‹ Les grands types de l'humanité, appréciation systématique des principaux agents de l'évolution humaine;Chapitre 27 sur 32 · SCIPION · texte numérisé non relu

SCIPION

De tous les types qui ont honoré cette noble époque, le plus complet, le plus pur, le plus attachant est sans contredit le premier Scipion. Il caractérise à merveille cette transformation profonde qui s'opère dans les opinions, dans les mœurs, dans la politique de Rome, envahie et subjuguée par l'esprit grec. Il appartient à cette société romaine, qui, lasse de la rudesse toute sauvage de ses ancêtres, et ne retenant d'eux que leur amour de la patrie et de la gloire, se tourne v*>lontiers

vers les grâces et les séductions d'Athènes. Enfin il est le héros de cette deuxième guerre punique qui, après avoir mis Rome à deux doigts de sa perte, la laissa plus puissante et plus solide que jamais.

Ici, nous sommes au second acte de la trilogie romaine, qui se termine^ comme nous Tavons dit^ par la soumission de l'Espagne. Les Romains ont définitivement pris pied hors de l'Italie. Si l'on songe que leurs premiers pas dans cette voie des grandes conquêtes extérieures datent à peine de l'an 260, c'est-à-dire du commencement des guerres siciliennes, on est émerveillé à cette pensée que deux siècles ont suffi pour étendre la domination romaine jusqu'au Rhin, jusqu'au Danube, jusqu'à l'Euphrate, jusqu'au Nil, tandis qu'il avait fallu plus de cinq cents ans pour assurer cette domination dans la seule Italie, du Brutium jusqu'au Rubicon. C'est que dans cette première période, Rome entourée de peuples non moins braves qu'elle-même et seule au milieu d'ennemis acharnés^ ne dut son salut et sa victoire qu'à la prolongation et à l'opiniâtreté de ses efforts; tandis que, dans sa lutte avec les peuples plus éloignés, elle eut avec elle toute cette Italie qu'elle avait vaincue et ralliée et ce qui valait peut-être mieux encore, l'incomparable valeur militaire que cinq siècles de guerre lui avaient donnée. Nous n'avons pas à raconter ici cette première phase de l'établissement de la puissance romaine, ni cette longue suite de guerres et de traités par lesquels Rome se rendit lentement maîtresse du Latium d'abord, puis du Samnuim et de l'Étrurie, et enfin des peuples d'ori. gine diverse du midi de l'Italie. Il suffira que nous notions au passage la lutte contre les Samnites, lutte acharnée de

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quatre-viagt ans, pendant laquelle les consuls triomplièrent vingt-quatre fois et dont le résultat fut la soumission définitive du Samniura et de l'Étrurie; la guerre contre Pyrrhus, qui mit aux prises les Romains et les Grecs, et se termina par l'incorporation des colonies grecques de la Grande-Grèce, parmi lesquelles étaient Tarente et Rhegium, et la réduction du Piccnum, des Sarsinates, de l'Ombrie, des Salentins et des Messaniens ; enfin les cinq invasions des Gaulois de la Cisalpine, qui, seuls ou alliés aux peuples ennemis de Pvome, ne cessaient de guetter les occasions de l'anéantir. Rappelons également que, durant ces cinq siècles, et à mesure qu'elle pousse sa domination en Italie, Rome conçoit et applique le merveilleux système de colonies par lequel elle maintient les vaincus dans l'obéissance ; qu'elle fixe les règles compliquées de la jurisprudence à laquelle elle soumet ses alliés et ses sujets; qu'elle commence la construction de ces grandes voies qui porteront bientôt dans le monde entier ses armes et ses lois.

Dix ans ne s'étaient pas écoulés depuis l'ôloignement de Pyrrhus que les Romains, répondant à la prophétie du roi d'Epire, pénétraient en Sicile, sous prétexte de secourir les Mamerlins, nation de source italienne, contre les Carthaginois et contre Hiéron de Syracuse. Telle fut l'origine de la première guerre punique, qui forme comme la transition entre la première et la seconde phase de l'incorporation romaine. Soixante-sept villes, dont Agrigente, tombent en deux ans au pouvoir des Romains. Hiéron demande la paix et les Carthaginois chassés de l'île se réfugient sur la mer, que personne encore n'avait songé à leur disputer. Les Romains cependant construisent une

flotte et, leur première bataille est une victoire. Ils triomphent à Myles sous la conduite de Duillius (260) et bientôt après à Ecnome. Aussitôt ils jettent une armée en Afrique, où Régulus s'empare en quelques mois de trois cents villes, dont celle de Tunis, et viennent camper à deux lieues de Garthage. C'en était fait des plus terribles ennemis de Rome, si dans leurs murs ne se fût trouvé le lacédémonien Xantippe.Xantippe, ne jugeant pas la situation si désespérée qu'on ne pût la rétablir, prit le commandement que lui offraient les Carthaginois, et, après avoir refait une armée, offrit le combat à Régulus qu'il battit et fit prisonnier. Alors la guerre fut reportée en Sicile et durant quatorze ans la fortune servit et trahit tour à tour Carthaginois et Romains. La victoire de ces derniers à Panorme fut suivie de leur défaite devant Drépane. Enfin le consul Lutatius Catulus, ayant pris au dépourvu près des îles ^Egales la flotte de Carthage, la détruisit entièrement et par là termina la guerre. Les Carthaginois abandonnèrent la Sicile et les îles voisines, rendirent les prisonniers et payèrent trois mille talents.

Vingt-trois ans s'écoulent entre la première et la seconde guerre punique. Les deux nations, retenues chez elles par des difficultés intérieures , se mesurent , s'observent, mais ne tentent point de s'inquiéter. Les Romains s'établissent dans leur nouvelle possession de Sicile, dont Syracuse demeure indépendante, et lui adjoignent bientôt la Sardaigne et la Corse. En outre, ils entreprennent, à une autre extrémité de Tltalie, la conquête de l'illyrie; mais, terriûés par une nouvelle irruption des Gaulois de la Cisalpine, ils portent immédiatement leurs efforts contre cette

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