ALLAIS
graveur terminait au burin ou à l’aqua-tinta. — On trouve une partie de ses travaux dans l'ouvrage intitulé: Voyage dans la haute et dans la basse Egypte (1802) , entrepris sur l’ordre du gouvernement et sous la direction de Jomard et de Denon,
Il nous a laissé des portraits: Philippe d'Orléans, Louis X VIT, médaillons ornés, le Comte Imbert de La Platière, éditeur de la Galerie universelle des hommes qui se sont illustrés dans l'empire des lettres , ouvrage pour lequel il a travaillé dès 1787, Alexandre If: — une allégorie sur la naissance du Roi de Rome : Nouveau gage de Féliciüé; — des vues des jardins de Paris d’après les gouaches de Mongin, — des Fleurs, Roses, etc., et même la Vénus hollentote.
Mais la pièce la plus amusante de son œuvre est un très-joli petit portrait rond en couleur :
L'Héroïine de Noyon. — « Le 31 mars 1788, » Catherine Vassent, âgée de 20 ans, a retiré » d’une fosse d'aisance 4 hommes asphyæiès dont un » seul est mort; elle a élé honorée des bienfaits du » Roi et de M. le Duc d'Orléans et couronnée, le » 13 avril Suivant, par MM. les officiers municipaux » de la ville de Noyon. > — Gravé sur le portrait original. — L'héroïne est représentée de face, dans un costume de paysanne fort pimpant, qui n’est évidemment pas celui qu’elle portait au moment de ce singulier sauvetage.
Allais demeurait rue de la Bucherie n° 14. Il a laissé un fils, graveur comme lui, Jean-Alexandre Allais, né en 1792, élève de Massard et Fosseyeux.
Quant à sa femme, après avoir gravé les portraits
dont nous avons parlé, et les Vingl-cinqg préceptes de la Raison, composition de Grasset de Saint-Sauveur, avec texte daté de Bordeaux, 28 octobre an x et signé Ysabeau et Tallien, elle rentra, dit Renouvier, dans un genre d’estampes plus approprié à son sexe et à son petit talent : des vues de jardins , en couleur, et des placards.
Nous avons dit que le père de M°° Allais avait gravé, d'après Baudouin, une pièce intitulée : Les Plaisirs réunis. Elle représente un satyre assis au pied d’un arbre ; d'une main il tient une coupe, de l’autre il caresse amoureusement une nymphe. Cette petite estampe à la sanguine est une rareté : M. Emmanuel Bocher l’a fait reproduire en fac-simile pour servir de frontispice à l’œuvre de Baudouin, dans son très remarquable Cataloque raisonné des gravures françaises au XVIII siècle.
ANSELIN (Jean-Louis).
Le graveur du célèbre portrait de Madame de Pompadour en Belle Jardinière , Jean-Louis Anselin, est né à Paris, le 26 mai 1754; son nom originairement était Enslyn,et son grand-père venu en France à la suite de Jacques IT était d’origine écossaise. Anselin étudia la gravure sous Augustin de Saint-Aubin et devint un de ses bons élèves. Il commença par graver les sujets à la mode et qui trouvaient un débit si facile en France et à l'étranger, à la fin du règne de Louis XV et sous celui de son successeur. Le Satyre impatient, d'après Caresme , est encore gravé par Anselin sous la direction de M. de Saint-Aubin. Anselin vole ensuite de ses propres ailes et interprète deux compositions galantes, cette fois d’après Borel, et aux ütres pleins de sous-entendus : Vous avez la clef, mais à à trouve la Serrure, d'abord, puis cette autre qui en est l’épilogue en même temps que le pendant : La faute est faile, permetlez qu'il la répare. Gitons aussi Anacréon, d'après Restout, dans la même note semi-érotique.
Ce n’est que longtemps après la mort de Madame de Pompadour que fut gravé par Anselin ce portrait de
la favorite en bergère, peint par Carle Vanloo probablement pendant son court passage à la place de premier peintre du Roi. La belle marquise, un chapeau de paille comme coiffure , à la main des fleurs qu’elle vient de cueillir sans doute dans ses parterres de Bellevue , est dans tout l'éclat de la maturité et semble ainsi pareille à ces beaux fruits, tout-à-fait à point, délicieux encore, mais qui demain tomberont et n’existeront plus.
Nous remarquons encore parmi les travaux d’Anselin, un petit portrait très-finement gravé de Aue de Miroménil qui avait été dessiné parle graveur même : le portrait du À. P. de Bouilion, capucin , avec cette mention au bas : Anselin amicus amicum gralissimo animo del. et sculp. Le dessin en est soigné ; Anselin, du reste, nous avons pu le constater, dessinait fort bien.
Il a gravé aussi le portrait de Boileau et celui de Jean-Baptiste Rousseau, ce dernier pour une édition de ses œuvres , publiée en 1795; un autre portrait de J.-B. Rousseau, plus petit, dans un cadre décoré d’attributs, et aussi tourné différemment ; enfin d'après Moreau, un petit profil de Cicéron.
Entre autres grandes pièces, Anselin avait entrepris de graver une composition importante de Berthélemy, intitulée le Siège de Calais, et représentant le moment où Eustache de Saint-Pierre, qui s’est dévoué pour sauver ses compatriotes, est amené devant le Roi d'Angleterre. Ce travail fut un succès pour lui. Il dédia l’estampe à l'Assemblée nationale, qui accepta cette dédicace dans la séance du 16 septembre 1789, ainsi qu’il est constaté par cet extrait du procèsverbal :
ANSELIN. 31
« Le sieur Anselin a offert une estampe représen- » tant le siége de Calais. L'Assemblée a ordonné > qu'elle fut déposée dans ses archives et le sieur > Anselin ayant été introduit, M.le Président lui a » dit : l’Assemblée nationale reçoit la dédicace que >» vous lui présentez ; elle m’autorise à vous marquer > Sa satisfaction et de l'hommage et du choix du sujet. > Ont signé les secrétaires, vicomte de Beauharnois, » vicomte de Mirabeau, Volney, Rabaut-St-Etienne, > Dubois de Crancé. »
Mais ce n’est pas tout; les habitants de Calais voulurent témoigner à Anselin leur gratitude d’avoir perpétué et vulgarisé par la gravure cette page si honorable de leur histoire, en lui donnant le titre de Bourgeois de Calais. Le 21 janvier 1790, la municipalité de cette ville lui donnait avis qu'elle lui faisait expédier ses lettres de bourgeoisie , et sur ses remerciments le maire lui adressait, le 27 janvier, la lettre suivante :
« À monsieur Anselin, rue du Théâtre-Français , » au coin de la place de la Comédie-Française.
» J'ai mille pardons, Monsieur, à vous demander » de n'avoir point répondu plutôt à la lettre infiniment >» honnête que vous m'avez fait l'honneur de n’écrire. » Je vous prie de n’attribuer ce retard qu’à la besoigne > dont je suis surchargé pour l'élection de la nouvelle > municipalité dont on s'occupe actuellement ici. Vous > ne devés absolument rien à la commune , c’est elle, > au contraire, qui ne s’est point acquittée envers » vous, car elle ne vous a donné qu'une faible marque > de sa reconnaissance d’avoir mis de nouveau et avec
» infiniment de talens sous les yeux de la nation, un » trait d'histoire dont elle s’est toujours glorifiée.
» J'ai l'honneur d'être, etc. Monsieur et cher » concitoyen , etc... Béhague. »!
Il faut citer, parmi les travaux d’Anselin pour les livres , un frontispice in-18, d’après Monnet, pour les Œuvres de Bertin; un Fronlispice in-8, d'après le dessin du sculpteur Boizot, et représentant le Temps entouré de figures allégoriques, quatre planches de Monnet pour les Œuvres de Parny, et les figures pour la Pitié, poëme de Delille (1803), in-12 , d’après Monsiau, gravées par Courbe, Berthaud et Duparc , sous la direction d’Anselin.
Anselin fut nommé avec Bervic, pour composer le Comité d'instruction dela Société populaire des Arts, tenue dans le plus violent moment de l'époque révolu- Honnaire ct où, entre autres motions bizarres , quelqu'un proposa de proscrire les tableaux flamands « comme ridiculisant l'espèce humaine. »
Il a gravé, d’après Monsiau, la composition intitulée : Molière lisant son Tartuffe chez Ninon de Lenclos.
Anselin est mort à Paris le 15 mars 1828.
1 Quelques-uns des renseignements sur Anselin et les lettres ou pièces qu'on vient de lire, nous ont été très-obligeamment communiqués pa M. Romain Raparlier, relieur, dont la femme est la petite-fille d’Anselin.
ANSELIN. 33
ESTAMPES
1. Le Satyre impatient, bacchanale d’après Caresme, gravé sous la direction d’Aug. de Saint-Aubin ; in-fol. en largeur.
2. La Coquette de village, d'après St-Quentin; grand in-4. 3. VOUS AVEZ LA CLEF, MAIS IL À TROUVÉ LA SERRURE. —
LA FAUTE EST FAITE, PERMETTEZ QU'IL LA RÉPARE. — Estampes formant pendant, d’après Borel : in-folio.
4. La Méprise, d'après Mouchet; gravure à intention libre, commencée par Macret, terminée par Anselin.
5. Le Premier homme et la première femme, d’après Le Barbier ; in-fol.
6. Le Siége de Calais, d'après J.-S. Berthélemy ; in-fol. en largeur.
PORTRAITS
7. Lally-Tolendal (Trophime-Gérard , Comte de), d’après Verhulst ; in-fol.