N. COCHIN FILIUS DELIN
DEMARTEAU. LEODI. SCULPSIT.
Ensuite :
La France témoigne son affection à ta Ville de Liège,
« Cette estampe a été faite en reconnaissance de l'exemption du droit d'aubaine accordée par Sa Majesté Très Chrétienne aux citoyens de la Ville de Liège. »
Enfin, ces quatre vers wallons:
Sèche et ho, binamaye France, Les denn zefan kis rafiet Dit mostré to leu ricnohance A bon Louis, pol bon Lambiet. (1)
Le cœur le plus fort a des moments de faiblesse, a dit un sage — nous pensons que c'est La Rochefoucault —, et le plus grand artiste peut n'en être pas exempt. Ainsi voyons-nous notre célèbre graveur liégeois varier souvent l'orthographe de son nom.
Il signe ses premières planches De Marteau, en séparant le De, mais en employant le D majuscule; puis, il prend le de de noblesse ou le petit d: de Marteau. Il ne tarde cependant pas à revenir à Demarteau, écrit en un seul mot, et qui paraît bien être la forme la plus correcte de son nom. Il eut parfois aussi une signature parlante d'artiste: un D majuscule précédant, ou dans lequel se trouvait dessiné, un petit marteau de graveur. Plus tard, il signait ordinairement Demarteau Vdiné, pour ne pas être confondu avec son neveu Gilles-Antoine, graveur comme lui. Enfin, il ajouta à son nom de Demarteau : graveur et pensionnaire du Roi^ titres qui lui appartenaient réellement.
Il mourut à Paris, le 31 juillet 1776, à l'âge de 54 ans, dans toute la plénitude de son talent, alors qu'il commençait à aborder les grands maîtres italiens: Raphaël et Michel-Ange. Son acte
(1) Traduction : Elève, bien-aimée France, les dignes enfants qui se réjouissent de montrer toute leur reconnaissance au bon Louis pour le bon Lambert. (Saint Lambert, patron de la ville de Liège.)
— Code décès est transcrit en ces termes dans le registre de la paroisse de Saint- Jacques-la-Boucherie :
« Le jeudy 1 août 1776, a été inhumé en cette église, Gilles Demarteau, graveur pensionnaire du Roy, de l'Académie Royalle de peinture et sculpture, décédé le jour précédent, rue de la Pelleterie de cette par., âgé de 54 ans ou environ et muni des sacrements, veuf en premières noces de Catherine-Barbe Mathieu, et en secondes noces de Marie-Jeanne Darremond; ont assisté Gilles-Antoine Demarteau, graveur, demeurant dite rue et par., Antoine-Joseph Demarteau, joailler, demeurant quay des Orfèvres, par. St-Barthelemy, tous deux neveux du défunt; Jean-Baptiste Etienne Giffart De la Porte, lieutenant du Roy, demeurant dite rue de la Pelleterie et Etienne-Dominique-Bercher d'Auberval, pensionnaire du Roy, demeurant rue de Clery par. St-Eustache, amis du deffunct. » (1).
L'œuvre laissée par Gilles Demarteau est considérable. Après sa mort, son neveu Gilles-Antoine, aussi son élève et son successeur dans le négoce, — Gilles avait, en effet, à Paris, un magasin oii il débitait ses estampes et académies, — fit graver et publier un catalogue avec prix, tant des gravures de son oncle que des siennes propres. Il comporte 664 numéros, dont 560 consacrées à Gilles Demarteau.
Les amateurs ont toujours recherché et recherchent encore avec un légitime empressement, les planches du célèbre graveur liégeois, et il n'est point rare d'en trouver des cartons bien fournis dans les écoles de dessin et les cabinets d'estampes, non seulement de France, mais encore d'Allemagne et surtout de Hollande.
La Ville de Liège a donné le nom de Gilles Demarteau à la rue qui conduit de la rue Saint-Laurent à la rue des Sorbiers.
(1) Gilles Demarteau, graveur du Roi, par Adrien Wittert, p. 107.
Le Cabinet des Estampes de l'Hôtel d'Ansembourg possède 45 gravures de Gilles Demarteau, plus quatre feuilles de son livre des principes de dessin dans le goût du crayon, d'après différents maîtres.
A l'examen de ces gravures, on se rend parfaitement compte qu'elles donnent absolument l'illusion du dessin; la taille en est grasse, la facture élégante, le ton de la sanguine et celui des noirs du crayon sont rendus à la perfection. L'artiste, enfin, pénètre on ne pourrait mieux la pensée de son modèle. ,
Nous citerons, comme pièces les plus remarquables de la collection liégeoise:
La France témoigne son affection à la Ville de Liège ;
Une gravure d'après un dessin de Watteau, qui rend à s'y méprendre la facture du maître de Valenciennes. Pièce très rare.
Un groupe d^Amours, d'après Boucher, superbe de métier et de couleur;
La jeune Bergère, d'après J.-B. Muet;
Serment d^amour et de fidélité, le premier état et la planche terminée, très intéressant en ce sens que ces deux pièces donnent idée de la façon de procéder du maître;
Le portrait de Madame Huet, fort belle gravure, rare;
Un homme assis, d'après Boucher;
Jeune garçon, gravure en noir, très belle, rehaussée de blanc, d'après le même;
Intérieur, d'après le même;
Jeune femme assise, très belle gravure, d'après Watteau;
Sainte Thérèse, d'après Taillasson.
DU XVIIP SIÈCLE