PLATON
Platon est né à Athènes, en mai 429 avant Jésus-Christ; il y est mort au mois de mai de l'an 347. Par sa mère, il descendait de Solon au sixième degré, et Solon, suivant la tradition, descendait de Neptune. Son père Ariston tirait son origine de Godrus, fils de Mélanthe, dont Thrasile fait remonter la généalogie jusqu'au même Dieu. Platon ne pouvait manquer, comme on voit, d'avoir du sang divin dans les veines. Il reçut l'éducation complète de tous les jeunes Grecs de son temps : géométrie, éloquence, astronomie, peinture, gymnastique, en tout il se distingua. Il concourut même aux jeux Isthmiques pour le prix de la course, et il allait présenter aux fêtes de Bacchus une œuvre tragique, quand la rencontre de Socrate le poussa vers la philosophie.
Soldat, il servit dans trois expéditions : celle de Tanagre, celle de Gorinthe et celle de Delium.
A trente-deux ans, Socrate mort, il se rendit à Mégare pour entendre Euclide: de là il fut à Gj^rène suivre les leçons de Théodore le mathématicien ; de Gyrène il passa en Italie, et fut à l'école de Philolaiis et d'Euryte, disciples de Pythagore. Il se rendit ensuite en Egypte près des théocrates, et aurait poussé jusqu'à la patrie des Mages, si la guerre allumée en Asie ne l'eût empêché. Il étudia avec passion la doctrine des Pythagoriciens, et comme il était fort riche, il se procura à grands frais tous leurs ouvrages. Il se lia même d'amitié avec plusieurs d'entre eux, et eu
particulier avec Archjtas, clief élu de la ville de Tarente, homme admirable, doué d'un génie à la fois théorique et pratique, qui, tout en enrichissant la science mathématique de découvertes importantes, trouva le temps de s'occuper d'astronomie, de s'appliquer aux arts mécaniques, d'inventer la vis, la poulie et la crécelle, de donner des lois à son pays et de le gouverner, de commander en chef dans sept batailles rangées et de remporter sept victoires.
Platon passa trois fois de Grèce en Sicile. C'est dans l'un de ces voyages, qu'ayant eu le malheur de déplaire par ses libres réponses à Denys, tyran de Syracuse, il fut remis au lacédémonien Polide, pour être vendu comme esclave. Il fat en effet vendu dans l'île d'Égine et ne dut sa liberté qu'à la générosité d'un habitant de Gyrène, qui, passant là par hasard, le racheta.
De retour à Athènes, il Ouvrit une école dans les jardina d'Académus, à l'ouest de la ville et sur la route de Gclonne. En mourant, il la transmit à son neveu et disciple Speasippe, qui, violant la coutume de son maître et plus encore celle de Socrate, se fit payer ses leçons, comme eût pu le faire un simple sophiste. La dégradation allait croissant dans la classe mentale.
Pvien ne prouve que Platon, de son vivant, ait jamais songé à tirer quelque vanité ou quelque force de son origine plus ou moins céleste. Loin de là, plusieurs faits, relatés par ses historiens, nous le peignent comme un homma ennemi de l'étalage et de la pose. Jamais d'ailleurs on ne le voit se mettre en scène dans ses^ discours, et bonnes ou mauvaises c'est toujours à d'autres qu'il aime à prêter ses conceptions. Lui mort, ses disciples ne craignirent pa?
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dans un but de propagande, de lui faire jouer un tout autre rôle. Ils entourèrent leur maître d'une auréole, et relevèrent au rang des demi-dieux. Ce n'était pas assez qu'il descendît de Selon, et par Solon de Neptune ; il fallait qu'il fût le fils même d'un dieu, et de quel dieu? d'Apollon! Speusippe, son successeur, Gléarque et Anaxilide racontent à l'envi « que le bruit courait à Athènes qu'Ariston (père du philosophe), avait été obligé de diiïérer son union avec Périctione, et qu'ayant eu une vision d'Apollon en songe, il ne s'était point approché d'elle jusqu'à ce qu'elle fût accouchée. » ApoUodore dit de son côté que Périctione mit Platon au monde le jour même où les habitants de Délos célébraient la naissance d'Apollon. Enfin Phavorin^ dans ses Commentaires, raconte que Polide, le lacédémonien qui avait vendu le philosophe à Egine, avait de laimême mis fin à ses jours, en se précipitant dans l'Hélice, afin d'échapper aux persécutions d'un esprit vengeur. N'est-il pas intéressant d'observer à l'aurore du platonicisme les mêmes procédés surnaturels, les mêmes pratiques mystérieuses que nous rencontrons dans le christianisme ou dans l'islamisme naissant, et qui sont comme les conditions nécessaires de toute réforme monothéique : la révélation d'une part; de l'autre, la divinisation du fondateur?
L'oeuvre de Platon a complété celle de Socrate. Plus systématique que son maître, Platon a achevé de préparer l'organisation du monothéisme en constituant sa base dogmatique.
Socrate avait laissé vague et indéterminée l'idée d'un Dieu unique, sorte de Providence chargée de veiller sur
les hommes et de les diriger au travers d'obstacles que leur intelligence était impuissante à vaincre. Platon s'est efforcé de préciser la notion fondamentale du monothéisme, et il l'a fait de deux manières. En premier lieu par une espèce de démonstration par l'absurde, en faisant voir jusqu'à l'évidence l'incompatibilité de toute morale systématique avec la multiplicité des dieux, tels du moins qu'ils étaient conçus dans le paganisme. Toute l'argumentation que contient YEuiypIiron sur ce sujet est parfaite, et l'on ne peut mieux révéler que ne l'a fait Platon, le vice radical de la morale polythéique. Si la vertu consiste, en effet, comme le veut l'adversaire de Socrate, dans ce dialogue, à faire ce qui plaît aux dieux, on est en droit de se demander avec Socrate ce que peut être la vertu, quand on voit les habitants de l'Olympe animés de sentiments si contraires, en proie à des inimitiés, à des haines, à des rivalités si constantes et si accusées, ne songeant qu'à se nuire mutuellement et à s'entraver les uns les autres dans leurs projets sur les mortels. Vous voulez plaire à Neptune, mais ctes-vous sûr de ne point blesser Jupiter? Vous voulez vous concilier la faveur de Junon, mais ne craignez-vous pas de mécontenter Minerve? Vous invoquez Vénus; mais n'irriterez-vous pas la chaste Diane ? Encore si les dieux , au milieu de leurs dissensions intestines, avaient par leur exemple guidé les hommes vers la vertu ! Mais les récits des poètes et les manifestations du culte n'éclairaient que trop la foule sur la vie peu recommandable de ses dieux. Dans les tableaux et les statues qui ornaient les temples, les peintres et les sculpteurs avaient personnifié tous les vices... Le polythéisme, en tant que fondement de la mo-
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raie, était définitivement condamné, et l'unité divine reconnue nécessaire.
Qu'était-ce donc que cette unité divine? Cette partie positive de la démonstration platonicienne est répandue un peu partout dans les oeuvres du penseur, et principalement dans ce qui touche à la théorie des idées, sur laquelle nous insisterons dans quelques instants. Qu'il nous suffise pour le moment de dire que Platon conçoit la divinité comme le siège de la sagesse éternelle, comme la source de toute science, de toute vertu, de toute beauté, comme le lieu de réunion de ces types parfaits, de ces constructions idéales, dont ce qui nous entoure ne serait que l'approximation.
Si Socrate n'avait jamais clairement exprimé l'idée qu'il se formait d'un Dieu unique, nous nous rappelons qu'il avait toujours négligé ce qui regarde l'immortalité de l'âme et la vie future. On se souvient que, dans le discours même que lui prête Platon devant ses juges, il semble douter si la mort est l'anéantissement absolu ou seulement le passage d'une vie à une autre. Ce n'est pas cependant que la notion d'immortalité fût nouvelle : de tout temps, en effet, elle avait été plus ou moins entrevue parle monde grec. Les fables polythéiques parlaient à l'homme de ce qui l'attendait au delà de la mort, et l'entretenaient des enfers, de Pluton, des Champs-Elysées et du Tartare. La légende voulait môme qu'un certain nombre de héros. Hercule, Thésée, Ulysse, entre autres, y fussent descendus avant l'heure, dans le cours de leur vie terrestre. Mais, en admettant que celte partie de la mythologie grecque eût éîé autrefois acceptée avec une foi ardente, il est certain qu'elle n'avait pas résisté plus que les autres aux efforts
de l'incrédulité et que la moquerie athénienne avait ruiné indistinctement les dieux de l'enfer et ceux de l'Olympe. En réalité^ c'était une notion morte. L'école socratique et platonicienne, en la renouvelant, lui donna un tout autre caractère. Séparant l'âme du corps, elle déclara que l'âme seule était immortelle, et, ce qui était plus grave, elle entreprit de le démontrer. C'est dans le Pliédon que Platon accomplit ce pas capital. Les raisonnements sur lesquels il fonde sa démonstration sont tirés principalement de la convenance d'une semblable conception avec le reste de son système, et secondairement de Vutilité morale qu'elle peut fournir. Ainsi, selon lui, l'âme est immortelle, parce qu'apprendre n'est pour elle que se ressouvenir, en d'autres termes, parce que cela est nécessaire à sa théorie des notions absolues et innées, lesquelles réclament, paraît-il, la préexistence de l'âme. En second lieu, l'âme est immortelle, parce qu'elle n'est point sujette à la décomposition. Les choses composées se résolvent dans les parties qui les constituent, tandis que les substances simples ne peuvent se décomposer. Or l'âme, qui conçoit l'être, la substance, la justice, la beauté absolue, est simple comme ce qu'elle conçoit, puisque dans ces contemplations elle n'est présente qu'à elle-même et participe à la nature de ce qu'elle pense. Qu'il nous suffise de faire remarquer, sans chercher à pénétrer dans ces mystères, que cette seconde raison, comme la première, tire toute sa force de la théorie des idées, à laquelle, de son côté, elle prête appui. L'âme eniin est immortelle, parce qu'en résistant et en commandant aux passions du corps, elle participe de la divinité; car ce qui est un est seul capable de commander à ce qui
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est multiple et variable. La pensée et la volonté la mettent à l'abri de la dissolution.
En dehors de ces raisons métaphysiques, Platon invoque, avons-nous dit, Futilité morale de la vie future. A chacun d'atteindre à la sagesse et à la vertu, puisqu'après la mort il sera traité suivant ses mérites. En ce qui concerne les récompenses et les peines, il ne faut point s'étonner si Platon a varié sur les modes probables de la justice céleste. L'imagination avait la part trop belle en un tel sujet. Dans le Phédon, il admet que les âmes des méchants, après avoir erré pendant un temps variable autour des tombeaux, revêtiront une nouvelle forme matérielle, en rapport avec leurs anciens penchants. Ceux par exemple qui se sont livrés sans pudeur à la gourmandise, à la luxure ou à la boisson, entreront vraisemblablement dans les corps d'ânes ou d'animaux semblables ; ceux qui n'ont aimé que l'injustice, la tyrannie et les rapines, iront habiter des corps de loups, d'éperviers, de faucons. Les plus favorisés de ces malheureux, c'est-à-dire ceux qui n'auront été qu'à demi-vicieux, trouveront asiles dans le corps d'animaux de mœurs douces et sociables^ tels que les abeilles, les guêpes, les fourmis, ou même les hommes. Quant aux bons, quant aux sages, quant à ceux dont la vie s'est écoulée dans l'étude de la philosophie, et dont l'âme est sortie entièrement pure, ils seront élevés au rang des dieux. Ne semble-t-il pas que nous retrouvons ici quelque chose des fables indoues?
Au dixième livre de la République, Platon, revenant sur cette question, a tant soit peu modifié sa conception première. Entre la mort et le retour à la vie, il a placé un
intervalle de mille ans, temps de délices pour les uns, de tourments affreux pour les autres^ et décidé que bons et méchants reviendraient ensuite sur terre, après avoir, pour ainsi dire, tiré au sort leur nouvelle forme et leur nouvelle destinée.
La systématisation morale, que Socrate avait laissée si imparfaite, était donc achevée par Platon. Les hommes avaient désormais un but; leurs efforts allaient pouvoir -converger vers une même destination ; l'unité morale était fondée. A la vérité, ce but, cette destination manquaient ■de réalité. Conception arbitraire, chargée d'occuper dans un système une place nécessaire, elle ne reposait en définitive que sur une simple convenance mentale et devait -partager dans l'avenir la fortune du système entier. Quoi qu'il en soit, c'est sur cette systématisation transitoire que le monde monothéique a vécu jusqu'au jour où Auguste Comte a trouvé l'unité réelle dans une vaste coordinavtion objective, embrassant la Famille, la Patrie et l'Humanité.
Sans insister davantage sur la morale platonicienne, complément indispensable de la morale socratique, nous passerons de suite à la partie capitale de l'œuvre du philo- ^sophe, à la grande théorie qui, le préoccupant sans cesse, est au fond de tous ses écrits : nous parlons de la théorie ■des idées.
Cette théorie n'est autre chose qu'un essai de conception métaphysique de V abstraction et de la raison abstraite. Expliquons-nous.
Il était naturel et inévitable que le peuple qui avait constitué la philosophie et la science abstraites, qui avait
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assisté à l'admirable évolution commencée par Thaïes, qui avait noté jour par jour les premiers résultats obtenus soit dans les sciences mathématiques, soit dans les spéculations philosophiques de la synthèse objective de l'Ionie, fût conduit à sentir et à reconnaître la différence profonde qui séparait la raison abstraite de la raison concrète, la théorie de la pratique, les théoriciens des praticiens. Pythagore, Platon, Aristote, pour ne citer qu'eux parmi les penseurs grecs, ont vu admirablement cette dilférence, que chacun d'eux à sa manière s'est efforcé de définir et d'analyser. Il n'est pas douteux que l'absence des documents nécessaires bien plus que l'absence de génie les a fait échouer dans leur tentative.
Quelques mots au sujet de cette notion importante feront mieux apprécier toute Tinsuffisance des conceptions de l'antiquité et en particulier de celle de Platon.
11 existe en dehors de nous, comme chacun peut le constater^ deux sortes de réalités : les êtres ei les phénomènes. L'homme, le cheval, la plante sont des êtres; la chaleur, la pesanteur, la couleur, la forme sont des phénomènes. Autant dire que les pliénomènes sont les différentes propriétés que revêtent les êtres et qui les caractérisent. Dans la réalité, les propriétés sont inséparables des êtres, mais par un elfort d'analyse qui n'appartient qu'à une certaine partie de notre cerveau, nous parvenons à les dégager. De là le nom de propriétés abstraites. La science s'occupe uniquement des phénomènes, c'est-àdire des propriétés, et la raison abstraite se compose de l'ensemble de ces propriétés et de leurs relations. Les géomètres étudient spécialement la forme, qui est une
propriété abstraite commune à tous les êtres, mais quand ils cherchent le rapport existant entre les parties d'une même figure, ou entre des ligures semblables, ou entre des ligures différentes, ils étudient des relations. Les relations découvertes s'appellent des lois. Depuis Auguste Comte, l'ensemble des lois est coordonné en une série scientifique qui, formée de huit degrés successifs et hiérarchiquement disposés, va de la philosophie première à la morale, où s'opère le passage de l'abstrait au concret, c'est-à-dire l'application de la théorie à la pratique.
En ce qui concerne les lois cosmologiques, se fondant sur ce qu'il a appelé la logique des sentiments, c'est-àdire sur cette réaction si connue du cœur sur l'inteJligence, que Vauvenargues a admirablement exprimée en disant que « les grandes pensées viennent du cœur, » Auguste Comte a placé dans I'espace, qu'il a supposé sympathique, le siège subjectif de la raison abstraite, afin de la faire aimer. N'est-elle pas, en effet, digne de tout amour, cette raison abstraite, source de tous les progrès humains, qui a dégagé notre activité de l'empirisme des premiers âges et créé cette industrie abstraite, où l'Occident a mis en œuvre et tourné à son profit, après les avoir découvertes, ces milliers de lois naturelles qui jusque-là n'avaient été qu'un obstacle?
Comment Platon a-t-il conçu une semblable théorie ?
Il n'est pas douteux qu'elle est le point capital vers lequel il porte toutes les forces de son esprit et de son éloquence. On peut dire qu'elle l'occupe toujours et se retrouve au fond des sujets les plus divers qu'il a traités. Prenez, parmi ses dialogues, l'Eutyphron, le Phédon, le second
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Alcibiade, le Ménon, le Philèbe, le Phèdre, le Lysis ou l'Hippias, tous, dans leur variété apparente, tendent vers le même but, qui est de montrer que, dans la multiplicité infinie des choses concrètes, il y a quelque chose de commun et de fondamental qui en constitue Yesse7ice. Dans le dialogue, par exemple, où Platon traite du heau, il nous représente Socrate cherchant à obtenir du sophiste Hippias une définition de la beauté qui puisse s'appliquer à toutes les belles choses. Définira-t-on le beau, une belle femme, une belle cavale, une belle marmite? Sera-ce l'or ou l'ivoire? Appellera-t-on ainsi la richesse, la considération, une vieillesse honorée? Non certes, car tout cela peut être beau sans être le beau. Socrate cherche alors une définition qui convienne à tous les cas et ne la trouve qu'à demi : La beauté d'un objet, dit-il, réside dans la convenance de ses parties. Voilà donc l'essence du beau! c'est le beau en soi. Il existe de même une justice en soi, une égalité en soi, une amitié en soi, une vertu en soi, etc., essences immodifiables et immatérielles, notions absolues, dont tout ce qui nous entoure, frappé de contingence, n'est qu'un pâle reflet, qu'une variable approximation. Il est facile de reconnaître dans les essences de Platon les idées abstraites, en tant que propriétés tout au moins, que nous avons définies plus haut. Ne s'agit-il pas pour découvrir l'essence des choses, d'extraire ce qu'il y a d'immuable, de fondamental, de constant au milieu d'êtres dont les variétés sont infinies? Mais n'en est-il pas exactement de même pour les propriétés et les relations abstraites ?
A la vérité, là s'arrête la similitude entre la conception de Platon et la nôtre. A tous autres égards, elles sont
différentes. Tandis que nous ne donnons à la nôtre d'autre valeur que la valeur attachée à toute construction cérébrale, c'est-à-dire une valeur subjective et relative, Platon, au contraire, donne à la sienne une valeur réelle, absolue, objective; il croit à l'existence des types parfaits que son imagination a créés et se montre plus disposé à mettre en doute le monde extérieur que lai révèlent ses sens plutôt que les images que lui révèle son esprit. Et cela se conçoit pour qui suit l'enchaînement de ses pensées.
Platon ne déduit pas, comme nous, l'abstrait du concret; il ne va pas puiser dans l'observation les matériaux de ses constructions mentales; il n'étudie pas péniblement la nature pour en découvrir les propriétés et les lois, lent et obscur travail. Non. L'homme peut, à force de sagesse et de génie, s'élever directement jusqu'aux vérités éternelles et embrasser l'idéal. L'âme immortelle, avant de prendre possession du corps, a passé par le divin séjour, elle a contemplé les essences parfaites et peut, durant la vie terrestre, si celui qu'elle anime n'en est pas indigne, avoir •un souvenir des visions passées. « Toute âme humaine, par sa nature, a contemplé les essences, dit-il, ou elle ne serait point entrée dans le corps d'un homme; mais il n'est pas donné à toutes les âmes de se rappeler facilement ce qu'elles ont vu, soit qu'elles n'aient fait qu'entrevoir les essences, soit qu'elles aient eu le malheur de tomber sur la terre et qu'entraînées vers l'injustice par de funestes liaisons, elles aient oublié les choses sacrées qu'elles avaient contemplées. Il est un petit nombre d"âmes qui en conservent un souvenir assez distinct, et qui, lorsqu'elles en aperçoivent quelque image, sont ravies et transportées;
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mais elles ignorent la cause de l'atfection qu'elles éprouvent, parce qu'elles ne s'observent pas assez elles-mêmes. La justice, la sagesse et tout ce qui est précieux aux âmes ne brillent point dans les simulacres que nous voyons icibas, et c'est à peine si quelques mortels, percevant leurs copies à travers des organes grossiers, peuvent se représenter leur divin modèle. Quel ravissement^ alors que mêlés au chœur céleste, les yeux pleins du plus délicieux spectacle, initiés aux mystères qu'on peut appeler ceux des bienheureux, exempts des imperfections et des maux qui nous attendaient dans cette vie, nous contemplions ces objets parfaits, simples, pleins de calme et de béatitude, plongés dans une lumière pure, et que nous étions purs nous-mêmes et libres de ce tombeau appelé le corps que nous traînons avec nous, comme une huître fait de son écaille !» • '
Que peut, à côté des traces merveilleuses laissées dans l'âme par de semblables contemplations, le spectacle borné des objets terrestres? Tout n'est qu'ombre, simulacre^ fantôme, illusion auprès de telles splendeurs. Quel homme ayant le respect de lui-même voudrait s'abaisser jusqu'à l'étude grossière d'une nature sans consistance et ne point mettre toute son âme à rappeler les types éternels que sa mémoire a gardés?
On avouera qu'une telle doctrine est pou faite pour susciter chez les hommes les vertus de courage et d'humilité. S'il suffit d'apporter les dispositions morales convenables pour s'élever tout d'un coup, par une sorte d'inspiration, à la connaissance du vrai, du beau et du bien, qu'est-il besoin de dépenser sa peine et sa vie dans de longues et difficiles
recherches et de scruter péniblement d'obscures réalités? Que sert-il d'observer, de comparer, de réfléchir, quand, par Telfet d'une volonté magique, l'on peut être d'un bond à la source de toute vérité ? Qui voudrait demeurer douloureusement courbé vers la terre, quand il est donné à chacun de parcourir l'espace céleste et de contempler Dieu face à face? Car Dieu, dans la pensée de Platon, autant toutefois qu'il est permis de saisir cette métaphysique transcendante, ne fait qu'un avec les essences; il est le siège des idées pures, des types parfaits; il est la raison, la justice, la beauté éternelles et infinies; il est le Verbe, dont Mallebranche dira plus tard, comme eût pu le faire Platon : « Le Verbe est le lieu des intelligences comme l'espace est le lieu des corps », préambule métaphysique de la théorie capitale d'Auguste Comte, que nous avons rapportée plus haut.
Un dernier défaut et non le moins grave de cette conception est de ne faire consister la raison abstraite que dans les idées ou propriétés abstraites. Prise dans l'ensemble, l'œuvre de Platon se réduit essentiellement à exposer avec beaucoup d'art et d'éloquence, sans doute, l'existence des propriétés, mais sans en venir jamais à l'étude des relations, ce qui supprime en réalité toute véritable science et ouvre le champ aux divagations. Platon est tout excusé par le médiocre développement qu'avait atteint la science dans son temps et l'on ne saurait lui faire un crime de n'avoir point saisi la notion de loi, lorsqu'il n'avait à sa disposition que quelques théorèmes de géométrie. Mais que dire de ses médiocres imitateurs, qui, venus au monde au milieu du plus grand essor scientifique, n'ont pas craint
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de renouveler,' sous couleur d'éclectisme^ ces commodes déclamations littéraires, qui dispensent leurs auteurs de tout etfort de pensée? Que dire de ces sophistes qui, dans le moment môme où la raison abstraite achevait de se construire, ont osé disputer encore sur de puériles entités? Si donc en soi la théorie de Platon ne peut qu'honorer celui qui l'a conçue, il faut cependant reconnaître qu'elle n'a pas été sans danger pour l'esprit humain : elle l'a poussé à la paresse, en lui faisant croire qu'il lui suffisait de vouloir pour s'élever jusqu'aux régions célestes où résident la sagesse et la connaissance; à l'orgueil, en lui apprenant à mépriser ceux qui se traînent péniblement dans l'ornière des découvertes utiles. Enfin elle l'a porté, et en cela c'est moins l'individu que la société au'elle a mis en péril, elle l'a porté à se contenter de bavardages plus ou moins sonores, au lieu de l'habituer aux recherches rigoureuses, aux observations patientes, au travail pénible qui lentement crée la science et enrichit l'Humanité.
Avant de dire quel usage Platon a fait de sa théorie des idées, il convient d'introduire ici quelques réflexions sur l'historique et les antécédents de cette conception.
Pour nous, nous croyons pouvoir émettre l'hypothèse que le fondement de cette théorie appartient à Pythagore et à son école, et voici sur quelles raisons nous appuyons notre conviction :
Sans parler de l'indication même fournie par Diogène de Laërce, qui dit en propres termes que Platon a emprunté aux Pythagoriciens tout ce qui dans sa doctrine concerne l'entendement, nous ferons observer que la façon dont
l'auteur présente sa théorie n'est pas celle d'un inventeur. Outre qu'elle est complète dès le début, puisqu'on la trouve dans le Phèdre qui passe pour l'un de ses premiers ouvrages, presque identique à ce qu'elle sera dans le Phédon ou la République, il est évident pour tous ceux qui savent comparer et juger, que la méthode employée par Platon est celle d'un artiste habile qui expose et développe et non celle d'un philosophe qui trouve et démontre. On ne sent pas là l'homme qui, plein de sa création et brûlant de la répandre, va au-devant des objections, s'irrite des doutes, s'indigne presque de n'être pas compris, présente sa découverte de mille manières, afin de la faire entrer par tous les pores dans l'esprit de ceux qu'il veut convaincre. Rien de tout cela chez Platon ; mais la parfaite égalité d'âme, l'émotion douce de l'homme qui expose, pour le compte d'autrui, une doctrine qu'il a reçue, des idées qu'il à adoptées. Ses discours, pleins de charme, semblent vouloir flatter l'auditeur et non le persuader ; il j règne la molle conviction d'un disciple et non la conviction passionnée d'un maître et d'un créateur.
Cette seule considération devrait suffire à nous mettre en garde ; mais il y a plus. Nous savons, et les quelques détails biographiques placés au début de cette appréciation l'ont fait connaître, que Platon eut avec les Pythagoriciens de fréquentes et intimes relations. Nous l'avons vu à l'école de Philolaiis et d'Euryte; nous l'avons vu lié d'amitié avec Archytas de Tarente; nous l'avons vu se procurant à tous prix les œuvres importantes et déjà nombreuses des disciples de Pythagore. Il a donc été aussi versé qu'homme de son temps dans le Pythagorisme, et il a pu puiser aux
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sources mêmes non la demi-philosophie que le penseur de Grotone avait destinée au vulgaire, mais les hautes conceptions qu'il avait réservées aux initiés. Or, par le peu que le temps nous eu a conservé, nous savons que Pjthagore a eu lui aussi sa théorie de la raison abstraite, théorie métaphysique mais profonde, consistant à considérer le monde comme soumis au gouvernement des nombres. Ce que sont les essences dans la pensée de Platon, les Nombres l'étaient dans la pensée de Pjthagore. A tout prendre, la conception pythagoricienne nous semble revêtir un caractère plus complet et moins métaphysique que celle de Platon; le caprice y tient une place moins considérable, et nous serions plus disposés à voir régler l'ordre concret par les nombres que par les essences. D'ailleurs^ l'organisation imposée par Pythagore à ses disciples offrait une garantie puissante contre des fantaisies trop arbitraires. La science était cultivée avec ardeur dans son école et l'étude des relations n'y était point séparée de celle des propriétés. D'autre part les chefs seuls étaient en possession de cette partie de la doctrine, et leur esprit, habitué à ne voir dans les choses que leur destination sociale, n'avait garde d'aller se perdre dans de puériles divagations.
Nous croyons, par ce qui précède, être autorisé à admettre que la théorie de Pythagore, plus ou moins altérée par ses disciples, s'est transmise jusqu'à Platon qui. en la recevant, a pu lui-même la modifier.
Il nous reste, pour terminer l'appréciation de l'oeuvre platonicienne, à dire quel résultat est sorti de cette dernière conception, si évidemment empruntée. Nous serons bref:
Gomme tous ceux qui se sont élevés à une théorie delà raison abstraite, Platon, s'inspirant de principes qu'il croyait fondés, s'est efforcé de réagir sur un monde et sur une société qui lui semblaient mal construits. Il nous a donc laissé un plan, un idéal, une utopie. Disons-le de suite : Platon est de ceux qui ont le plus complètement échoué. II est difficile, vraiment, qu'un homme muni d'intentions aussi pures et pourvu de connaissances aussi nombreuses, puisse accumuler autant de sottises et d'erreurs qu'en contient le livre de la République, oii le philosophe a jeté ses vues sur la réorganisation de la cité.
Par l'analyse que nous avons donnée de la Politique d'Aristote dans notre dernière leçon^ nos auditeurs savent déjà à quoi s'en tenir sur l'œuvre capitale de Platon, et nous pourrions nous abstenir d'ajouter un mot à l'impitoyable réfutation du plus illustre de ses disciples. Cependant, comme à côté de chapitres, qui dans leur entier sont Je véritables tissus d'extravagances, on rencontre çà et là de nobles pensées et des vues profondes, il serait injuste de ne point noter ce qui, dans ce livre, mérite l'éloge quand nous avons tant appuyé sur les pages mauvaises et blâmables. Nous résumerons donc brièvement les dix livres de la République.
Dans le premier, nous ne trouvons qu'à louer. Platon réfute successivement ces deux maximes : « Il est juste de faire du bien à ses amis et du mal à ses ennemis, » et « la justice est ce cqui est avantageux au i^lus fort. » Il démontre que la justice est la sagesse et la vertu, que l'injustice est le vice et l'ignorance. L'homme juste est seul
heureux. Nous devons donc nous attacher à la justice. n. is
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Le même sujet occupe les premières pages du second livre. Platon nous fait assister ensuite à la naissance de la <îité; il explique très-justement comment les hommes se réunissent par la nécessité de se secourir mutuellement et il montre avec une clarté parfaite l'incomparable avantage que tire l'État de la division des fonctions et du concours des efforts. On peut dire que sur ce point Aristote ne l'a pas dépassé. Malheureusement nous tombons de suite dans les exagérations de toute doctrine absolue. Veut-on connaître l'existence des habitants dans cette cité vertueuse et saine ? La voici : « Leur nourriture sera de farine, d'orge €t de froment^ dont ils feront des pains et des gâteaux. On leur servira ces mets sur du chaume ou sur des feuilles bien nettes; ils mangeront, eux et leurs enfants, couchés sur des lits de verdure; ils boiront du vin, couronnés de fleurs, chantant les louanges des Dieux, et passeront leur vie agréablement ensemble ; ils parviendront ainsi, pleins de joie et de santé, jusqu'à l'extrême vieillesse, et laisseront leurs enfants héritiers de leur bonheur. » Et comme il faut une contre-partie à ce spectacle enchanteur, Platon nous fait le tableau de la cité pervertie par le luxe, avec ses vices horribles et ses laideurs monstrueuses. N'y a-t-il pas quelque milieu entre cette vie de pourceau, comme l'appelle Glaucon, l'interlocuteur de Socrate, et celle des habitants de Gomorrhe ou de Sodome? N'existe-t-il donc que ces deux genres d'existences? On le croirait vraiment, à entendre Platon. Le livre se termine par une char^-e à fond contre les poètes, Hésiode et Homère en particulier, qui se sont plu, pour charmer les peuples, à raconter toutes sortes de méchantes histoires sur les dieux.
De là à bannir les poètes de la République, il n'y a qu'un pas, et Platon le franchit au début du troisième livre. La tragédie et la comédie ne sont pas plus épargnés que l'épopée. Le reste du livre est consacré à l'éducation des citoyens et au gouvernement de la cité. Il recommande la musique et la gymnastique; il condamne à mort les enfants dont le corps est mal constitué et les hommes dont les vices sont incorrigibles. Enfin, il établit la communauté des biens sur laquelle nous avons assez insisté dans notre dernière séance pour n'y point revenir ici.
Le quatrième livre traite de l'opulence et de la misère, des bornes de la cité, du culte, des vertus républicaines, qui sont la prudence, la force, la tempérance et la justice; enfin de la morale individuelle qui se confond avec la morale d'État et se résume dans ce qui est juste.
Le suivant contient des considérations sur la guerre et sur l'esclavage. Platon veut supprimer la guerre entre les républiques grecques; il demande au moins que les Grecs ne permettent point l'esclavage d'un Grec. Dans ce même livre il institue la communauté des femmes et des enfants, sur laquelle nous n'insisterons pas plus que sur celle des biens, pour les mêmes raisons.
Dans le sixième livre, Platon, complétant le cycle de ses aberrations, expose la théorie pédantocratique de la domination des philosophes ou plutôt des littérateurs. C'est à ceux dont la vie se passe à contempler les Essences, qu'il appartient de régler le monde et de le gouverner. Il est heureux pour le monde qu'il ait échappé à ce gouvernement.
A côté de ce livre déplorable, en est un plein de vues
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profondes. Il s'ouvre par rexposition de la théorie des idées et l'allégorie fameuse de la caverne. Tout le monde a lu celte page admirable. La caverne, c'est le globe où nous vivons ; les chaînes qui chargent les hommes, ce s.)nt nos passions et nos préjugés; les ombres qui passent dans cet antre, c'est nous, ce sont les autres hommes, c'est la figure du monde que nous prenons pour une réalité. L'homme emprisonné dans ses sens n'est qu'un vain fantôme ; il est comme s'il n'existait pas. Celui-là seul existe qui, après de longs et pénibles efforts, est parvenu à briser ses chaînes et à sortir de l'antre ténébreux. Lfi. en face de la lumière, son âme apparaît, il cesse d'être une ombre, il devient immortel en s'élevant jusqu'à Dien. Ces principes posés, Platon trace le plan d'études qui convient aux magistrats de la république et range dans cet ordre remarquable la succession des connaissances qu'il leur impose : la géométrie, l'astronomie, la physique, après laquelle viennent les sciences humaines. Les trois premiers degrés, les seuls qui fussent nettement déterminés au temps de Platon, sont rangés, comme on le voit^ dans l'ordre oii Au^-uste Comte les a placés dans la série encyclopédique. Nous sommes vraiment surpris que quelque important critique n'ait pas encore revendiqué en faveur de Platon, une part dans la grande création du chef de l'école positive.
Le huitième livre nous présente une étude comparée des différentes sortes de gouvernement et en particulier de la timocratie, dégénérescence de l'aristocratie, propre à Sparte, et de la démocratie athénienne. Le neuvième s'occupe de la tyrannie. Dans le dixième enfin, Platon, rêve-
nant sur le jugement qu'il a porté contre les poètes, se défend d'avoir montré contre eux de l'injustice et reprend toutes les raisons qui le portent à les bannir. Le tout se termine par une démonstration de l'immortalité de l'âme et de la vie future.
Prise dans son ensemble, l'œuvre est d'un admirable artiste; il y règne une éloquence, un art, un charme que nous nous garderons de contester. Mais Platon n'a pas' prétendu n'être qu'un poète; il a voulu faire œuvre de philosophe et de théoricien. A-t-il réussi? Qui oserait l'affirmer. Il a beau dire, dans un passage même de son livre, qu'il pose un idéal et qu'il ne lui est pas venu à l'esprit qu'aucune société puisse y atteindre. Si cette œuvre n'a pas été faite pour des hommes, cessons de suite toute critique et abstenons-nous de blâmer. Mais si ce livre, et nous nous plaisons à le croire, a eu pour but de réformer l'Humanité et de lui montrer le but vers lequel elle doit tendre, ce qui est le propre de tout idéal, il ne lui était pas permis de franchir les limites imposées à notre nature, et de lui demander au delà de ce qu'elle peut donner ^ Que l'on compare à ce sujet l'utopie d'Aristote à celle de Platon. Tandis que l'un, véritable esprit scientifique, ne fait, dans ses projets de réforme, que développer ou restreindre, suivant que le but l'exige, les penchants de l'individu ou de la société, l'autre, ne tenant compte des lois
1. Il importe de faire remarquer que Tœuvi'e de Platon est la plus ancienne tentative, que le temps nous ait conservée, il'une application de la science absti*aite à l'art qui lui correspond; car, Lien que Pjthagore et ses disciples aient longtemps avant lui effectué des plans d'organisation politique et sociale et les aient même réalisés dans certaines villes, rien n'a survécu de leurs conceptions.
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naturelles, qu'il s'est peu soucié de connaître, veut refaire à sa guise l'Humanité. C'est que l'un a passé sa vie à observer péniblement le monde, tandis que l'autre, plongé dans une commode rêverie, ne s'est jamais préoccupé que de contempler les essences.
Plus grand écrivain que grand philosophe, Platon, dirons-nous, pour nous résumer, a complété l'œuvre de Socrate^ et contribué, après lui, à préparer l'avènement du catholicisme. Les services réels qu'il a rendus à la création de la dernière sj^nthèse provisoire, en lui méritant la place que lui a faite Aug. Comte dans le Calendrier occidental, lui vaudront d'être éternellement honoré dans le souvenir des vivants, ce qui, ne lui en déplaise, est la seule manière d'être immortel. Nos descendants ne voudront pas confondre cet homme de talent et de cœur avec la honteuse cohue de sophistes, qui pendant trente ans se sont servis de son nom pour abêtir et dégrader leur patrie !
quinziem:e leçons'
(ARCHDIÈDE)