‹ Les graveurs du dix-huitième siècle (volume 5)Chapitre 69 sur 198 · LAURENT · texte numérisé non relu

LAURENT

Français. Les gravures, de format in-folio, ont été exécutées avec beaucoup de soin, et tout l'ouvrage, dont la partie descriptive était confiée à Groze- Magnan, Visconti et ensuite à Emeric David, conduit avec habileté. Laurent s'était adressé aux meilleurs graveurs de son temps, à Robert Daudet , à Audouin , à Delignon , à Dupréel , à Massard , à Dequevauviller, à Helraan , à Godefroy, à Girardet , à Robert de Launay ; en même temps il faisait graver par de nombreux artistes à l'étranger les dessins qu'il leur envoyait . exécutés avec soin d'après les peintures, à Vienne par Schmutzer, à St-Pê!ersbourg par Klauber , à Anvers par Claessens , à Augsbourg par Eichler, à Carlsruhe par Aldenvang , à Stuttgart par Muller, à Rome par Galendi, à Bologne par Rosaspina, à Vienne par Fislier, etc., etc.

Lui-même s'est employé ainsi que son fils à la confection de son magnifique ouvrage. Il a gravé avec Audouin les Muses , d'Eustache Le Sueur , avec Duplessi-Bertaux dont il termine l'eau-forte le Passage du Rhin de Van der Meulen , enfin seul, la Vie champêtre de Feti , les Ruines du Colysée de Bergliem, le Manège de Wouverraans , le Coup de soleil de Ruysdaël. Le Pacage de Paul Potter est pour l'eau-forte de Laurent fils , et a été terminé au burin par le père.

« C'est grâce à la persévérance et au courage qu'a » montrés Pierre Laurent , dit Joubert , — chez les » parents duquel Laurent avait travaillé à Lyon , — » que cette grande entreprise, contrariée par les trou- » blés politiques, a pu être menée à bonne fin. Une > direction de cette nature était une chose bien

» délicate. Il fallait stimuler réraulation saiis blesser » les amours-propres, faire accueillir des observations » souvent nécessaires, difficiles à présenter, pénibles » à entendre. La douceur naturelle de Laurent , sa » politesse et d'adroits ménagements lui concilièrent » à cet égard tous les suffrages. »

Le portrait de Laurent a été gravé par Miger, in-8.

Pierre-Louis-Henri Laurent, né en 1779 , a gravé quelques pièces pour le Musée ft^ançais : à la mort de son père il reprit et continua cette publication qui fut terminée en 1811 et qui forme quatre volumes in-fol.

Quelques extraits des conventions passées en 1792 entre Laurent et les graveurs donneront l'idée des prix élevés qui leur étaient payés. Le prix convenu par Laurent avec De Launay pour la planche de la Bacchanale du Poussin, était de 1,880 livres, avec Miger, 1,200 livres pour la gravure d'un tableau de Van Mol , d'après le dessin fait par Touzé , avec Le Mire , 2,200 livres pour l'Annonciation de Solimène , avec Maviez, 2,000 livres pour la S^'-Cécile de Mignard, avec N. Thomas, 1,700 livres pour la gravure du tableau de Raoux représentant son atelier, etc.

Pierre Laurent le père a encore gravé d'après Boucher, Greuze , Pierre , Dietrich , Loutherbourg , etc.; des vignettes dans le poëme des Jardins de l'abbé Delille d'après Cochin et dans le Voyage littéraire de la Grèce de Guys, 1776.

Il y a un autre graveur du nom de Laurent , André Laurent, que Basan fait naître à Londres en 1720 et travailler à Paris sous la direction de Le Bas. Le Blanc lui a attribué à tort des planches de Pierre Laurent [le Bénédicité, d'après Greuze, etc.).

LAVALLÉE-POUSSTN (Etienne de).

Malgré son nom retentissant, Etienne de Lavallée- PoussiN est ce qu'on peut appeler un fruit sec de l'école de Rome. Ses tableaux n'ont jamais dépassé le niveau de la médiocrité, mais il a pour nous ce mérite d'avoir attaché son nom au petit livret que les jeunes artistes de l'Académie de France à Rome firent paraître pour célébrer le passage au milieu d'eux de Marguerite Le Comte, qui voyageait en Italie avec ses amis Watelet et l'abbé Copette. C'est pour ce livre, intitulé Nella venuta in Roma di madama Le Comte e dei signori Watelet e Copette, componimenti poetici di Luigi Sitbleyras colle figuy^e in rame di Stephano délia Vallée-Poussin, 1764, que notre jeune prea? de Rome grava par galanterie avec Weirotter de petites estampes à l'eau-forte où la réalité se mêle d'une façon bizarre à la fiction , et un portrait delà charmante graveuse. On voit dans ces figures Watelet arrivant à Rome, son carton d'un bras et M™'' Le Comte en chapeau de paille de l'autre; Minerve les conduit admirer l'Apollon du Belvédère et les Ruines du Colysée. Ils sont reçus ensuite solennellement par Apollon à l'Académie de St-Luc et bénis

o62 LES GRAVEURS DU XYIIP SIECLE.

parle pape... Enfin ils s'extasient devant la cascade de Tivoli : le tout agrémenté de culs-de-lampe et d'entourages emblématiques. Ce petit recueil entièrement gravé est fort curieux.

Nous rencontrons encore de Lavallée-Poussin deux petites pièces, Mort de la Madeleine et Mort de Saint Jérôme , in-12. — Jeux de Faunes et de Bacchantes, 2 p. in-4 à l'eau-forte.

Il ne faut pas confondre le graveur précédent avec Jacques Lavallèe, graveur au burin , né à Toulouse, élève de Beauvarlet et qui demeurait à Paris rue Galande 65. Ce graveur a travaillé pour le Musée Français de Laurent , pour la Galerie de Florence, r Egypte , et pour les Œuvres de Racine , grande et belle édition préparée dans les dernières années du siècle par Pierre Didot. C'est à propos d'une planche de cet ouvrage qu'il y eut contestation * entre

1 Voici la pièce qui concerne cette affaire , elle fait partie de la collection de M. Portails :

« L'an 4" de la République, le 6 thermidor, 6 heures du soir, nous « soussignés Noël Le Mire graveur, Pierre Choffard aussi graveur, v> appelés par le citoyen Jacques La Vallée pour arbitrer une planche » qu'il a gravée pour les Œuvres de Racine pour le citoyen Didot, et '1 nous Jean-Baptiste Tilliard graveur, et Nicolas Ponce aussi graveur, 0 appelés par le citoyen Didot pour la même affaire, et ce en présence » du citoyen Charles-Louis Rigault son fondé de procuration , nous .1 avons procédé au domicile du citoyen Tilliard à l'examen de la dilte '1 affaire, nous avons entendus les deux parties les unes après les autres.

n Le citoyen Lavallèe nous a déclaré avoir gravé la ditte planche n pour laquelle il n'avoit fait aucun prix et qu'il avoit refusé même de •> recevoir de l'argent quand le citoyen Didot lui en avoit offert et qu'il n estimoit que dans ce moment il pensoit que son travail valoit quinze » cents livres valeur métallique. Le citoyen Rigault nous a dit avoir ■' connoissance qu'à l'époque où le citoyen Didot avoit donné le dessin ■1 au citoyen Lavallèe, ily aàpeu près dix-huit mois ou deux ans, il

LAVALLEE-POUSSIN. 563

l'éditeur et lui et qu'on dut appeler les graveurs de vignettes les plus compétents en la matière pour régler le différend.

■1 avoit dit au citoyen Lavallée qu'il espéroit que cette planche ne lui ••• coûteroit pas plus de deux mille livres en assignats , que quand le " citoyen Lavallée lui avoit rapporté sa planche, il lui avoit offert six >i cents livres en numéraire métallique, que sur la non-acceptation du ■> citoyen Lavallée, il lui en avoit offert huit cents, que le dit citoyen ■> l'ayant refusé, ils éloient convenus de nommer chacun deux arbitres, » que le citoyen Lavallée avait nommé les citoyens Le Mire et Choffard <i et le citoyen Didot les citoyens Tilliard et Ponce.

> Les deux citoyens Lavallée et Rigault étant retiré, les quatre arbi- "> très ont discuté les intérêts de leurs comettans avec l'attention la plus " scrupuleuse , les citoyens Tilliard et Ponce ont été de l'avis que vu '■ l'excessive rareté du numéraire, et le prix accepté aussi en numéraire « par d'autres artistes, ils fixoient le prix de la ditte planche (qu'ils ont n trouvé très bien exécutée) à la somme de mille livres espèce métallique. 11 Les citoyens Le Mire et Choffard ont pensé que cette même gravure '1 valoit douze cent livres , persistant tous quatre dans cette différente '■> opinion, ils ont rappelé les citoyens Lavallée et Rigault et ont cher- '1 chés par tous les moyens en leur pouvoir à les concilier, ce qui n'ayant ■> pas réussi, ils sont convenus à l'unanimité d'appeler le citoyen Ingouf ■> pour débarrer. Après lecture du dit procès-verbal les parties et arbitres '■> ont signés : Le Mire, Choffard, Ponce, Tilliard, Lavallée, Rigault " pour Didot l'ainé.

■■> Nous soussignés , nous étant rassemblés au domicile du citoyen " Tilliard poui- prendre un parti définitif sur la planche du citoyen " Lavallée , en présence du citoyen Ingouf , appelé pour donner son '1 opinion d'une manière prépondérante comme surarbitre. Après avoir " discuté entre nous, nous avons arrêtté d'après l'avis du citoyen Ingouf, rt que le citoyen Didot païroit au citoyen Lavallée douze cents livres ■> pour le prix de sa planche, et ce en raison des soins qu'il a mis à la -1 terminaison de cette planche qui a atteint uue perfection particulière. '> Fait à Paris ce 9 thermidor an IV*. Le Mire , Choffard , Ponce , " Ingouf le jeune, Tilliard , Lavallée, Rigault.

'1 J'ai reçu de M"" Didot la somme de douze cent livres en écus de ■' France pour l'objet mentionné cy dessus et pour solde de tout compte. " A Paris ce onze thermidor l'an quatrième. Lavallée. «

LE BAS (Jacques-Philippe

Ce n'est pas une exagération de dire que Le Bas est l'incarnation la plus complète de la gravure du XVIIP siècle. Il naît presque avec lui et s'éteint aux approches de la Révolution et dans ce long espace , par ses ouvrages si nombreux , par ceux dont il surveille l'exécution, par son atelier bien français de gravure d'où sortent les artistes les plus exquis de la seconde moitié du siècle , Cochin , Moreau le jeune, Ficquet, De Launay, Gaucher, De Longueil et Le Mire, pour ne citer que les plus connus , il exerce une influence prépondérante. Enfin ses reproductions de collections célèbres , ses estampes d'après les maîtres de l'école française , sa collaboration aux Ports de France de Vernet , et son œuvre deïéniers , peintre avec lequel on peut dire qu'il s'est identifié , mettent le comble à sa réputation et lui assurent une place importante dans l'histoire de la gravure de notre pays.

Une longue notice manuscrite de l'expert JouUain fils, placée en tête du bel œuvre de Le Bas au Cabinet des Estampes, œuvre formé de pièces que Le Bas « choisissait lui-même avec le plus grand soin la loupe à la main » pour les donner au futur rédacteur de son

catalogue de vente , nous renseigne sur bien des particularités de sa vie.

Jacques-Philippe Le Bas naquit à Paris le 8 juillet 1707, d'un maître-perruquier et de Françoise-Etiennette Le Cocq. Sa mère lui apprit à lire, mais ses ressources modiques ne lui permettant pas de lui donner plus d'éducation, elle se contenta de le mettre chez un graveur d'architecture nommé Hérisset. 11 avait quatorze ans. Elle le conduisit à la friperie, l'habilla des pieds à la tête et le lança dans la vie avec mission de s'y débrouiller tout seul , en lui disant ce mot qu'il rapportait volontiers : « Jacquot , tu connais ma position , voilà mon ami , tout ce que je puis faire pour toi. » Par bonheur l'enfant était doué de volonté, d'intelligence et d'une grande facilité. Devant l'insuffisance de son premier maître , il dut chercher d'autres conseils auprès de Nicolas Tardieu et trouver ses modèles dans les estampes des graveurs célèbres et surtout dans celles de « l'immortel Audran ».

Le Bas fut encouragé à ses débuts par l'amateur Crozat qui lui confia plusieurs des planches de son Recueil : la Prédication de S^-Jean , d'après Mola , la Charité romaine, d'après Noël-Nicolas Goypel qui s'empressa de faire l'éloge du travail du jeune graveur à Crozat. Celui-ci doubla le prix convenu et confia encore à Le Bas la gravure d'un autre tableau , V Adoration des rois de Véronèse.

C'est chez Crozat que lui serait arrivée la petite aventure suivante. On y donnait d'excellents concerts et Le Bas était amateur et se croyait virtuose. Il avait appris tout seul , comme pour la gravure , à jouer un peu de violon , et de cette main agile qui faisait

Page 1