‹ Les graveurs du dix-huitième siècleChapitre 29 sur 275 · AUDOUIN · texte numérisé non relu

AUDOUIN

trente-six figures pour les Lettres à Emilie de Demoustier (Paris , Renouard, 1801) sont d’une exécution aussi lourde que l'invention du dessinateur est pauvre. On n'y retrouve plus rien du Monnet des anciens jours |

Audouin mourut en 1822, graveur ordinaire du Roi. Il demeurait rue de La Michodière, n° 20, et, comme la plupart des graveurs, faisait lui-même le commerce de ses estampes. Nous trouvons dans une lettre adressée par lui en 1820 à M. Bermann, unter Bacherstrasse , à Vienne (Autriche) ce passage que nous détachons : « Quant aux planches qui m’appartiennent, voici quel en est ie nombre: « Le portrait de Louis XVIII » fesant pendant à celui de Louis XVI gravé par » Bervic: leprix des épreuves avant la lettre est de » 100 fr. , 50 fr. avec la lettre prix particulier, ensuite » les portraits en buste de la famille Royale, Henri IV, » Louis XVIII, M. Comte d'Artois, les deux princes » ses fils, M" Duchesse d’Angoulème et Mme DS de > Berry, ce qui fait sept en tout. Ils [sont] tous de > même grandeur et du même prix. Pour des épreuves > non terminée ayant beaucoup plus travaillé pour les > autres que pour moi, il me serait impossible de > disposser de celle que je pourrais avoir.

> J'ail’honneur , etc... P. Audouin. »

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AUDRAN (Benorr I).

Le graveur des figures si connues de Daphnis el Chloé, dont les compositions sont dues au Régent, était prédestiné par son origine à l'art de la gravure. Benoît Audran, premier du nom, né à Lyon le 23 novembre 1661, fils du graveur Germain Audran, aussitôt qu'il arriva à Paris, à l’âge de dix-sept ans, fut mis entre les mains de son oncle Gérard, alors dans tout l'éclat de son talent. Il profita vite dC 508 leçons, acquit rapidement une grande sûreté d'exécution et c’est, de sa famille, celui qui a le plus approché du grand Gérard Audran.

On remarque parmi ses meilleures estampes une série de pièces d’après l’Albane, et les Sacremenlts, d'après Le Poussin; à propos de sa planche de la Descente de croix, d’après Lebrun, le poëte Gacon, son compatriote , lui adressa ces vers :

Digne neveu d'Audran, honneur de ma patrie, Artiste délicat, apprends-moi, je le prie, Comment, si jeune encor, la pointe et ton burin, Font si fort estimer les œuvres de ta main, etc.

Parmi ses portraits, quelques-uns intéressent Les bibliophiles, celui de Colbert, d’après Lefebvre, son

AUDRAN (BENOIT It). 45

morceau de réception à l’Académie, de Fénelon, d'après Vivien (1714), du bibliophile Legoux de la Berchère, archevêque de Narbonne (1708), celui d'un autre amateur de livres Æ. de Béringhen, tous infolio, enfin un charmant petit portrait de Mobère, d’après le tableau de Mignard , et qui a été fait pour une édition du grand comique.

On trouve aussi dans son œuvre quelques vignettes , celle de la Thèse de philosophie du jeune d’Aguesseau, des planches pour la Galerie du Luxembourg (1710), d’après Rubens, le frontispice de la traduction de l'Odyssée, par Mme Dacier (1716), un frontispice pour une Sonale a violino solo e violoncello col cimbalo, 1712, une vignette pour le Dictionnaire de l'Académie française, une petite vue de la Grotte de Thétis, dessin du feu d'artifice tiré pour la feste du Roy 1719... etc..., mais son principal titre de gloire auprès des bibliophiles se trouve enfermé dans ce petit volume in-12, heureux caprice, en définitive, d'un prince ami des arts, le Daphnis et Chloë de 1718.

Benoît Audran demeurait au Palais du Luxembourg, avec son frère aîné, Claude, qui y était concierge, et qui Joignait à cette fonction, plus relevée que son ütre ne l'indique , un remarquable talent de dessinateur d’arabesques et de grotesques.' C’est dans ce même palais que demeurait parfois Philippe d'Orléans , et où il avait installé sa fille, la duchesse de Berry ; en 1711, Benoît lui dédia sa grande estampe , d'après Le Sueur , représentant Alexandre buvant un breuvage que son médecin lui présente et que Parménion lui avait écrit devoir être empoisonne. Rien n'était donc plus naturel que celui qui devait

être le Régent , quand il eut, aidé de Coypel, mis la dernière main aux peintures décoratives représentant les principaux épisodes du roman de Longus, et qu'il pensa à en orner une nouvelle édition, s’adressàt à l'excellent graveur qui se trouvait sous sa main et qui était presque son serviteur. Nous avons fait ailleurs t l'histoire de ces curieuses peintures, qui ornèrent tour à tour les salons des châteaux de Bagnolet et de Meudon. Rappelons seulement qu’elles furent peintes , partie par Charles Coypel, alors âgé de 20 ans, mais sur les dessins et indications du prince, et partie par le prince lui-même.

Audran réduisit les compositions de manière à les faire entrer dans un livre de petit format et les grava avec un soin consciencieux , mais froid, et pour ainsi dire avec naïveté. Les têtes sont assez fines, mais les personnages ont une raideur et l'ensemble des compo- Silions üii inänque üe Charme dont 1 charger les originaux. Quant à la figure dite des Pets pieds, elle ne fut gravée que plus tard par le comte de Caylus et Audran n'y eut aucune part.

Ces planches étaient gravées dès 1716, mais le volume ne parut qu'en 1718. Les 26 planches de cuivre restèrent la propriété de Charles Coypel à la vente après décès duquel (1752) elles furent adjugées avec 6,700 épreuves, pour 3,510 livres.

Benoît Audran est mort célibataire à sa terre d'Ouzouer, près Sens, qu'il devait à son <« assiduité autant qu’à ses talents», le 28 octobre 1721. Il avait été reçu de l’Académie le 27 juillet 1709.

« Ses travaux, a écrit Le Blanc, sont larges et faciles,

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