‹ Les grands types de l'humanité, appréciation systématique des principaux agents de l'évolution humaine;Chapitre 26 sur 32 · II · texte numérisé non relu

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et l'on compterait peu d'entre ces généraux qui n'aient été appelés dans le cours de leur vie à soutenir quelque accusatiori ou à défendre quelque accusé. Est-il dans l'histoire un peuple chez qui une classe entière de citoyens ait fait de la vie un tel apprentissage et de ses facultés un tel emploi? Militaires, législateurs, diplomates, administrateurs, avocats ou juges, enfin agriculteurs dans le temps que leur accordaient les affaires publiques et la guerre, les patriciens de Rome connurent et exercèrent toutes les fonctions et formèrent la race la pjus apte à surmonter tous les obstacles, la plus capable de ne pas être ébranlée par les revers, que le monde ait connue.

Sous le gouvernement de cette noblesse militaire, quelle était la situation des soldats? Il faut bien le dire, durant de longues années cette situation fut affreuse et vraiment digne de pitié. Le plébéien, tel que l'avait surpris Tavénement de la république, menait une vie agricole très-dure, mais grâce à un régime généralement pacifique, il trouvait au moins dans le travail de quoi subvenir à ses besoins. Les suites inévitables d'une révolution , que les patriciens avaient faite surtout pour eux, rendirent sa position intolérable. 11 fallut immédiatement songer à la guerre pour protéger contre les rois exilés et leurs alliés les changements politiques accomplis. Sans parler des ravages qu'une telle guerre devait exercer sur la banlieue de Rome, qui en était le théâtre, on s'imagine aisément à quel état de dénûment profond dut être réduit en peu de temps le petit cultivateur, que la loi appelait comme soldat sous les drapeaux. Il s'endetta pour ne pas mourir. Or, on sait quelles étaient les pénalités effroyables de la loi romaine contre le

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débiteur insolvable : celui qui n'acquittait pas sa dette en temps voulu, devenait l'esclave de son créancier, et, dans le cas où il existait plusieurs créanciers, ceux-ci pouvaient disposer du débiteur comme de leur chose et s'en partager les morceaux. En quelques années la misère fut si horrible que les plébéiens se révoltèrent. Les nobles ne répondirent d'abord à ces tentatives séditieuses que par des mesures de rigueur. Ils nommèrent un dictateur ^ c'est-àdire un chef, dont le pouvoir sans appel s'étendait pendant six mois sur la vie et les biens de tous les citoyens. En outre, comprenant à merveille que la guerre, cause première de ces plaintes était encore le plus sûr moyen de les étoulFer, loin de chercher à conclure une paix qui les livrait à toutes sortes d'embarras intérieurs, ils recommencèrent à la hâte des expéditions, qui offraient ce double avantage d'assurer leur indépendance contre leurs ennemis du dehors et de faire taire ceux du dedans. Mais le mal était aggravé encore par le remède, et trois ans ne s'étaient pas écoulés, depuis que pour la première fois on avait nommé un dictateur, que la plèbe exaspérée se soulevait de nouveau et cette fois, abandonnant la ville, se retirait sur le Mont Sacré. Alors seulement les patriciens cédèrent : ils promirent l'affranchissement de tous les esclaves pour dettes, et l'abolition des dettes de tous les débiteurs insolvables. De plus, ils accordèrent aux plébéiens, en garantie de leurs promesses, que deux d'entre eux seraient, sous le nom de tribuns, désignés par les comices centuriates, pour venir en aide au débiteur maltraité et s'opposer par leur veto à i'eiïet des sentences consulaires.

C'était peu de chose en apparence que l'institution de ces

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deux tribuns, dont l'unique privilège était d'être inviolable, et dont le pouvoir ne protégeait que les endettés ; mais en réalité aucune concession ne devait être dans l'avenir plus funeste au patriciat. Le peuple venait de faire l'épreuve de sa force et le tribunal lui donnait des chefs. Pàen désormais n'était capable de l'arrêter.

De ce moment, chaque année est marquée par un progrès nouveau du parti populaire dans la voie de l'égalité politique et sociale. Dès l'année 472, il fait passer des comices centuriates, où les patriciens l'emportent, aux comices par tribus, où les votes se comptant par tête, les plébéiens sont assurés de la majorité, l'élection des tribuns et celle des édiles. Il obtient en outre que les tribus pourront s'occuper des affaires d'état, jusque-là réservées au Sénat et aux consuls, ce qui met entre ses mains l'arme formidable du plébiscite. En 458, il ordonne qu'il y aura dix tribuns au lieu de deax. Huit ans après il demande l'égalité civile. La loi civile, jusqu'alors confiée comme chose sacrée, aux soins du corps sacerdotal, c'est-à-dire du patriciat, devenait de plus en plus, entre les mains de ses détenteurs, un instrument d'oppression. Le peuple voulut connaître la loi et que cette loi fût égale pour tous. De là le Gode fameux des XII Tables, composé et publié par les décemvirs, où les patriciens crurent sauvegarder leur suprématie en interdisant le mariage entre les individus des deux ordres. Cinq ans après, cette dernière barrière tombait comme les autres et les plébéiens réclamaient déjà le partage du Consulat.

Le consulat n'était plus à la vérité la puissance presque souveraine que nous avons vue dans la république naissante. Ses attributions s'étaient trouvées peu à peu réduites

par la création de fonctionnaires nouveaux, tels que les questeurs du trésor ^ dont le nom seul dit assez l'emploi, et les censeurs, k qui était dévolu le soin de faire le cens, d'administrer les domaines et les ressources de l'État, de dresser la liste des sénateurs et des chevaliers, de faire la police de la ville. Il ne restait guère au consul que le pouvoir militaire. Plutôt que de faire droit aux revendications plébéiennes, les patriciens préférèrent supprimer la charge et donner la direction des armées à des tribuns militaires en nombre indéterminé, que l'assemblée put, il est vrai, choisir parmi les plébéiens. Mais c'était là une satisfaction trop nominale pour que le parti populaire pût s'en contenter. Pendant quatre-vingts ans il revint à la charge, et durant les dix dernières années la lutte prit un tel caractère d'animosité, que Ton fut obligé par deux fois de nommer nn dictateur. Par bonheur le vote des lois de G. Licinius Stolon, dites lois liciniennes. dont l'article principal portait que Tuîi des deux consuls serait plébéien, mit fin à toutes les violences et acheva d'établir l'égalité politique entre les deux ordres. Quelques années auparavant, le peuple avait obtenu le partage de la questure et fait décréter que les censeurs pourraient désorm.ais appeler des plébéiens au Sénat. Dans les années qui suivirent, il obtint successivement le partage de la censure, de la préture, du proconsulat et finalement du pontificat et de l'augurât, lorsque le greffier Flavius eut publié le calendrier. Ajoutons pour compléter cette esquisse rapide de l'ascension des plébéiens vers l'égalité civile et politique, que dès l'année 356, dix ans après le vote des lois liciniennes, ils avaient réussi à

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faire nommer un dictateur plébéien, Marcius Rutilius, et que cinquante ans auparavant, à l'époque du siège de Véies, la solde militaire, l'une des plus importantes institutions que puissent réclamer des soldats, avait été consentie et organisée.

On admire en vérité un peuple, qui, dans un si court espace de temps (moins de deux cents ans!) sut conquérir ainsi ses droits et ses libertés, et cela avec tant d'habileté et de sagesse, que non-seulement une lutte aussi grave n'amena dans Pvome aucune de ces commotions qui ont renversé et ruiné tant d'empires, mais qu'elle fut même profitable aux desseins et aux résultats de sa politique. Cependant quelque chose est encore plus remarquable, s'il est possible : c'est la façon dont les plébéiens usèrent des droits et des libertés conquises. Il n'est pas douteux qu'en réclamant avec tant de persistance l'accès des honneurs, la masse du peuple fut moins poussée par l'ambition et une soif immodérée d'égalité que par l'intérêt même de la patrie. Elle exigea le partage des charges parce qu'elle craignit l'abus que pourraient en faire les patriciens. Gela est si vrai que pendant la longue période où il lui fut loisible d'appeler au consulat, à la préture, au pontificat, à tous les grands emplois, en un mot, tant d'hommes distingués sortis de ses rangs, on compte les années où elle fit exception à cette règle de sa politique, de nommer constamment des patriciens.

Elle obtient d'appeler des plébéiens au tribunat militaire, et pendant quarante ans, c'est-à-dire, presque autant de temps que dure la charge elle-même, nous n'y voyons parvenir aucun plébéien. Il lui est donné par les lois de Lici-

nius de briguer le consulat, et cependant elle en use si peu, qu'au siècle même de César, trois siècles après le vote de ces lois, des hommes qui, comme Marins et Gicéron, arrivent, à force de services et de génie, à la première charge de la république, sont encore qualifiés de l'épithète méprisante à' hommes nouveaux. Ce fait, en apparence si extraordinaire, quand nous le comparons avec les faits de même ordre que nous présentent les sociétés modernes, ne nous offre cependant rien que de naturel, si nous nous reportons à cette grande époque. Le peuple de ^Rome n'a cessé de porter au gouvernement les fils de ceux qui le gouvernaient depuis Brutus, parce que la noblesse romaine, du moins dans cette première période de son histoire, est demeurée plus qu'aucune autre digne de sa fortune ; parce qu'elle a toujours montré les sentiments et la capacité qu'exigeait sa fonction de classe dirigeante ; parce que, ne se fiant qu'à son mérite du soin de sauvegarder son influence, elle n'a cessé de présenter dans les élections les plus recommandables d'entre les siens. Enfin, et ce n'est pas là une des moindres causes de sa durée, la noblesse romaine n'a jamais fermé son livre d'or. Aux derniers jours de la république, on eût compté parmi les patriciens autant de fils d'hommes nouveaux que de descendants de ceux qui avaient chassé les rois. Le censeur, auquel la constitution remettait le soin de dresser chaque année la liste des sénateurs, et qui, muni d'un pouvoir sans appel, était libre d'admettre et d'exclure, puisait comme à une source inépuisable parmi ces plébéiens, qui, dans l'administration, la politique et la guerre» faisaient preuve de tant de patriotisme, d'intelligence et

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de courage. N'oublions pas^ d'ailleurs, que rinsiitation des cliévaliers, que certains historiens font remonter jusqu'à Romulus, créait une classe intermédiaire, accessible à tous les citoyens dont la fortune s'élevait à un certain chifFre, et formait comme le vestibule naturel de la noblesse. Désignés d'abord en raison de leur fortune, qui leur permettait d'entretenir un clieval et un armement coûteux, pour former la cavalerie romaine, d'où le nom de chevaliers, les membres de cette classe s'étaient détournés peu à peu du métier militaire, qui à l'origine avait élé leur office le plus important, pour se jeter dans l'industrie et le com.merce, dédaignés des patriciens. Dans cette voie et à mesure que Rom^e étendait les linates de son empire, ils devinrent si puissants par leurs richesses, que le patriciat, pour ne pas être supplanté par eux, ne vit d'autre moyen que de les appeler au partage de ses propres droits. Sylla, un beau jour, introduisit d'un seul coup au Sénat trois cents chevaliers.

En terminant le tableau des grandes institutions politiques et sociales de Rome, nous ne saurions passer sous silence son armée, cause de sa grandeur, dit Végèce. Notre intention n'est pas d'entrer ici dans des considérations de tactique et de stratégie, où nous sommes incompétents, et que nous laissons aux hommes du métier, mais simplement de présenter à nos auditeurs quelques observations d'ordre général sur cette organisation militaire, la plus merveilleuse que nous offre l'antiquité. Autre chose en effet est de méditer sur la guerre, ce qui est au pouvoir d"un grand nombre d'intelligences, autre chose est de penser sur le champ de bataille, ce qui n'ai:)partient qu'à quelques-uns.

Le point, que nous voudrions mettre en lumière, est celui-ci : que l'armée romaine (nous parlons, bien entendu, de l'armée romaine parvenue à son complet développement, de l'armée de Scipion^ par exemple), est un produit de l'esprit abstrait ; c'est-à-dire que l'esprit abstrait est intervenu dans cette organisation pour séparer des éléments, qui, confondus, se font mutuellement obstacle, mais qui, convenablement ordonnés et concourant vers un même but, assurent le succès.

Rien ne ressemble davantage à nos armées modernes qu'une armée romaine, si l'on veut tenir compte des modifications que le ttmps a dû nécessairement apporter dans le costume et dans l'armement.

Qu'y rencontrons-nous en elTet ? Une armée romaine se compose en général de deux légions, et chaque légion, qui compte de cinq à six mille liommes, renferme toutes sortes de troupes : infanterie pesante et légère, cavalerie, artillerie, génie, équipages de siège et de ponts. Dans chaque légion, l'infanterie forme dix cohortes, subdivisées en trente manipules, formés chacun de deux centuries. La cavalerie se partage en dix escadrons. A la tête de chacune de ces divisions et subdivisions est un chef qui s'appelle suivant les cas : centurion, tribun, préteur ou consul. En ce dernier, réside l'unité du commandement. Qui ne retrouve là toute notre organisation militaire : nos compagnies, nos bataillons, nos régiments, nos brigades, nos divisions, et la même répartition des différentes armes, et la même hiérarchie dans le commandement? Hé bien, cette organisation compliquée, savante, qui n'existait pas chez les peuples barbares de l'antiquité, qui n'existe pas chez les

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peuples sauvages de nos jours, nous disons qu'elle est le fait de l'esprit abstrait. Autant dire qu'elle n'a pu être créée directement par les Romains, cliez qui l'esprit abstrait ne s'est fait jour que tardivement. L'organisation militaire de Rome est, dans sa généralité, un emprunt fait par celle-ci à la Grèce. C'est par là que le génie grec a forcé la porte du monde romain. Les Romains ont modifié, amélioré, perfectionné, approprié à leurs besoins une organisation qu'Athènes, Sparte, Thèbes et la Macédoine avaient depuis longtemps conçue et réalisée. Courage, discipline, civisme, les Romains firent de bonne heure l'apprentissage de ces vertus; mais ce qu'ils ne pouvaient connaître avant d'être entrés en relation avec les Grecs de la Grande-Grèce et de la Sicile, c'est l'art qui consiste à diviser et à répartir les fonctions dans une armée, art difficile , qui dans la guerre comme dans l'industrie, centuple par l'exercice l'habileté des hommes et par conséquent les résultats ; c'est l'art de créer et de mouvoir des machines, qui en économisant les efforts, amènent des etfets qu'aucune force humaine ne saurait produire avec la même facilité et dans . le même temps; c'est l'art d'assiéger et de défendre les places, l'art de jeter les ponts, l'art de construire les flottes et de les manoeuvrer. Le monde romain, par les tendances propres de son génie pratique, ne pouvait s'élever de luimême à un système aussi compliqué, mais il était naturellement porté à le faire sien aussitôt qu'il en aurait reconnu et éprouvé les effets. Car c'est une aptitude qu'on ne saurait se lasser d'admirer chez ce grand peuple, que celle qui consiste à prendre chez les autres, amis ou ennemis, les

institutions ou les usages dont une expérience suffisante a démontré l'indiscutable supériorité.

Nous laissons à nos auditeurs qui désireraient connaître dans ses détails les plus intimes, l'organisation militaire de Rome, le soin de lire les auteurs spéciaux qui en ont traité et en particulier Vegèce, qui est en même temps le plus court, le plus complet et le plus précis. Des cinq livres dont se compose son traité de VArt militaire , le premier traite des levées et des exercices des soldats, le second de l'ordonnance de la légion, de ses armes et de ses chefs, le troisième de la tactique, le quatrième de l'attaque et de la défense des places, le cinquième de la marine. On verra dans ce petit livre combien les choses ont peu marché depuis l'époque romaine et combien en certains points, celui qui regarde le passage des rivières, par exemple, les soldats romains valaient les nôtres, s'ils ne leur étaient même supérieurs. On comprendra, après l'avoir lu, ce mot du grand Frédéric, disant à des flatteurs qui prétendaient le mettre au dessus de César : « César reviendrait parmi les hommes qu'en trois semaines il en saurait autant que nous et qu'au bout d'un mois il nous battrait. »

Si bien organisées qu'aient été ces armées, et quelque part qu'elles aient prise dans le développement de la puissance romaine, nous ne pouvons cependant leur attribuer la totalité d'une gloire, que revendiquent à juste titre la diplomatie et la politique; politique et diplomatie, dont l'armée n'a été que le fidèle instrument. Les généraux savaient gagner des batailles; mais le Sénat savait préparer la guerre, c'est-à-dire recruter des alliés, jeter la division parmi les adversaires, prendre garde qu'ils parus-

sent toujours dans leur tort ; et, la guerre achevée^ il avait l'art suprême de traiter avec ses ennemis : inflexible à roccasion, mais montrant aussi, quand il le fallait^ la générosité la plus sage et la plus habile.

Cependant, au milieu de ces fortes institutions qui promettaient à Rome tant de succès et de gloire, une grave lacune existait, qui, à la longue, fut devenue grave chez cette nation de praticiens. Tournés tout entiers vers la guerre^, nourris exclusivement dans le métier des armes, les Romains, après avoir conquis pour se défendre, furent eûtraînés à conquérir par besoin de domination. Cela était bien tant que Home ne franchissait point le Latium et l'Italie, où les motifs ne manquaient point pour légitimer la conquête; mais au-delà comment justifier ces envahissements? Par quelle nécessité Rome s'imposait -elle au monde? Qui lui commandait d'aspirer à la domination universelle? Les Grecs, ou pour mieux dire le génie grec se chargea de trouver la réponse à ces questions. Il donna la formule, il trouva la théorie de ce que les Romains étaient en train d'accomplir.

Les Romains^ avons-nous dit, avaient emprunté aux Grecs la meilleure partie de leur tactique militaire. Aussitôt que les événements eurent amené des rapports plus fréquents entre les deux peuples, ils se hâtèrent de prendre tout ce qu'ils purent de cette civilisation si savante, si polie, si délicate, si profondément aimable. Ils se précipitèrent vers ces belles disciplines grecques, vers cette poésie, vers cet art, vers cette éloquence qui leur ouvraient un monde inconnu. Quelques-uns, comme Caton, s'etForcaient bien d'entraver le courant et auraient voulu dé-

apprégiatiox de la civilisation militaire. 413 tourner la jeunesse romaine de se presser enthousiaste autour d'un Garnéade que les Athéniens envoyaient à Rome réclamer en leur faveur; ou, comme Fabius Maximus, reprochaient aux novateurs « d'avoir changé un peuple grossier sans aucun doute, mais excellent pour les grandes choses, en un peuple oiseux et babillard, ne prenant plaisir qu'à s'entretenir et à discourir des arts et des ouvriers qui y excellaient. » Malheureasemeut, ajoute Plutarque, c'était de cola surtout que l'illustre Marcellus tirait gloire, s'honoraut et se vantant, même auprès des Grecs, d'avoir le premier enseigné aux Romains à estimer et à admirer les beautés et les grâces de ces chefsd'oeuvre de la Grèce qu'ils ne connaissaient pas auparavant.

Les philosophes grecs, devenus Romains, trouvèrent dans leur admiration pour la grande cité victorieuse le mot qui légitimait la conquête et à leurs propres yeux justifiait leur soumission. Ils entrevirent le temps plus ou moins proche, où tous les peuples vaincus seraient rangés sous la domination de Rome, et où une paix féconde, etfaçant les haines nationales, appellerait tous les hommes à ne former qu'une même nation. Ils créèrent la notion à.' Humanité. Alors tout ce qui dans Rome avait le cœur haut placé, adopta d'enthousiasme les idées nouvelles, et Grecs et Romains se prirent à travailler à une oeuvre commune, les uns s'occupant surtout d'agir, les autres se chargeant surtout de penser. Tandis que les Marcellus, les Scipion et les Lelius continuaient l'oeuvre des siècles, il se trouvait un Polybe pour en expliquer la grandeur et en célébrer les résultats. Et les peuples étrangers que la défaite

avait attachés à la fortune de Rome s'accoutumèrent à ne plus regarder comme de simples oppresseurs ceux qui étaien t venus fonder dans le monde un règne d'union, de prospérité, de justice. Rome devint la patrie véritable de l'Africain, du Grec, de l'Espagnol, du Gaulois, et lorsqu'un siècle et demi après la prise de Garthage, l'Occident définitivement vaincu, goûta les douceurs de la paix, le poète put à juste titre^ écrire ces beaux vers, résumé si parfait de la politique romaine :

Excudent alii spirantia mollius fera.

Credo equidem ; vivos ducent de marmore vultus; Orabunt causas melius ; cœlique meatus Describeut radio, et surgeiitia sidéra dicent : Tu regere imperio populos, Romane, mémento; Hfe tibi erunt artes, pacisque imponere morem, Parcere subjectis et debellare supeibos.

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