VERDEIL
d'après Meissonier , et diverses reproductions de tableaux pour le Monde Illustré', des scènes parisiennes d'après Edmond Morin pour L'Illustration. Etc.
VERGNES (Camille), lithographe, expose depuis 1881 diverses reproductions de tableaux d'après des peintres contemporains. Exemples : Jeune Fermière : Moreau de Tours ; Les Victimes du Salon, d'après Serendat deBelzin. (Ceci représente un peintre refusé qui se suicide. « Son tableau devait être bien mauvais ! — penseront les sceptiques, — pour ne pas avoir pu passer dans les quatre mille que les jurys bénins acceptent chaque année 1 » t1) Quatre mille tableaux par an, grand Dieu du ciel ! ) .
(!) En 1856, sous la signature Camille Vergues, une lithographie de La Vierge au coussin vert, de Solario. Ce qui fait une reproduction de plus à ajouter à toutes celles qui existent déjà de ce tableau, par la lithographie et la gravure. Cette multiplication des Vierges au coussin vert a dû réjouir Gustave Planche, qui formulait cette fameuse théorie :
« Bien souvent, les graveurs se demandent à quoi employer leur talent. » On les voit hésiter à recommencer les estampes déjà faites, à s'attacher » aux peintures déjà connues, aux morceaux déjà célèbres. Eh bien ! » qu'ils reviennent toujours aux chefs-d'œuvre consacrés. »
Ainsi, c'est la répétition sempiternelle d'un certain nombre d'œuvres » consacrées n et toujours les mêmes qui serait le but unique de lart de la gravure, d'un art ne varielur réduit à n'êire plus qu'une sorte d'équivalent de la chanson du petit navire : Si celle estampe vous fatigue, nous allons la, la, la recommencer !
C'est le contraire qui est vrai (sans le pousser toutefois jusqu'à l'exclusivisme : ne soyons jamais sectaires). Les graveurs, au lieu de reproduire
186 LES GRAVEURS DU XIXe SIECLE
VERNEILH (Jules de), né à Nontron. — A publié, avec Gaucherel , Le Vieux Périgueux. vingt eaux-fortes, 1867.
VERNET (Carle), 1758-1836, peintre de batailles, peintre de la vie sportive du Consulat et de l'Empire, peintre pour la première fois du cheval anglais et du cheval arabe, peintre desmamelucks, peintre de mœurs, dessinateur humoriste, lithographe, et — ce qui est tout aussi indispensable à dire pour fixer cette physionomie si spéciale, — anglomane dès le plus jeune âge, puis muscadin, puis homme « du bon ten » ; homme d'esprit (]), homme de plaisir, cavalier, et qui caracolait, au bois de Boulogne, à soixante-dix-sept ans ! Et encore : fils de Joseph, père d'Horace, et gendre de Moreau.
Sa biographie est partout, il serait inutile de la
toujours des œuvres « consacrées », ont la mission de « consacrer * les œuvres en les reproduisant ; loin de se retirer dans le têle à tête avec les morceaux célèbres déjà gravés, ils doivent, si l'on peut ainsi parler, être mêlés à la vie et a l'art contemporains.
C'est en se faisant les vulgarisa leurs d'oeuvres de leur temps que les graveurs excitent l'intérêt et parviennent a la célébrité. Leurs noms demeurent , dans l'avenir , inséparables de ceux des peiutres qui les ODt adoptés comme interprètes.
(J) Bien qu'ayant la monomanie invétérée du calembour, et du calembour le plus vulgaire, en ynu de poêle ou l'équivalent. Exemple : le lendemain de la naissance d'Horace, il rencontre un ami : « Tu dois » me trouv.T bien change? » lui dit-il en se touchant le bout du nez avec le doigt. « Pourquoi ? » fait l'ami. — « Parce que j'ai un nouveau-né. »
récrire ici i1). Ce qui est plus à propos et dans notre sujet , c'est d'apporter notre « contribution à l'étude de Carie Véniel » en énumérant, le moins incomplètement possible (2), les nombreuses pièces
(i) Voyez l'excellent article Carie Vernet de Léon Lagrange, dans la biographie de Michaud. — Et aussi la notice de Y Histoire des Peintres.
Ne voyez pas la Notice historique sur la vie et les ouvrages de Carie Vernet, par Quatremère de Quincy. Ou plutôt voyez-la, mais comme une curiosité, comme un exemple de la contrainte académique qui défend de parler de ce qui n'est pas solennel. Carie Vernet est ici un peintre d'histoire, et rien autre chose. Et, — néant des éloges ! — un peintre comme les autres ; pas un mot original, pas une « épithète de circonstance » pour le caractériser. Surtout pas un mot de tout ce qui, dans son œuvre, est mœurs, ou vie élégante, ou humour. Fi ! cela serait bas ! Quatremère, en 183T, est à cent mille lieues de supposer qu'on pourra écrire sans indignité, de Carie Vernet, ce que dira, par exemple, Léon Lagrange et ce que nous disons tous aujourd'hui : « L'École française lui fera une place » d'honneur parmi ces dessinateurs dont la verve traduit au jour le jour » les faits, les mœurs, les idées du pays; chroniqueurs amusants qui » fixent la physionomie d'une époque et versent à pleines mains, au milieu h des solennité* de l'Histoire, le sourire et la rie ... Ce qui frappe dans i) cette production extraordinaire c'est son caractère constamment fram- » çais : l'esprit y domine l'art. »
Carie Vernet a été un homme d'élégance et de modernité et qui a vu son époque, — hommes et chevaux. — Et dans le monde de Quatremère on n'avait nulle idée de la modernité et des campagnes que mèneraient, en faveur des hommes de modernité, les Baudelaire futurs, les Goncourt, et toute la critique actuelle. On y eût été littéralement foudroyé à l'idée qu'un Théophile Gautier pourrait écrire : « Dans l'art, la difficulté H suprême, c'est de peindre ce qu'on a devant les yeux: on peut tra- » verser son époque sans l'apercevoir et c'est ce qu'ont fait beaucoup » d'esprits éminents. Être de son temps, rien ne parait plus simple et » rien n'est plus malaisé. Ne porter aucunes lunettes ni bleues ni vertes, » se trouver dans la foule et en sentir l'aspect, dessiner les physionomies » de tant d'êtres divers : voilà ce qui exige un génie tout spécial! »
(-) Le catalogue complet de Carie Vernet est difficile à établir, ainsi qu'il arrive lorsque l'artiste n'est plus la pour vous aider, — lorsqu il n'a pas laissé lui-même son répertoire écrit, avouant notamment les pièces anonymes ; — lorsque son œuvre n'est pas constitué au complet absolu et
dont le fonds de l'estampe française s'est enrichi par son fait.
Quand la lithographie fut préconisée par Lasteyrie et Engelmann, vers 1816, Carie Vernet, — alors un tout jeune homme de soixante ans, — adopta le procédé avec ardeur, dès le début, et fut de ceux dont les « produits lithographiques » sont portés an catalogue du Salon de 1817. (*) Depuis, il crayonna pièces sur pièces, soldats, mamelucks, chevaux, chasses, scènes de la rue, etc. En tout, plusieurs centaines (2).
Mais ce serait un contre - sens de considérer uniquement ses lithographies originales. Elles sont primées de beaucoup par les pièces que Darcis, Goqueret, Levachez, Debucourt, Jazet et autres ont gravées au pointillé et au lavis d'après ses dessins : ce sont elles qui caractérisent
d'une façon certaine au Cabinet des Estampes ; — enfin lorsqu'il ne s'est pas trouvé un homme pour consacrer des années, et quelquefois sa vie, à l'établissement d'une iconographie spéciale. Il est à remarquer encore que les collections de La Combe et Parguez, étendues pour Horace Vernet, ne comprenaient rien ou presque rien de Carie.
(*) Le premier Album lithographique, 1817, comprend 20 pièces des peintres Carie Vernet, Horace Vernet, H. Lecomte, Gros, Demarne, Thiénon, Bourgeois, Vauzelle, Melle Lescot, Grangeret Bessa.
(2) Un biographe a lancé le chiffre de 660 lithographies, et ce chiffre s'est mis à circuler, répété de dictionnaire en dictionnaire. Or, notre biographe choisit pour les citer comme exemples de lithographies originales les charges sur les Alliés, qui, précisément, ne sont ni lithographies, puisqu'elles sont des gravures à l'aquatinte, ni originales puisqu'elles sont signées en toutes lettres gravé par Debucourt. Léon Lagrange n'est pas tombé dans cette erreur.
l'œuvre, et leur ensemble apparaît aujourd'hui comme le document gravé le plus précieux peutêtre sur les mœurs de cette période qui commence à la chute de l'ancien régime pour finir à la révolution de 1830, période de transition bien spéciale, qui n'est plus le xvme siècle et qui n'est pas encore le xixe (1).
Nous voyons son catalogue commencer sous le Directoire avec des dessins sur les Merveilleuses et les Incroyables. Et il finit par des lithographies de Gris de Paris, traitées dans le genre Restauration; contemporaines de Boilly et de Pigal et des débuts de Grandville et de Monnier. Carie Vernet
— cet homme étonnant , comme le qualifiait Baudelaire (2), — a donc occupé la scène pendant trente ans. On peut dire de lui qu'il a reçu,
— pour la peindre suivant son tempérament et
(!) C'est-à-dire notre XIXe siècle, avec son allure actuelle.
Faire commencer les siècles en l'an 1 et les finir en l'an 100, — 1*701- 1800, 1801-1900 — c'est là une coupure mathématiquement exacte, mais pratiquement fausse. Chacun sait bien que le dix-huitième siècle commence en 1715 pour finir au 10 août 1192. De là au 29 juillet 1830, période intermédiaire : le monde des estampes de Vernet et de Debucourt, des vignettes de Moreau pour Renouard et de Desenne n'est pas plus notre monde qu'il n'est celui du XVIIIe ; mais quand viennent le Fausl de Delacroix et les vignettes sur bois do Johannot, quand est proclamé le roicitoyen, alors nous entrons véritablement dans ce que nous appelons aujourd'hui » le XIXe siècle » en nous rengorgeant. Dix ans après, avec le premier chemin de fer, nous sommes définitivement dans le vrai XIXe siècle, le siècle de la vapeur et de l'électricité, qui n'a rien de commun avec celui de la Route de l'oissy, des Joueurs de boules et du Coup de vent.
(2) Voyez, dans les Curiosités esthétique* de Baudelaire, l'article Quelques Caricaturistes français.
sa verve, — la société française des mains des dessinateurs du xvni0 siècle, des mains de son beau-père Moreau, l'auteur du Monument du Costume] et qu'à son tour, il Ta transmise aux dessinateurs du xixe siècle , aux Lami, aux Gavarni.