou élémentaires.

La seconde partie du troisième livre débute par l'étude du courage et de ses deux extrêmes, la témérité et la crainte; et s'achève par celle de la teni-

pérance, placée entre V intempérance et V insensibilité.

Le livre quatre s'ouvre par le portrait de l'homme libé- ^"01 qu'Aristote oppose à Vavare et au prodigue. Il décrit la magnanimité, qu'il encadre entre la vanité et la bassesse, et fait ce bel éloge de l'homme magnanime :

« On regarde comme magnanime celui qui se croit digne de faire de grandes choses, et qui l'est en effet ; car celui qui conçoit une pareille opinion sans fondement, est dépourvu de jugement; et certes nul homme vertueux ne saurait manquer de jugement...

« L'homme vraiment magnanime saura modérer ses désirs pour les richesses et pour la puissance, et il conservera les mêmes sentiments de modération dans la prospérité et dans l'infortune. Il ne se laissera point emporter à une joie excessive, quand la fortune le favorisera ; il ne s'abandonnera pas à l'excès de la douleur, quand elle lui deviendra contraire... Il n'est ni avide de dangers, ni disposé à les braver pour de frivoles motifs, parce qu'un petit nombre de choses ont seules de l'importance à ses jeux ; mais dans les grandes occasions, il sait ne point ménager sa vie, parce qu'elle ne lui semble pas d'un prix à qui tout doive céder. Toujours disposé à rendre service, il rougit en quelque sorte du bien qu'on lui fait; et il s'applique à surpasser en générosité ceux qui Tout obligé, afin que le bienfaiteur devienne l'obligé à son tour... Il est dans son caractère de se conduire avec fierté envers ceux qui sont constitués en dignités, ou qui sont comblés des faveurs de b fortune, tandis qu'il se montre doux et ira itable envers ceu:^ qui sont dans une condition médiocre... Il doit nécessairement être ami prononcé et ennemi déclaré, car la dissimu-

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lation est l'indice de la crainte; se montrer plus soigneux de la vérité que de l'opinion, et enfin agir et parler sans feinte et sans détours, car c'est le propre d'une âme élevée... »

Vient ensuite une vertu sans nom, dit Aristote, qui aurait place entre Vamhition et V absence d'ambition. Elle consiste à ne recherclier les honneurs ou les dignités qu'autant qu'il faut ; elle semble être un des privilèges de l'homme magnanime. On voit qu' Aristote ne cesse partout de considérer la vertu que comme le fruit de l'habitude agissant comme il convient sur nos penchants. C'est en quelque sorte le côté pratique de l'étude morale.

Nous passons en revue tour à tour V indulgence ou douceur comparée à ses deux extrêmeS;, Virascibilitê et V absence de toute éynotijn; la sincérité, placée entre \d. jactance et la dissimulation; la gaieté,eTiive\Q. bouffonnerie et la rusticité; V amabilité, entre la flatterie et V humeur farouche; enfin 12^ pudeur, qui, suivant Aristote, n'est pas à proprement parler une vertu, et à laquelle il n'oppose que

Vimpudence.

Le livre cinq contient, comme nous l'avons dit plus haut, une remarquable théorie du juste et de Vinjuste. Nous re""rettons que le temps nous manque pour en donner l'analyse. Qu'il nous suffise de dire que l'idée àe justice, pour Aristote, est dominée par une notion à' égalité et à^proporiionnalité. Il introduit à cette occasion sa théorie de l'échange et de la monnaie.

Dans le sixième livre, le philosophe aborde l'étude des fonctions intellectuelles : * Nous avons distingué, dit-iî, deux sortes de vertus de l'âme, les unes morales, les autres

intellectuelles, et nous avons considéré les vertus morales. Nous allons parler des autres. » Ces vertus intellectuelles sont au nombre de cinq : l'art, la science, la prudence, la sagesse et l'intelligence. Étude remplie de vues profondes mais confuses ! On y trouve un remarquable pressentiment des vrais caractères distinctifs qui séparent la théorie de la j^^f^t^Que. « C'est pourquoi, dit-il en un passage, il faut faire autant d'attention aux assertions et aux opinions des personnes d'âge et d'expérience, même quand elles ne sont pas démontrées, que si c'étaient des démonstrations; carie coup d'oeil de l'expérience leur découvre les principes. » La métaphysique nous a déjà présenté quelque chose de semblable.

« 11 nous reste, dit Aristote au début du livre suivant, à faire voir, en reprenant de nouveau notre sujet tout entier, qu'il y a, dans les habitudes morales, trois sortes d'écueils à éviter, le vice, V intempérance, la férocité, » Suit une sorte de théorie générale, mais passable^ ment embrouillée, des trois degrés propres à chaque vice, qui correspondent à un même nombre de degrés propres à chaque vertu. Nous retrouvons là l'amateur de subtilités que nous avons rencontré à plusieurs reprises dans l'oeuvre du philosophe.

Les livres huit et neuf traitent de V amitié et des trois conditions qui la font naître : la bonté, V agrément et Y utilité. Aristote, étendant considérablement cette étude, y rattache celle des relations conjugales, paternelles, filiales, fraternelles et même civiles, en tant qu'elles ne dépendent pas essentiellement de la justice.

Dans le dixième livre enfin, Aristote couronne l'édifice

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par la théorie générale du bonheur; et ce bonheur il le place dans V activité spéculatwe ou contemplative. C'est par elle que l'homme peut jouir des biens les plus délicieux et les plus purs, de ceux qui méritent incontestablement la préférence, par la constance et la sécurité qui les accompagnent. Seule, la vie contemplative se suffit à elle-même , et c'est ,'pour cette raison qu'elle semble au-dessus de la condition humaine et comme une sorte de privilège de la divinité.

« Il ne suffit pas, dit-il en terminant, de savoir ce qu'est la vertu; il faut encore la pratiquer. Si quelques hommes naissent avec des dispositions heureuses, le plus grand nombre n'en est pas là et c'est à l'éducation d'achever ou de refaire l'oeuvre de la nature. De là le besoin d'une législation^ de là la nécessité de compléter la morale par la politique. »

Ici se termine le traité de morale et avec lui l'excursion que nous avons entreprise, non sans quelque fruit peut-être, à travers les principales œuvres du plus grand penseur de l'antiquité.

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