PORTRAIT DE JEAN VARIN
Gravure au burin par Edelinck.
(Collection de l'auteur.)
Quoi qu'il en soit, ne nous occupons que de l'artiste aux talents si variés que fut Varin.
Comme peintre, il exécuta quelques portraits « beaux et bien ressemblants », dit Félibrien dans l'un de ses Entretiens.
En sculpture, Perrault cite de lui deux statues de Louis XIV, l'une en marbre, l'autre en bronze ; un buste en marbre du même monarque qui, quoique ce fût son coup d'essai, peut, dit Perrault, soutenir le parallèle avec les excellents morceaux de l'antiquité; enfin, un buste de dimensions réduites de Richelieu, en or, du poids de cinquante-cinq louis (1).
Le Musée de Versailles possède encore un buste et une statue de Louis XIV dont l'authenticité ne saurait être révoquée en doute, écrit Jules Helbig dans son bel ouvrage sur La Sculpture et les Arts plastiques au pays de Liège. La grande figure en pied exposée à Versailles sous le numéro 2667, qui est placée sur le palier de l'escalier des princes, représente Louis XIV costumé en guerrier romain, conservant toutefois la perruque longue dont alors il eût été malséant de se séparer, malgré les vêtements et les armes à l'antique. De la main droite, le roi s'appuie sur le bâton de commandement; de l'autre sur un casque formant, avec le bouclier orné d'une tête de Méduse, une sorte de panoplie (2).
Varin ayant présidé à la refonte des monnaies, lors de la conversion générale des pièces d'or et d'argent en France, et gravé les nouveaux poinçons, l'auteur du Traité historique des monnaies caractérise en ces termes extrêmement flatteurs l'œuvre accomplie-
(1) Perrault. Les Hommes illustres de la France, t. II, p. 85.
(2) Jules Helbig. La Sculpture et les Arts plastiques au Pays de Liège, réédition, pp. 162 et suivantes.
« Le célèbre Varin en avait fait les coins. Jamais les monnaies n'ont été si belles, si bien monnayées que pendant que cet habile homme, l'honneur de notre siècle, en avait l'intendance. »
La suite des médailles qu'il grava pour perpétuer le souvenir des principaux événements de la régence d'Anne d'Autriche et de la minorité de Louis XIV; les médaillons en profil des trois grands ministres qui, successivement, gouvernèrent la France: Richelieu, Mazarin, Colbert; la médaille du prince de Condé, peut-être l'une des plus remarquables de tout son œuvre, lui valurent cette appréciation non moins élogieuse de Voltaire, dans son Histoire de Louis XIV :
« Nous avons égalé les anciens dans les médailles: Varin fut le premier qui tira cet art de la médiocrité sur la fin du règne de Louis XIIL C'est maintenant une chose admirable que ces poinçons et ces carrés qu'on voit rangés par ordre histo^ rique dans l'endroit de la galerie du Louvre occupé par les artistes. Il y en a pour deux millions et dont la plupart sont des chefs-d'œuvre. Sans Varin, nous n'aurions pas ces trésors. »
Tout en reconnaissant qu'on peut regarder, à juste titre, Varin comme le créateur de l'art monétaire moderne en France, que sa manière de comprendre la gravure des monnaies fit école, enfin, que la plupart de ses médailles sont considérées comme des chefs-d'œuvre, Jules Helbig constate ce fait que, si, par sa manière remarquable de traiter la gravure des médailles, Varin eût une influence incontestable sur les artistes de son temps, on ne lui connaît pas d'élèves; il ajoute:
« Il ne paraît donc pas avoir exercé autour de lui cet apostolat artistique qui, des maîtres, fait aussi des chefs d'école. »
D'autre part, n'oublions point que s'il perfectionna le premier la gravure des médailles, Varin imagina aussi, pour les frapper,
des procédés nouveaux et supérieurs à ceux qu'on avait employés jusqu'alors.
« La richesse d'une imagination vive et féconde, dit l'abbé Lambert dans son Histoire littéraire du règne de Louis XIV y lui fit aussi inventer plusieurs machines très ingénieuses pour monnoyer les médailles qu'il avait gravées. »
Ces inventions sont confirmées par de la Combe dans son Dictionnaire des Beaux- Art s, page 740.
Il n'a pas encore été possible de déterminer exactement la date de la naissance de notre éminent concitoyen. La plupart de ses biographes l'ont fixée soit à l'année 1604, soit à l'année 1603, mais il est vraisemblable qu'elle doit être reportée à la fin du XVJe siècle, car de Chestret, dans son étude sur la Numismatique d^Ernest, de Ferdinand et de Maximilien de Bavière, a relevé que Jean Varin, en 1613, était déjà renseigné comme tailleur des coins de la monnaie de Bouillon et que, dès le 19 août 1611, son nom figure parmi ceux des travailleurs de cet atelier de monnayage.
Il mourut le 26 avril 1672, à Paris, et fut inhumé, selon le vœu exprimé dans son testament, en l'église de Saint-Germainl'Auxerrois, oii déjà reposait sa femme.
La Ville de Liège, pour honorer la mémoire de Jean Varin, a donné, le 6 mars 1863, son nom à la rue qui longe le chemin de fer, depuis la station des Guillemins jusqu'à la place de Fragnée (1).
(1) V. Rapport au Bulletin administratif de la Ville de Liège, année 1862, annexes p. 524.