‹ Les graveurs liégeoisChapitre 15 sur 21 · JEUNE FEMME A LA GUITARE · texte numérisé non relu

JEUNE FEMME A LA GUITARE

Gravure à l'imitation de crayon par Gilles Demarteau, d'après Waiteau,

(Collection de la Ville de Liège.)

» voix prises à l'ordinaire, l'Académie a reçu et reçoit le sieur » Demarteau académicien, pour avoir séance dans ses assemblées » et jouir de ses privilèges, prérogatives et honneurs attribués à » cette qualité, à charge d'observer les statuts et règlements de » l'Académie, ce qu'il a promis en prêtant serment entre les mains » de M. Le Moyne, directeur et recteur. »

Le professeur Demarteau, en parlant de ce chef-d^œuvre académique de Gilles Demarteau, s'exprime en ces termes:

« Quittant ses modèles ordinaires, qui, trop souvent, cultivaient la grâce quand même, fût-elle maniérée dans ses caprices, il sut, cette fois, réagir contre les excès du genre à la mode. Il offrit, comme nous venons de le voir, à ses nouveaux collègues, gravé dans la manière rouge, un dessin classique de Cochin fils, de 1760, représentant Lycurgue blessé dans une sédition et arrêtant tranquillement, du haut des marches d'un temple, la foule ameutée, en lui montrant son œil crevé par le bâton d'Alcander, Le peintre et le graveur, Cochin et Gilles Demarteau, entrèrent ensemble à l'Académie et à la même occasion, sur la présentation du même sujet. Si la composition de Cochin est d'un très bel effet dramatique, la gravure de Demarteau est aussi admirablement faite, et de nos jours, où les moyens mécaniques sont si perfectionnés, l'art au burin atteint rarement une pareille force d'expression. Le cuivre lui-même, préservé par l'occasion où il fut gravé, existe encore à la Chalcographie du Louvre, où on lui fait donner parfois des estampes nouvelles. C'est le seul que possède encore ce riche établissement.

» Quant à la deuxième gravure de réception réglementaire, elle fut sans doute oubliée: l'épreuve unique avait d'ailleurs été jugée suffisante (1). »

(1) Bulletin de l'Institut Archéologique Liégeois, t. XV, 1879.

En fait d'hommage rendu à son talent, mentionnons encore que Gilles Demarteau obtint aussi le titre de Graveur du Roi, distinction qui donnait comme un anoblissement, l'entrée à la Cour et des avantages honorifiques considérables. Enfin, Louis XV lui accorda, sur sa cassette particulière, une pension de six cents livres en lui faisant espérer un logement au Louvre, faveur exceptionnelle et très recherchée, dont avaient joui, déjà, deux graveurs liégeois: Jean Valdor et Jean Varin.

Malgré son long séjour à Paris, la grande considération qui l'entourait, les honneurs que la France et son Roi lui avaient décernés, Gilles Demarteau était resté bien Liégeois.

C'est ainsi qu'en 1771, Louis XV ayant octroyé aux citoyens de la Ville de Liège, l'exemption du droit d'aubaine, c'est-à-dire de l'impôt qui frappait, en France, les successions délaissées par les résidents étrangers, Gilles Demarteau, à cette occasion, grava une planche dans laquelle une femme, symbolisant la France, tend les bras et élève vers elle une autre femme qui représente la Ville de Liège et tient, de la main gauche, un bouclier à ses armes : le perron et les lettres L. G. La première étude de cette composition allégorique était de Cochin, mais elle avait été sensiblement modifiée par Demarteau, qui était aussi très habile dessinateur.

Cette gravure porte les inscriptions:

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