GOYA
en 1778 , à son retour de Rome . que Goya entreprit pour la chalcographie royale la belle série d'eauxfortes des portraits équestres dite des Chevaux. Ces grandes planches in-folio, Felipe III, rey deEspana, et Margarita de Auslria reyna , Felipe /F et Ysabel de Borbon, le Comte d'Olivarès, et les infants, surtout Don Balthazar sur son genêt d'Espagne , sont interprétés avec une simplicité de manière et une sûreté de main qui font présager le graveur si énergique de la Tauromachie. 11 ne faut pas oublier les Nains du roi et les planches de Ménippe et à' Ésope qui leur font suite.
Puis vient pour Goya son temps de grande production , alors que recherché partout, il trouve encore le temps de peindre pour la cour et la ville, pour le roi Charles IV comme pour les Benavente ou les d'Ossuna. Ce n'est que plus tard, vers la fin du siècle, que Goya entreprend la série des Caprichos , son œuvre la plus connue et la plus importante en fait de gravure.
C'est en 1793 que l'artiste conçut l'idée de cette satire en 80 planches, à l'eau-forte mélangée de lavis, et qu'il exécuta successivement jusqu'en 1798. Le graveur niait bien la réalité des interprétations malignes auxquelles elles donnaient lieu, mais les intentions étaient si visibles , et les portraits tracés avec une si sanglante ironie qu'il s'éleva une protestation unanime. Nul n'était épargné; le roi, la reine Maria-Luisa, le favori Godoï prince de la Paix, la duchesse de Benavente sa protectrice, les ministres, tous y recevaient un trait cruel. Le bon Charles IV, que Goya amusait, malgré des allusions qui sautaient aux yeux
et n'étaient rien moins que respectueuses, ne voulut pas y entendre malice , et protégeant son peintre contre les menaces du tribunal de l'Inquisition , il fit , pour arrêter les poursuites , l'acquisition de toutes les planches et des exemplaires qui restaient à l'artiste.
Goya n'a pas laissé la clef de son ouvrage et pour un grand nombre de ses planches on en est réduit aux suppositions, beaucoup d'entre elles peuvent s'appliquer d'ailleurs à l'humanité toute entière. La satire pour être générale n'en est pas moins piquante, et l'album des « Caprices » restera pour les amateurs de tous les pays comme un des monuments les plus curieux de l'art.
Une autre série d'eaux-fortes , conceptions d'une extrême énergie, fut inspirée à Goya dans les premières années du XIX'' siècle , à la vue des excès commis pendant l'occupation de l'Espagne par l'armée française.
« Madrid , a écrit M. Yriarte, était plein de déta- » chements français , les alliés d'hier devenaient les » ennemis, et le peintre dont on connaît la violence » ne savait pas garder son sang-froid et passer devant » les étrangers sans manifester sa haine ; Goya eut » maille à partir avec les officiers de Murât, et, forcé » de subir un joug détesté , se vengea par la pubhca- » tion occulte d'abord, et plus tard effectuée au grand » jour, des Désastres de la Guerre. Ces 80 planches , » moins célèbres que les « Caprices », les surpassent » de beaucoup au point de vue artistique par l'im- » pression de terreur et de pitié qu'elles font naître, » surtout par la perfection vraiment inouïe du dessin » et furent exécutées au jour le jour, en lisant les