‹ Les graveurs du 19e siècle; guide de l'amateur d'estampes modernes (volume 2)Chapitre 120 sur 155 · Saint François , d'après Fra Angelico ; in-S · texte numérisé non relu

Saint François , d'après Fra Angelico ; in-S

Gazette des Beaux-Arts, Janvier 1885.

Il y a un état avant la lettre.

45. SAINT GEORGES, d'après Raphaël (Louvre), 4885 , in-4 (H. 29. L. 25). Pour la Chalcographie.

Ici, les états sont très multipliés.

1. Préparation. — 2 à 4. Les tailles rentrées. — 5. La patte gauche du dragon ombrée. Le manteau ombré. La tête du saint effacée. En 1884, un marchand d'estampes demandait de 800 à 1200 fr. d'un de ces essais. — 6 à 8. Travaux ajoutés. — 9 à 13. Saint Georges et le dragon effacés, puis regravés : états très difficiles à distinguer. — 14. A partir de cet état l'estampe porte un double filet d'encadrement. — 15 à 30. Le travail va en se dépouillant et s'éclaircissant , la figure se modèle peu à peu. Différences insensibles. En somme, ces états ne sont que de simples bornes indicatrices de la route parcourue.

31. Terminé. Avant la lettre. C'est le bel état. On le vend couramment 300 fr., surtout de l'autre côté du détroit , oii cette planche est en grand honneur, saint Georges étant le patron de l'Angleterre. — 32. Avec le titre.

Dans l'iconographie moderne la connaissance des états est devenue une véritable science.

Autrefois on n'y regardait peut-être pas de si près. On ne s'inquiétait pas de savoir quel était au juste le numéro d'ordre d'un état. On tenait surtout à avoir la planche dans son maximum de beauté.

D'abord on ne désignait pas les états par des numéros, mais bien par quelque signe particulier et facile à reconnaître , on disait : « J'ai la Sévigné de N. Édelinck avant le trait d'union , le Bossuet de Drevet au fauteuil blanc , le Molière de Ficquet avant les contretailles, le Montaigne du même à la flamme blanche, etc. » ; ce genre de désignation était clair et ne manquait pas d'un certain prestige.

On appelait, d'une façon générale, premiers états, l'ensemble des états qui précédaient l'état vulgaire. Quand on disait d'un amateur : « 11 ne recherche que les premiers états », ceci indiquait positivement que cet amateur n'acceptait pas les épreuves ordinaires -. donc que sa collection était sûrement remarquable.

Aujourd'hui on désigne les états par leurs numéros. Le fameux terme premier état désigne donc , généralement , maintenant , l'état le moins enviable , la préparation celui qui n'aurait que les premiers états aurait une collection d'estampes avec les fonds sans les personnages, ou avec les vêtements sans les figures, ou de portraits sur lesquels on ne verrait de gravés que les cheveux , ou un œil , ou le bout du nez.

En matière de burin, (au rebours de ce qui arrive généralement pour l'eau forte), les beaux états sont donc ceux qui s'approchent de la fin et portent les plus forts numéros. Ceci amène des étonnements ! On entend un amateur dire en se rengorgeant : « J'ai le trente-et-unième état du Saint Georges de Gaillard, moi! et le treizième du Vœu de Louis X/7/deGalamatta, et le trente-deuxième delà Sainte Amélie de Mercuril » Et il fait la roue. A première vue, vous ne comprenez pas, et vous vous figurez que des trentièmes états ne peuvent être que de tristes estampes, ce que les amateurs appellent dans leur argot des « rinçures » ; pas du tout ! cela correspond à ce qu'on aurait appelé autrefois des épreuves d'artiste! Comme cela est joli !

Quelquefois aussi, l'amateur moderne vous montre une épreuve, en clignant de l'œil avec satisfaction, et en vous glissant à l'oreille ces mots mystérieux : « Vous savez, elle est avant V aciérage ! »

Avant l'aciérage est aujourd'hui un état, portant un numéro à part.

Complication ! Lorsqu'on découvre un état nouveau et « non décrit », comme qui dirait un état bis, on refond toute la série des numéros, et c'est une étude à refaire, le deuxième état devient le troisième, le vingt-et-unième devient le vingt-deuxième, le trente-troisième devient le trente-quatrième. On est obligé de les désigner comme les maisons dans les rues dont le numérotage est remanié. Seizième état {ancien douzième), etc.

Quel bon gâchis !

Autre complication : Si l'on tire les épreuves avec la lettre au moyen d'un galvano et que la planche mère ne porte pas la letti'e, il demeure toujours possible d'avoir à première réquisition et indéfiniment des planches avant la lettre.

Récemment, on a publié à l'étranger des planches au sujet desquelles l'éditeur disait : «c J'ai fait mon tirage

d'épreuves d'artiste, mon tirage avant la lettre, mon tirage à la lettre grise, mon tirage avec la lettre, et la planche mère n'a pas encore tiré une seule épreuve. »

46. Louis Veuillot , buste , le corps tourné vers la gauche, la tête de face (H. 24. L. 16).

Ce n'est qu'une ébauche , mais les yeux , le fameux nez caractéristique et la moustache sont assez faits pour que le portrait soit très ressemblant. Le haut de la tète et le vêtement sont à peine indiqués.

47. Mgr. Billard, évêque de Garcassone , 1886: la tête de face, le corps légèrement tourné à droite. in-8(H. 19. L. 15).

1. Préparation. La croix blanche. Le fond uni. — 2. La soutane très ombrée. — 3 à 5. Travaux ajoutés. — 6. Aspect fondu : une traînée claire sur le fond. — 7 à 14, Travaux divers. — 15. La croix est modelée. — iQ. Le fond clair derrière la tête. — 17 à 20. Corrections : le fond de plus en plus clair. — 21. Reprise du fond qui a une teinte grise unie. A l'angle inférieur droit , une marque de trois traits de burin en forme d'étoile. — 22. Avec les armes.

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