JEAN VARIN
JEAN VARIN (ou Warin, ainsi que l'on orthographie souvent ce nom chez nous) s'adonna, peut-on dire, à toutes les branches de l'art; mais s'il s'est distingué comme peintre, plus encore comme sculpteur, c'est surtout dans la gravure des médailles qu'il se montra tout à fait supérieur.
Appelé, assez jeune encore, à Paris pour y exercer ses talents, il grava, en 1635, le sceau de l'Académie française nouvellement fondée, véritable chef-d'œuvre d'exécution et de finesse qui lui valut la protection du cardinal de Richelieu.
« Après avoir obtenu la charge de garde général des monnaies en France, il en reçut de Louis XIII deux autres, créées exprès pour lui, celles de conducteur général des monnaies et de graveur général des poinçons. Sous Louis XIV, il y joignit encore celle d'intendant des bâtiments de la Couronne (1). »
On comprend, dès lors, qu'il conquit, en même temps qu'une renommée considérable, une fortune des plus opulentes. Varin, du reste, a la réputation d'avoir été d'une avarice extrême.
(1) Nouvelle Biographie générale publiée par MM. FiRMiN-DiDOT frères, t. XLV. p. 955.
Citons, à ce propos, l'histoire plus ou moins véridique qui a été rapportée en ces termes par Gui Patin dans ses Lettres choisies:
« Le 30 du mois de novembre (1651), il arriva ici une chose bien étrange. M .Varin, qui a fait de si belle Monnoie et de si belles Médailles, avait tout fraîchement marié une sienne fille fort belle, âgée de vingt-cinq ans, moyennant vingt-cinq mille écus, à un Correcteur des Comptes, nommé Aubry, fils d'un riche marchand de marée. Il n'y avait que dix jours qu'elle étoit épousée. On luy apporta un œuf frais pour son déjeuner; elle tira de la pochette de sa jupe une poudre qu'elle mit dans l'œuf, comme on y met d'ordinaire du sel; c'étoit du sublimé, qu'elle avala ainsi dans l'œuf, dont elle mourut trois quarts d'heure après, sans faire d'autre bruit, sinon qu'elle dit, // faut mourir^ puisque P avarice de mon père Va voulu ainsi. On dit que c'est de mécontentement qu'elle avoit, d'avoir épousé un homme boiteux, bossu et écrouelleux. »
Elle habitait près des Halles. Guy Patin ajoute même que les femmes de la Halle, « qui sont les muettes de Paris, mais qui ne laissent pas de babiller plus que tout le reste du monde », dirent que cette pauvre femme est morte vierge et martyre, qu'il fallait « démonter le corps de son mari comme à vis et lui ôter une jambe d'acier qu'il avait et le reste du corps tout contrefait (1). »
Observons, fait justement remarquer de Villenfagne, qu'il faut se défier des nouvelles dont Guy Patin remplit ses Lettres; on sait qu'il saisissait tous les contes qu'on débitait dans Paris pour en faire part à ses amis (2).
(1) Guy Patin. Lettres choisies, t. I, p 190. — BecdelièvrE, t. II, p. 245.
(2) DE Villenfagne. p. 155 : « Ses Lettres sont piquantes, parce que l'ironie et la satyre étaient ses armes favorites. Soret. dans sa Gazette en vers du 3 décembre 1651, rapporte aussi la mort de la fille de Varin. »